LES LIMITES DE L EXPLOITATION CAPITALISTE
a) Les données de la statistique .
Le résultat des recherches exposées dans le chapitre précédent est le suivant : la grande exploitation est supérieure à la petite, au point de vue technique, dans toutes les parties importantes de l’agriculture, moins cependant que dans les parties les plus importantes de Findustrie. Cela n’est pas une vérité nouvelle. Déjà au milieu du siècle dernier, alors que la machine faisait son apparition en agriculture, que les principes scientifiques de l’agriculture n’étaient pas encore établis, le fondateur de l’Ecole des physiocrates, Quesnay, dans ses Maximes generales du Gouvernement économique cVun Royaume agricole , exprimait le vœu « que les terres employées a la culture des grains fussent réunies autant qu’il est possible en grandes fermes exploitées par de riches laboureurs, car il y a moins de dépense pour l’entre- Len et la réparation des bâtiments, et à proportion beaucoup moins de frais et beaucoup plus de produit net, dans les grandes entreprises d’agriculture que dans les petites. »
Ln Angleterre, à la même époque, les économistes étaient surtout partisans de la grande exploitation, tel
Arlhur Young. Quand Adam Smith, dans son livre sur la Richesse clés Nations , déclare qu'un grand propriétaire foncier apporte rarement de grands perfectionnements à l’agriculture, ce n’est pas à la grande exploitation capitaliste qu’il s’en prend, mais aux propriétaires des grands biens féodaux ayant de nombreux petits fermiers, obligés à des services et à des redevances diverses, et dépendant par là complètement du bon plaisir du propriétaire.
C’est en opposition avec ce genre de propriété qu'il faisait ressortir les avantages de la propriété paysanne indépendante. Mais, ajoute-t-il, « après les petits propriétaires, ce sont, dans tous les pays, les riches et gros fermiers qui font faire le plus de progrès à l’agriculture. »
On admit bientôt, en général, que c’était la grande agriculture capitaliste (non féodale) qui donnait les plus grands profits. Mais si l’agriculture anglaise devint le modèle de l’agriculture européenne, l’état de choses existant en Angleterre ne parut pas toujours exemplaire. Et en particulier l’expropriation des paysans en faveur de la grande exploitation a paru assez grave, et elle a paru particulièrement grave aux monarques, et aux politiques qui considèrent les paysans comme constituant le noyau des armées. Les Anglais n’avaient pas de grande armée de terre, ils pouvaient se passer du paysan. Mais une nation continentale sans paysans aurait de la peine à se maintenir en face d’une nation voisine qui posséderait une classe nombreuse de paysans. Autre considération : en Angleterre, les paysans avaient été remplacés par un prolétariat nombreux, aussi misérable que turbulent, qui n avait pas de contrepoids dans une classe de travailleurs propriétaires. Les philanthropes bourgeois qui n’avaient pas le courage, comme les utopistes, de pousser jusqu au socialisme, et d’autre part, les champions de l’exploitation capitaliste, qui essayaient de faire soutenir par le peuple la propriété individuelle des moyens de production, devinrent les panégyristes de la petite exploitation
198 l’agriculture dans la société capitaliste