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VI. — GRANDE EXPLOITATION ET PETITE EXPLOITATION

xorable, la terre étant trop petite pour compenser les désavantages du travail salarié par les avantages de la grande exploitation; l’autre, la plus petite, était exclusivement cultivée par le propriétaire et sa famille (sa femme et six enfants adultes). La plus grande exploitation produisait un déficit de 933 marks, la plus petite, un bénéfice de 191 marks. La cause principale de la différence était celle-ci : dans l’exploitation avec les salariés, la nourriture était très bonne, revenant à peu près à 1 mark par tête et par jour, tandis que dans l’exploitation dans laquelle les membres de la famille étaient si heureux de travailler pour eux-mêmes, le prix de l’alimentation s’élevait seulement à 48 pfennigs par tête et par jour, pas même la moitié de ce que consommaient les journaliers (1).

Si la famille du paysan propriétaire de la petite exploitation s’était aussi bien nourrie que les travailleurs salariés de la grande, au lieu d’un bénéfice de 191 marks, il y aurait eu un déficit de 1 256 marks. Le bénéfice ne venait pas de ce que les granges étaient pleines, mais de ce que les estomacs étaient vides.

Ce tableau peut encore être complété par un rapport du district de Weimar. On y lit : « Si, malgré ce manque d’économie, les ventes judiciaires ne sont pas plus fréquentes, cela tient à ce que le petit paysan de chez nous sait supporter, pour garder son indépendance, une somme incroyable de privations . Il y a des classes entières de ces gens-là qui ne voient qu’aux jours de grande fête, sur leur table, de la viande fraîche, alors qu'un garçon de ferme doit en avoir au moins deux fois par semaine, et pour lesquelles du beurre frais est une friandise. Tant que les propriétaires n’attellent pas, tant qu'ils vont travailler comme journa-

(1) Situation des paysans en Allemagne. Rapports publiés par V Association pour la Politique sociale (Verein für Sozialpolitik, III, p. 276).

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liers ils se trouvent relativement très bien; ce n’est que lorsqu’ils se mettent à acquérir des bêtes de trait que commence pour eux une vie de privations » (1). Ici encore, nous pouvons constater que l’ouvrier salarié des grandes exploitations est plus heureux que le petit propriétaire indépendant.

Enfin, indiquons encore quelques détails que nous trouvons dans un mémoire d’Hubert Auhagen sur « La grande et petite exploitation agricole » (1). Auhagen comparait deux exploitations, une de 4 hectares 6, l’autre de 26 hectares 5, d’après leur bénéfice net, nond’après la productivité du travail qu’on leur consacre. Il trouvait un plus grand rendement à la petite exploitation.

Mais comment cela se fait-il ? les enfants aident dans la petite exploitation ;jils coûtent dans la grande. «Le petit paysan reçoit de ses enfants dès qu’ils grandissent une aide sensible. Ils commencent souvent à lui venir en aide dès qu’ils peuvent marcher ».

Dans le cas examiné, le petit paysan emploie au travail ses enfants, même le plus jeune âgé de 7 ans. 11 dépense pour l’école 4 marks par an. Le gros paysan envoie ses enfants à l’école, il a un fils de 14 ans, qui fait ses études au gymnase, et lui coûte à lui seul 700 marks par an — plus que toute la famille du petit paysan ne dépense d’argent comptant pour le ménage. Quelle supériorité de la petite exploitation !

A côté des jeunes, les vieux aussi triment ferme dans les petites exploitations. « J’ai souvent trouvé de vieux parents âgés de plus de 70 ans qui tenaient parfaitement lieu d’un ouvrier et qui naturellement assuraient pour une grande part la réussite de l’entreprise. » Naturellement, ce sont surtout les individus dans toute leur force qui se fatiguent le plus. « Le salarié ordi-

(1) Op.y cit.y I, p. 92)'.

(2) Hubert Auhagen. — Grossbetrieb und Kleinbetriéb; in Thiels Land wirtkschaftliche Jalirbücher , 1896.

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