VI. — GRANDE EXPLOITATION ET PETITE EXPLOITATION
qualité des produits sont plus variables. Nous attribuons surtout à cette variabilité la difficulté de la vente du bétail pour les sociétés. Presque toutes les tentatives dans ce sens ont échoué en Allemagne. L'inégalité des produits se fait bien plus sentir dans une Société de vente qui est formée d’un grand nombre de petits paysans qui produisent de manières toutes différentes et dans les circonstances les plus diverses, que dans une société qui n’est composée que de quelques grandes exploitations procédant toutes rationnellement. C’est ainsi par exemple que Mendel-Steinfels déclare : « Le débit du beurre au moyen de coopératives a réussi partout où il s’agit de vendre des quantités assez grandes, et toujours les mêmes ; il en est ainsi quand il s’agit de denrées provenant de laiteries coopératives ou de grandes propriétés. Mais là où la société a à s’occuper de vendre le beurre d’un grand nombre de petits producteurs, elle a toujours échoué (1) ».
Quelle est l’importance des laiteries coopératives pour le petit paysan? C’est ce que nous mettrons en lumière plus loin, comme nous l’avons déjà dit. Ici nous nous bornons à constater que les sociétés de vente qui prospèrent sont en général des sociétés de grands propriétaires et non de petits. Cela est vrai non seulement de la vente du beurré, mais aussi de celle du bétail, des céréales et de l’alcool. Les sociétés de vente d’alcool qui, dans ces dernières années, ont tellement prospéré dans le Nord de l’Allemagne, ne sont, considérées de près, que des cartels de fabriques d’alcool pour maintenir les prix élevés de l’alcool.
La société de vente ne pourra devenir vraiment utile pour la petite exploitation que lorsqu’il sera possible <1 amener les différents membres de la société à produire uniformément, d’après un plan uniforme et
(1) Bandivôrterbuch der Staatswissenschaften, IV, p. 950.
l’agriculture dans la société CAPITALISTE
avec des moyens uniformes. Nous sommes loin de là, et il semble plutôt que les paysans allemands ne soient pas du tout disposés à payer de nouveaux frais d’apprentissage dans ce but. 11 est certain qu’il ne faut pas compter sur une prompte extension des sociétés agricoles dans ce domaine Elles se trouvent encore en ce moment dans la période des tâtonnements et des hésitations.
Il en va bien mieux au contraire des sociétés d’achat pour l’acquisition en .commun d’engrais chimiques, de fourrage, de semailles, de bétail, de machines, etc. Cellesci progressent rapidement. Le nombre des sociétés agricoles de matières premières était, en 1895, de 56 ; en 1880, de 68 ; en 1888; 843 ; en 1894, 1071 ; en 1896, 1085.
En outre, il y avait encore, en 1894, 214 sociétés coopératives d’instruments et de machines agricoles.
Pour ce qui est de l’achat des matières premières et des machines, les sociétés agricoles peuvent déployer une activité très utile. Il s’agit ici d’une situation simple, le marché est connu, ce sont les associés eux-mêmes qui donnent leurs commissions, et les fournisseurs de la société ne sont pas des petites exploitations disséminées, mais des entreprises de grande industrie ou de grandes exploitations agricoles (des éleveurs par exemple).
On ne peut pas nier l’influence heureuse de ces sociétés sur l’agriculture. Elles suppriment les frais de transaction ; en vérité, ce que le laboureur gagne l’intermédiaire le perd ; et il est merveilleux de voir que personne ne combat les grands magasins et les coopératives de consommation donnant aux ouvriers les vivres à meilleur compte, plus que les agrariens, ces mêmes gens qui s’appliquent avec acharnement à ruiner le commerce partout ou il renchérit les marchandises pour les fonctionnaires, les officiers et les grands propriétaires. O u Ire qu’elles suppriment les frais de commission, les sociétés agricoles d’achat ont encore l’avantage de préserver le paysan des falsifications. Mais ici encore,