‹ La question agraireChapitre 38 sur 189 · VT. — GRANDE EXPLOITATION ET PETITE EXPLOITATION · texte numérisé non relu

VT. — GRANDE EXPLOITATION ET PETITE EXPLOITATION

diminuent aussi pour de grandes masses de marchandises. Celui qui achète en gros achète meilleur marché et meilleur que celui qui achète une petite quantité; celui qui vend en gros peut avec le même bénéfice ou même avec un bénéfice plus important, vendre meilleur marché, triompher de la concurrence.

Mais le grand négociant n’a pas seulement, proportionnellement à l'étendue de son débit, des frais moins importants que le petit commerçant, il domine aussi et embrasse de son regard le marché, tout autrement que celuici. Cela est vrai tout d’abord du commerçant proprement dit, mais cela est vrai aussi de l’industriel et de l’agriculteur en tant que ceux-ci, comme acheteurs ou vendeurs, ont àfaire acte de commerçants. La dernière considération, la moindre faculté de dominer et de connaître le marché, concerne, bien plus encore que le petit commerçant, le petit artisan, qui ne peut avoir un personnel chargé de la vente et qui ne fonctionne que d’une manière accessoire comme commerçant ; mais elle concerne surtout le paysan isolé à la campagne. Celui-ci est, de tous les acheteurs et vendeurs du marché, dans les pires conditions; nul n’a moins de connaissances commerciales que lui, nul n’est moins en situation de tirer rapidement parti des circonstances favorables ou même de les prévoir, de prévenir les circonstances défavorables. Mais avec cela, son exploitationest beaucoup plus variée quecelle de l'artisan urbain, elle embrasse beaucoup plus de branches de travail et nécessite par suite des achats et des ventes de matières plus diverses. Le cordonnier n’a besoin d’acheter, outre son outil, que du cuir, du fil et des clous ; il ne vend que des chaussures. Le paysan achète, outre les instruments, des bestiaux, des grains de semailles, des fourrages, des engrais artificiels ; il vend des bestiaux, des grains, du lait, du beurre, des œufs, etc. Personne ne dépend autant du commerce que lui.

Le maximum de cette dépendance et des conséquences

154 l’agriculture dans la société capitaliste

funestes qu’elle comporte est atteint là où le commerçant apparaît en même temps comme usurier , là où un besoin pressant d’argent pour le paiement de ses impôts et de ses dettes force le paysan à se défaire de sa marchandise à n’importe quel prix ou même à la vendre avant qu’elle ne soit bonne pour le marché.

Ici encore nous trouvons un .domaine dans lequel apparaît la supériorité de la grande exploitation sur la petite : le crédit.

Nous avons vu dans le chapitre précédent que l’agriculture moderne ne peut se passer de capital. Nous avons vu aussi que là où ne prédomine pas le système du fermage, l’hypothèque est le principal moyen par lequel l’agriculteur se procure de l’argent. Il peut encore faire usage de son crédit personnel ou vendre une partie de son bien, afin de garder l’argent nécessaire à l’exploitation du reste. Mais ce dernier moyen n’est pas toujours possible, et très souvent il n’est pas conseillable. Car, par la diminution du bien, le propriétaire perd les avantages d’une plus grande exploitation. En outre, il renonce aux chances de renchérissement dé la partie abandonnée, renchérissement qui peut être la conséquence et de la hausse de la rente foncière et de la baisse du taux de l’intérêt. Le crédit personnel et l’hypothèque sont par suite, pour lui, les moyens principaux de se procurer du capital.

Le crédit hypothécaire est employé principalement là où il s’agit de se procurer un capital fixe (améliorations, constructions — nous faisons abstraction ici des changements de propriétaires comme cause de l’endettement hypothécaire) ; le crédit personnel, là où il s’agit de se procurer du capital circulant — engrais, semences, salaires, etc.

Autrefois l’endettement du propriétaire foncier était la conséquence d’un état de crise; c’était un état anormal. Dans le mode de production capitaliste il devient, partout

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