VI. — GRANDE EXPLOITATION ET PETITE EXPLOITATION
une condamnation de l’instruction supérieure, mais des conditions d’existence du paysan. Elle signifie seulement que l’exploitation paysannerésiste à la grande exploitation non pas par une productivité plus haute, mais par des exigences moindres. La grande exploitation doit a 'priori produire plus que la petite pour obtenir seulement le même produit net qu’elle, car le compte de ses dépenses ne comprend pas seulement les frais d’entretien (en espèces ou en nature) de travailleurs des campagnes, mais aussi de travailleurs urbains et bourgeois.
Ce sont, à ce point de vue, les biens moyens qui se trouvent dans les plus mauvaises conditions ; car ce sont eux qui ont les frais d’administration relativement les plus élevés. Ces frais diminuent rapidement, à mesure que grandit l'exploitation. L’administration d’un bien de 100 hectares exige un agronome (propriétaire ou fermier) ; pour un bien de 400 hectares, il ne faut qu’un fonctionnaire subalterne de plus ; le produit est, toutes choses. égales d’ailleurs, quatre fois plus élevé ; les frais d’administration ne sont qu’une fois et demie plus élevés.
Une exploitation plus importante est, à l’intérieur de la classe paysanne, toutes choses égales d’ailleurs, supérieure à une exploitation de moindre importance ; il en est de même . à l’intérieur de la classe des grandes propriétés, dans de certaines limites, que nous déterminerons. Au contraire, à la limite qui se trouve entre l’exploitation paysanne et la grande exploitation, il se produit un changement subit de la quantité en qualité, pour parler comme Hegel, changement qui peut faire qu’à cette limite l’exploitation paysanne soit supérieure, sinon au point de vue technique, du moins au point de vue économique, à l’exploitation plus importante qu’administre un agronome. Les frais que nécessite la direction d’un agronome constituent souvent pour une petite terre noble une charge que ne compensent pas les
l’agriculture dans la société capitaliste
services rendus. Mais la charge est naturellement plus lourde lorsque le directeur, au lieu d’avoir une éducation scientifique, a une éducation de hobereau. Moins il peut rendre de services, et plus sont élevées ses prétentions.
Au contraire, la grande propriété paysanne est supérieure à la petite, la grande terre noble à la petite — bien entendu toujours dans l’hypothèse que toutes les autres circonstances sont les mêmes.
Parmi les avantages techniques que la grande exploitation a sur la petite,, il faut encore compter ceux qui résultent pour elle des travaux de construction qui ne peuvent agir avec succès qu’à condition d’être entrepris sur une étendue importante, en particulier les travaux d'irrigation et de drainage . Drainer une petite surface est .souvent tout à fait impossible, la plupart du temps de peu de profit. Dans la règle on ne draine que de grandes surfaces. D'après Meitzen, en 1855, en Prusse, dans de grandes propriétés 178 102 arpents étaient drainés, dans de petites, 20 877 seulement. De même les chemins de fer de campagne ne conviennent qu’à des surfaces importantes, continues.
A tous ces avantages de la grande exploitation dans le domaine de la production , il faut joindre divers avantages se rapportant au domaine du crédit et du commerce.
Dans aucun domaine la supériorité de la grande exploitation sur la petite n’est plus grande que dans le commerce. ce II ne faut pas plus de temps pour calculer avec de grands chiffres qu’avec de petits, il faut dix fois plus de temps pour faire 10 achats de 100 livres sterlings, qu’un seul achat de 1000 livres sterlings. Dans le commerce bien plus encore que dans l’industrie, le même travail, effectué en grand ou en petit, prend le même temps (1) ».
Les frais de transport, en particulier par voie ferrée,
(1) Marx, das Kapital , III, 1, p. 279.