‹ La question agraireChapitre 50 sur 189 · VI. — GRANDE EXPLOITATION ET PETITE EXPLOITATION · texte numérisé non relu

VI. — GRANDE EXPLOITATION ET PETITE EXPLOITATION

agricole. Ce fut la coopérative de Ralahine, qui réussit admirablement et ne dut sa ruine qu’àun accident malheureux. Cette expérience d’association est si intéressante et si peu connue, que nous reproduirons in extenso le récit de notre source. Nous l’empruntons au Supplément de Charles Bray, Phiiosophy of Necessity , 11, p. 581 et suivantes. Brentano a reproduit ce rapport dans son commentaire du livre de Mme Webb sur « Le Mouvement coopératif en Grande-Bretagne », p. 229(1).

«En Irlande, nous dit Bray, Sir Vandaleur fit sur sa propriété de Ralahine, dans le comté de Clare, une expérience d’association qui fut couronnée de succès. Ses fermiers appartenaient à la classe la plus misérable des Irlandais ; ils étaient pauvres, mécontents, corrompus et mauvais. Vandaleur désirait vivement relever leur caractère et leur situation, et il aurait vu avec plaisir, même dans son propre intérêt, ses ouvriers devenir stables et habiles. 11 résolut donc, en 1830, de faire un essai d’après les principes d’Owen, en introduisant quelques modifications appropriées aux circonstances. 40 ouvriers agricoles environ étaient disposés à entrer dans ses vues, et il en forma une société dont il se réserva la direction et la haute surveillance. Il leur afferma sa terre de Ralahine qui comprenait 618 acres anglais (l’acre anglais =40,49 ares), dont environ 267 acres de pâturage, 283 de terres de labour, 63 et demi de marais et 2 et demi de jardins. Le.sol était bon en général, par endroits, pierreux. Il y avait, en outre, 6 cabanes et un vieux château qui furent transformés en logements pour les gens mariés, et d’autres dépendances, étables, granges, etc., qui devaient, en partie, être utilisés pour la création d’un réfectoire, d’une salle de réunion, d’une école et d’un dortoir pour les enfants et les célibataires. Il leur afferma tout cela moyennant 700 livres sterling par an, y compris une scierie, une batteuse actionnée par l’eau et les bâtiments d’une fabri-

(1) Die britische benossenschaftsbeicegung.

188 l’agriculture dans la société capitaliste

que et d’un tissage, mais sans machinerie. Ils avaient à payer, en outre, 200 livres sterling pour le matériel et les animaux et pour les avances qui leur furent faites pour se nourrir et se vêtir jusqu’à la première récolte. Ils devaient vivre en commun dans les bâtiments disposés à cet effet et travailler ensemble avec un capital commun, dans l’intérêt commun. L’excédent des revenus, après le paiement du fermage, devait être la propriété des membres de la société âgés de plus de 17 ans, et devait être réparti également entre hommes et femmes, entre gens mariés et célibataires. Ils devaient entretenir en bon état les instruments, les outils et les machines, et les renouveler quand ils seraient hors d’usage ; le bétail ne devait diminuer ni de nombre ni de valeur. Le fermage se payait en nature ; les produits devaient être évalués la première année d’après le cours de Limerick ; les années suivantes, on devait fournir les mêmes quantités de blé, de bœuf, de porc, de beurre, etc., que la première annçe; et quelques améliorations qu’introduisît la Société, le fermage ne devait pas être augmenté. Aussi on leur fit un bail de longue durée dès qu’ils eurent réuni assez de capitaux pour acheter le matériel.

« Vandaleur était toujours le propriétaire. Le revenu du fermage surpassait tout ce qu’il avait espéré. En 1831, le fermage fut payé 900 £. ; en 1832, la valeur du revenu atteignit près de 1.700 £ ; la Société avait reçu d’avance dans l’annéeSOO £ pour la nourriture, l’habillement et les semailles. Des avances extraordinaires pour la construction de maisonnettes, l'acquisition de meubles, etc., absorbèrent le bénéfice, mais le bien-être s’accrut et la prospérité et le bonheur avaient pris pied dans le domaine de Ralaliine.

« Les membres de la Société devaient travailler aussi longtemps, fournir autant de travail et prendre autant de salaire dans la caisse commune que s’ils eussent été des cultivateurs ordinaires, et ainsi jusqu’à ce qu’ils possé-

Page 1