‹ La question agraireChapitre 43 sur 189 · VI. — GRANDE EXPLOITATION ET PETITE EXPLOITATION · texte numérisé non relu

VI. — GRANDE EXPLOITATION ET PETITE EXPLOITATION

duetion industrielle, et on la constate assurément plus souvent chez le travailleur indépendant que cliezle salarie. C’est la un avantage de la petite exploitation, sinon en comparaison de la grande exploitation en tout genre, du moins en comparaison de l’exploitation capitaliste. Mai& on ne doit pas attribuer à cette considération une importance exagérée. En effet, les autres avantages de la petite exploitation sur la grande, (et ces avantages sont le travail excessif, l’alimentation insuffisante, avec en plus l’ignorance,) rendent l’application plus difficile. Plus l’ouvrier est obligé de travailler, plus sa nourriture est insuffisante, moins il peut consacrer de temps et d’argent à son développement, et moins il peut donner d’application à son travail. Et à quoi bon cette application soutenue, si le temps lui manque pour tenir propre le bétail et l’écurie, s’il doit surmener ses bêtes de trait (et il n’a souvent qu’une vache laitière), s’il nourrit son bétail aussi mal qu’il se nourrit lui-même.

Sur les petits paysans, dans le district de Merzig (arrondissement de Trêves), le directeur de l’Ecole d’agriculture de Saarbourg, J. -J. Bartels, nous donne les détails suivants : «Lespetits propriétaires se nourrissent presque uniquement de pommes de terre et de pain d’avoine ; la viande et la graisse leur sont presque inconnues. On peut hardiment soutenir que la nourriture est insuffisante et que l'énergie engouffre. La race devient lourde, indifférente, incapable de comprendre exactement les causes et les conséquences dans ses propres affaires »(1).

Mais là où la petite exploitation est le plus misérable, c’est quand elle n’arrive pas même à nourrir son homme, et que celui-ci doit recourir à un travail accessoire pour subsister. Ainsi, par exemple, le professeur Heitz, de Hohenheim, écrit sur les petits paysans des grands bailliages souabes de Stuttgard,Boblingen et Herrenberg :

(1) Büuerlichc Zustünde, I, p. 212.

(1) Bauerliche Zustünde, III, 227 ; Cf. I, 83, 120.

172 l’agriculture dans la société capitaliste

« on n’obtient de profits assez,considérables des grandes propriétés qu’en creusant des sillons plus profonds, en travaillant soigneusement les champs, en modifiant avantageusement l'apparence extérieure des produits du sol, en nourrissant plus abondamment et en tenant plus proprement le bétail, et tout cela ne pénètre que lentement et péniblement chez le paysan qui n’a ni le courage ni l’argent pour oser. De même, de nombreuses machines introduites ailleurs depuis longtemps y sont presque in- ■connues. Et à tout cela s’ajoute une circonstance quia ses racines profondes dans la situation existante. Nous voudrions pouvoir attribuer ce manque si souvent critiqué de véritable application et de persévérance, à la petite propriété et non à la race. Il est reconnu que la combinaison de travaux absolument différents a une action paralysante. Si le petit marchand ou le colporteur perd le goût d’un travail agricole soutenu et n’a plus la force de le faire, d’un autre côté le paysan est le plus souvent un mauvais artisan et l’artisan un mauvais paysan (1) ».

Les chiffres suivants montrent l’importance de .ces faits pour l’agriculture allemande ».

D’après le recensement de 1895, sur le chiffre total des agriculteurs indépendants, 502 000 soit 20 %, ont un métier accessoire ; 717 000 exploitations rurales appartiennent à des salariés agricoles, 791 000 à des salariés industriels, 704 000 à des industriels autonomes.

Des 5 600 000 propriétaires d’exploitations agricoles, 2 millions seulement, c’est-à-dire 37 °/0, sont des agriculteurs indépendants sans métier accessoire ; des 3236 000 propriétaires d’exploitations agricoles de moins de 2 hectares il n’y en a que 417 000, c’est-à-dire 13 %î 147 000 de ces petites exploitations appartiennent à des agricul-

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