‹ La question agraireChapitre 53 sur 189 · VI. — GRANDE EXPLOITATION ET PETITE EXPLOITATION · texte numérisé non relu

VI. — GRANDE EXPLOITATION ET PETITE EXPLOITATION

listes et les salariés, lutte qui force ceux-ci à viser au remplacement de la propriété capitaliste par la propriété sociale des moyens de production.

Ce n’est pas par ceux qui possèdent, mais par ceux qui ne possèdent pas que se fera le passage à la production coopérative. Ce qui ne veut pas dire toutefois que les paysans et les artisans n’ont qu’un moyen pour arriver à la production coopérative, qui est de passer parle stade transitoire du prolétariat, que nécessairement ils doivent être expropriés par le capital, que la production socialiste est impossible tant qu’il y aura des paysans et des artisans. Rien de moins exact. On veut seulement dire par là que seul le prolétariat victorieux pourra prendre l’initiative de la production coopérative ét réaliser les conditions qui permettront aux artisans et aux paysans de passer, non pas seulement idéalement, comme aujourd’hui, mais de fait, à la grande production par coopérative.

Une fois que les coopératives socialistes (car il ne faut plus parler alors de coopératives prolétariennes) auront affirmé leur vitalité, une fois qu’auront disparu les risques qui aujourd’hui encore menacent toute entreprise économique, si le paysan n’a plus à craindre de devenir un prolétaire par l’abandon de ses biens, il reconnaîtra que la propriété individuelle des moyens de production n’est qu’un obstacle qui empêche d’arriver à une forme supérieure d’exploitation, un obstacle dont il se débarrassera avec plaisir.

Par contre, il est chimérique d’attendre que le paysan, dans la société actuelle, passe à la production coopérative, mais cela veut dire simplement que la coopération ne peut pas être un moyen pour le paysan dans la société capitaliste, de s’approprier tous les avantages de la grande exploitation, et par là de raffermir et defoitifier sa propriété paysanne, cette colonne chancelante de la société actuelle. Le paysan qui aura reconnu qu il

ne peut se sauver que par la production agricole coopérative, comprendra aussi qu’une production de ce genre ne peut être réalisée que là où le prolétariat a la force de modifier la forme de la société conformément à ses intérêts. Mais alors il sera socialiste.

196 l’agriculture dans la société capitaliste

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