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YI. — GRANDE EXPLOITATION ET PETITE EXPLOITATION

voir si les avantages de la grande exploitation coopérative sont accessibles an paysan dans tous les cas où la grande exploitation est supérieure à la petite,, et jusqu’où va cette supériorité.

Une remarque s’impose tout d’abord : jusqu’ici, les coopératives agricoles se sont presque entièrement limitées au domaine du crédit et du commerce. Nous ne nous occupons pas ici des entreprises industrielles de quelques coopératives, telles que les laiteries, les raffineries, etc. Nous discuterons l’importance qu’elles ont pour l’agriculture plus loin, quand nous examinerons l’industrie agricole. Ici il ne s’agit que de l’agriculture proprement dite, et seules les sociétés pour l’amélioration du sol agissent directement sur la production. Toutes les autres sociétés agricoles ont, nous l’avons dit, surtout pour but le crédit ou le commerce.

Mais dans ce domaine, la coopération a des avantages non seulement pour la petite exploitation, mais encore pour la grande.

Nulle part les conditions préalables de l’organisation coopérative ne sont moins développées que chez le paysan, qu’isolent et son genre de travail et son genre de vie, qui est renfermé dans un horizon étroit, privé des loisirs qu’exige l’administration d’une coopérative. Nulle part la situation n’est pire que dans les états policiers où, des siècles durant, une tutèlle et une oppression bureaucratique ont complètement fait disparaître les habitudes d’une démocratie capable d’association. Outre l’ignorance, l’absence de liberté politique se manifeste comme un sérieux obstacle au bien-être du paysan. Nulle part les paysans ne sont plus rebelles à une entente que là où les traditions du régime patriarcal ne sont pas encore ébranlées et sont encore un appui solide « du trône et de l’autel ».

La formation de coopératives est beaucoup plus facile pour les grands propriétaires que pour les paysans. Ils

sont beaucoup moins nombreux et disposent amplement de loisirs, de relations étendues, de connaissances commerciales — propres ou empruntées.

Et nous trouvons ici encore, comme pour les autres progrès agricoles, que la grande exploitation marche en tête. La coopération est devenue indispensable pour les paysans, mais ce n’est pas dans la plupart des cas comme moyen de réunir les petites forces des paysans en un effort commun équivalent à celui du grand propriétaire foncier, c’est bien plutôt comme moyen de ne pas laisser dans les mains des grands propriétaires les avantages que la coopération donne à chaque participant, et d’en obtenir pour soi une parcelle.

Pour ce qui est des hypothèques, c’est la grande exploitation qui la première s’est appropriée les avantages de l’association. Les « Landschaften », Sociétés rurales prussiennes, remontent au siècle dernier. C’étaient à l’origine de simples associations de biens nobles, organisées dans chaque province pour la garantie du crédit hypothécaire. l)e 1860 à 1870, les unes après les autres elles étendirent leurs opérations à des biens qui n’étaient pas des biens nobles. Mais, comme les institutions hypothécaires qui font du prêt une affaire, elles ne se sentent nullement portées à s’occuper du prêt aux petites propriétés, source de tracasseries et de frais. Sur les terres dans lesquelles le produit net de l’impôt foncier est inférieur à une somme déterminée (150 marks en Saxe, en Schleswig-Holstein, en Westphalie et dans le Brandebourg ; 240 marks en Poméranie), ou sur celles qui ont une valeur inférieure à une somme déterminée (6000 marks dans le duché de Posen) elles ne prêtent pas d’argent.

L’organisation en sociétés est dans ce cas un moyen de procurer- aux grandes propriétés foncières des avantages inaccessibles aux petites.

Fo Hecht déclare, dans l’introduction de son livre déjà cité sur les institutions de crédit foncier de l’Etat et des

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