IV. — l'agriculture moderne
terre à la fin du siècle dernier et au commencement de celui-ci,, qui chercha à lui donner un fondement scientifique et à l’acclimater en Allemagne, fut le premier qui reconnut la nécessité d’instituts spéciaux pour f enseignement agronomique. Déjà en 1798, dans son ouvrage intitulé « Introduction à la connaissance de l’agriculture anglaise », il soutenait Y « idée de la fondation d’un Institui agronomique » ; et quelques années après il fondait le premier institut de ce genre (en 1802 à Celle, puis en 1804 à Mœglin). D’autres furent fondés quinze ans, vingt ans, trente ans plus tard, le premier, celui de Hohenheim , dans le Wurtemberg, en 1818. À chacun de ces instituts agronomiques était jointe une ferme modèle ; on les établissait donc en pleine campagne. C’était le seul moyen de donner aux élèves l’enseignement par les yeux, qui est nécessaire pour montrer, à côté de la « pâle théorie », l’application pratique. Carie nombre des biens exploités d’une manière rationnelle était alors très faible encore.
Cela changea au cours de la première moitié de notre siècle, sous diverses influences dont celle des établissements agronomiques n'était pas la moindre. Un nombre considérable de domaines importants passa aune exploitation rationnelle, organisée selon des principes scientifiques ; le jeune agriculteur cessa d’être réduit pour étudier l’application de la théorie aux fermes modèles des instituts.
Mais en même temps qu’augmentait le nombre des domaines exploités rationnellement, on élargissait et on approfondissait la matière de renseignement agronomique en raison des révolutions dont nous avons parlé plus haut, qui s’opérèrent dans la mécanique, dans la chimie, dans la physiologie et dans les conditions économiques et sociales en général. L’enseignement des instituts agronomiques avait de plus en plus besoin de nouvelles ressources scientifiques; de sciences auxiliaires et d’une atmosphère intellectuelle toujours plus haute. Les ins-
l’agriculture dans la société capitaliste
ti tuts isolés en pleine campagne suffisaient de moins en moins à leur tâche nouvelle.
Dans ce domaine aussi, Liebigfut un initiateur. Enqualité de président de l’Académie bavaroise des Sciences, il prononça, en 1861, à Munich, un discours dans lequel il mit en lumière de la manière la plus saisissante l’insuffisance des instituts agronomiques établis à la campagne, et en réclama de toute son énergie le transfert dans les villes d’université. Autour de cette question s’engagea une controverse presque aussi passionnée qu’autour de la théorie de Liebig sur la richesse du sol et son épuisement. Mais dans le premier cas comme dans le second, le grand savant sortit vainqueur de la lutte, et partout on a donné satisfaction à son vœu. A l’exception de Hohenheim, tous les grands instituts agronomiques sont aujourd’hui établis dans des villes d’université, non seulement en Allemagne, mais aussi en Autriche, en France, en Italie, etc., soit à titre de facultés dans les universités, soit comme instituts indépendants (à Berlin, Vienne, Paris).
L’agriculture enseignée dans la grande ville 1 Cela est l’illustration la plus saisissante de ce fait que l’agriculture est aujourd’hui sous l’entière dépendance de la ville, que le progrès, dans le domaine de l’agriculture, vient des villes.
Mais à vrai dire l’agriculture ne peut pas se contenter de sa science universitaire. Sans doute il serait ridicule de vouloir aujourd’hui encore appliquer à l’agriculture le proverbe : expérience passe science ; mais il serait aussi ridicule d’admettre que la science seule suffit. Plus encore que dans l’industrie, il faut ici la science et l’expérience, car la réalité à laquelle il faut appliquer la théorie est bien plus variée et plus complexe dans l’agriculture que dans l’industrie. Des essais, des expériences sont nécessaires, mais il faut avant tout garder constamment une vue claire de chaque partie de ce domaine aux aspects