YI. — GRANDE EXPLOITATION ET PETITE EXPLOITATION
provinces en Allemagne, que, « d’une manière générale, l’organisation coopérative du crédit foncier a été surtout utile à la grande propriété ».
Pour les petits paysans, la société de crédit a surtout de l’importance pour le crédit personnel. La société de crédit peut, ce que ne peut pas le paysan isolé, obtenir le crédit du grand capital urbain aux conditions du capitalisme moderne. Si les emprunts des paysans isolés sont trop peu considérables pour intéresser le grand capital, les emprunts de toute une société jouent un tout autre rôle. Et si un prêt à un paysan qui lui est complètement inconnu est aléatoire pour un banquier de la ville, le risque est réduit à son minimum par la solidarité des sociétaires. C’est ainsi que, grâce aux sociétés de crédit, il devient possible au paysan d'obtenir de l’argent à un taux modéré qu’il peut payer sans se ruiner, grâce aux améliorations de son exploitation que ce prêt rend possibles. Il n’y a pas de doute, les sociétés de crédit sont, pour les paysans, de la plus grande importance comme moyen de progrès économique, je ne dis pas de progrès vers le socialisme comme on le pense de différents côtés, mais de progrès vers le capitalisme, et ces progrès sont •d’une haute valeur économique.
Mais il est entendu que cela ne se produit que là où elles prennent racine et prospèrent, ce qui n’arrive pas facilement. Leur formation et leur gestion ne sont pas chose aisée pour de simples paysans, et l'on peut se demander si la grande masse de la population agricole est en état de les généraliser sans un sérieux et difficile apprentissage. Bien plus, on discute encore très vivement aujourd’hui pour savoir quelle forme d’organisation convient le mieux au caractère particulier de l’agriculture, e,t les partisans d’un système reprochent à l’autre de ne pas être en état de faire quoi que ce soit pour le paysan.
Les banques Raiffeisen sont sous la curatelle du clergé ; dans les banques Schulze-Delitzsch, les petits bourgeois
(1) Das Genossenschaftswesen und die Entwieklung der preussisclien Zentralgenôssenschaftskasse , Verliandlungen des preussischeu Landes-Oekonomie-Kollegiums, Februar 1897.
ont la prépondérance. Mais même les mieux organisées des banques de crédit agricole ne peuvent profiter qu’à une partie des paysans ; tous ne peuvent pas, quand ils le veulent, contracter un emprunt. On doit procéder avec la plus grande circonspection si Y on veut éviter à la société de grandes pertes. Ceux qui n’ont pas de crédit, précisément les plus nécessiteux, tombent tout comme auparavant dans les griffes de l’usurier. Malgré cela, ce sont les sociétés de crédit qui sont les plus importantes pour le paysan, abstraction faite des sociétés d’industrie agricole ; aussi se développent-elles rapidement. D’après Sering (1), on comptait dans l’Empire allemand, en 1871, environ 100 banques decrédit agricole; en 1891, 2134; en 1896, 6 391. En Prusse, on comptait, d’après une statistique établie par la Banque centrale des sociétés de crédit, au 1er octobre 1895, quand cette banque fut créée, environ 5 000 Sociétés ; au 30 octobre 1897, déjà 7 636 prêts.
Le grand propriétaire n’a pas besoin de ces établissements. Il trouve, quand il a du crédit, l’argent nécessaire d’une façon beaucoup plus simple.
Comme les sociétés de crédit hypothécaire, les sociétés d’améliorations ne sont pas particulières à la petite exploitation, et on en peut dire autant des coopératives de vente et d’achat.
Ce n’est pas rassociation qui peut s’entendre à faire du négoce, à supprimer les concurrents, à former une clientèle, à mettre à profit toutes les circonstances dont on peut tirer parti. L’entrepreneur particulier, indépendant, intéressé au plus haut point, s’en s’occupe beaucoup mieux que l’employé d’une association.
Cela est vrai surtout de la vente des articles particuliers, et d’autant plus que l’offre et la demande, et la