VI. — GRANDE EXPLOITATION ET PETITE EXPLOITATION
petite exploitation capable de procédés de culture aussi rationnels que ceux de la grande. Si les petits paysans veulent réellement s’approprier, par l’association, les avantages de l’agriculture pratiquée en grand, ils ne doivent pas prendre des détours, mais ils doivent marcher droit au but. Ils ne doivent pas se cantonner dans le domaine du commerce et de l’usure, mais ils doivent se transporter sur le domaine le plus important pour un agriculteur, celui de l’agriculture.
Il est manifeste qu'une grande propriété cultivée par coopération peut s’approprier tous les avantages de la grande exploitation qu’on ne peut pas se procurer, ou du moins qu’on se procure très difficilement et à grand’peine par lés sociétés de matières premières, de machines, decrédit ou de vente. Mais en même temps une propriété exploitée par des coopératives doit profiter delà supériorité qu’a le travail qu’on fait pour son propre usage sur le travail salarié.
Une société de ce genre devrait donc être, non seulement égale, mais encore supérieure à la grande exploitation capitaliste. Mais chose étonnante, il n’y a pas un paysan qui prenne en considération ce genre de sociétés. Peut-être pourrait-on considérer comme de timides essais de sociétés de ce genre bien des sociétés d’élevage, par exemple les sociétés d’élevage de poulains. Le paysan a, en général, très peu de place pour leurs ébats, et il est tenté de les atteler trop tôt, ce qui ruine leur tempérament. Souvent aussi il ne peut pas leur donner des écuries appropriées, ni les soins nécessaires, ni le fourrage convenable. C’est à ces inconvénients que remédient les Sociétés d’élevage de poulains, celle, par exemple, qui fut fondée en 1895 à ïhlienworth ; les associés y placent leurs poulains, qui trouvent là des écuries saines, une carrière vaste et les soins de spécialistes. Mais ces sortes d’associations, bien qu’agricoles, ne s’occupent que de choses accessoires en agriculture, et ne sont
qu’un palliatif pour éviter les conséquences fâcheuses de l’isolement et de l’ exiguïté de l’exploitation paysanne sans lui enlever ces défauts mêmes.
D’où vient que les paysans ne veulent pas recourir à l’association pour leur exploitation principale ? Pourquoi se bornent-ils à des palliatifs insuffisants?
On a essayé de l’expliquer en disant que le travail agricole n’est pas de nature à se faire en commun et, par conséquent, n’est pas favorable à une exploitation par association. Mais on ne donne comme preuve que le phénomène même qu’il s’agit d’expliquer.
On ne comprend pas pourquoi l’agriculture moderne, qui se prête à l’exploitation capitaliste, ne se prêterait pas à ^exploitation coopérative. Serait-ce pour la simple raison que cette dernière n’a pas encore été tentée? La raison serait mauvaise, car il y a déjà eu des essais, et même des essais heureux.
Dans les premières années de ce siècle, à une époque où de grands penseurs avaient déjà reconnu que l’on triompherait de l’exploitation capitaliste, non parla petite culture, mais par la grande culture socialiste, mais où l’on n’avait pas encore compris que la grande culture socialiste exigeait pour se développer et se maintenir une série de conditions préliminaires d’ordre économique, politique et intellectuel, beaucoup d’enthousiastes, parmi lesquels Owen, le premier et de beaucoup le plus grand, essayèrent, en fondant des colonies et des coopératives socialistes, de réaliser immédiatement l’ébauche d’une société socialiste. Toutes ces tentatives ne réussirent pas, et celles qui réussirent n’étaient rien moins que l’ébauche d’une société socialiste. Mais elles démontraient une chose d’une façon indéniable : la possibilité de produire par association, la possibilité de remplacer les capitalistes individuels par des institutions communistes.
La plupart de ces essais furent naturellement tentés dans le domaine industriel ; mais il y eut aussi un essai
l’agriculture dans la société capitaliste