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VI. — GRANDE EXPLOITATION ET PETITE EXPLOITATION

naire, surtout dans les grandes exploitations, se dit : « Vat-on bientôt quitter le travail?» Le petit paysan, du moins chaque fois que le travail presse : « Si seulement le jour

durait encore deux heures . » S’il y a un temps limité

pour l'exécution d’un travail, surtout d’un travail avantageux, comme c’est le cas pour la plupart des travaux, le petit paysan trouve son temps en se levant plus tôt, en se couchant plus tard, et, dans ce cas, aussi en travaillant plus vite ; tandis que le gros propriétaire a des ouvriers qui ne veulent pas se lever plus tôt que d’ordinaire, ni travailler plus longtemps ou mieux que les autres jours ».

Mais cette peine excessive a naturellement les résultats qu’elle mérite. Le paysan s’accommode delà situation • la plus lamentable. Àuhagen nous parle avec étonnement d’un paysan du district Deutsch-Krom en Prusse. « Il habite, dit-il, une cahute en terre de 9 mètres de long sur 7 mètres et demi de profondeur. Au milieu de la maison, une porte introduit dans la chambrée principale qui est en meme temps la chambre à coucher où dorment l’homme, la femme et les quatre enfants. De là on pénètre dans une petite cuisine, et, de là, dans la chambre de la servante, la seule personne étrangère de l’exploitation. Cette chambre est la meilleure pièce de la maison, car la servante veut avec raison être aussi bien qu’elle le serait dans une autre place. La maison à coûté 860 marks à bâtir — et avec cela on n’a payé que le charpentier, le menuisier et le poêlier, tout le reste a été fait par la famille et les parents. La femme, mariée depuis dix-sept ans, n’avait eu qu’une paire de souliers; hiver et été, elle allait pieds nus ou en sabots. Elle faisait elle-même les vêtements pour elle et pour son mari. Des pommes de terre, du lait, plus rarement un hareng composaient leur nourriture ; l’homme ne fumait que le dimanche une pipe de tabac. Ces gens ne savaient pas que leur vie était extraordinairement modeste et ils ne se

l'agriculture dans la société capitaliste

montraient pas mécontents de leur sort. Grâce à la simplicité de ce régime, ils tiraient presque tous les ans un petit bénéfice de leur exploitation. Je leur ai demandé sa valeur, ils m’ont répondu qu’ils ne la vendraient pas moins de 8 000 marks ».

Quelle réconfortante glorification des bienfaits de la petite exploitation. Grâce à cette simplicité , c’est-à-dire à j cette indigence sordide et dégradante, on retire encore ; des bénéfices ! le travailleur salarié se sent déjà un ; homme, même à la campagne ; ce n’est pas une simple bête de somme ; il a des besoins plus relevés qu’un petit paysan ; et il acquiert une culture plus haute I Aussi, plus de travailleurs salariés ! plus de grandes exploitations, et vive la petite exploitation, qui lui est si infiniment supérieure I

Mais pour nous, la nourriture sous-humaine du petit paysan ne constitue pas plus un avantage de la petite exploitation que le labeur surhumain qu’elle nécessite. Ces deux faits nous montrent combien la petite exploitation est un phénomène économique du passé, et tous les deux sont des obstacles au progrès économique. Grâce à eux, la petite propriété foncière est un moyen de faire, presque en dehors de la société, une classe de barbares, qui unit toute la rudesse des formes sociales primitives, à toutes les misères et à toutes les infortunes des pays civilisés (1). Que les politiques conservateurs cherchent par tous les moyens possibles à maintenir cette barbarie, dernier rempart de la civilisation capitaliste, on se l’explique facilement !

Nous sommes plus à l’aise pour parler de la grande application du paysan, que de son activité et de la modicité de ses besoins. L'applicationjoue en somme dans la production agricole un rôle plus important que dans la pro-

(1) Marx, Kapital , III, 2, p. 347. Cf. Die Klassenkampfe in Frankreich 1848 bis 1850, p. 50, 51.

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