VII. — LES LIMITES DE L’EXPLOITATION CAPITALISTE
population augmente dans les villes où on a toutes les facilités pour entrer en relation avec les caisses d’épargne.
De même, l’augmentation du nombre des salariés, des fonctionnaires et des autres employés peut produire une augmentation des dépôts dans les caisses d’épargne. Un petit paysan consacre ses épargnes à l’achat de terres, un artisan, à l’amélioration de son atelier. Mais celui qui travaille pour un salaire ou un traitement ne connaît pas de meilleur placement, pour ses économies, que leur dépôt dans une caisse d’épargne. La substitution des entreprises capitalistes aux petites exploitations autonomes sera donc liée à une augmentation des dépôts dans les caisses d’épargne. C’est donc là un produit de la prolétarisation croissante et qui peut coïncider avec une diminution du bien-être général de la masse.
Enfin, une augmentation de ce genre peut provenir simplement d’une modification dans les habitudes économiques. Dans la production des marchandises, il y a dans chaque entreprise, dans chaque maison, certains moments où l’on a des payements plus considérables à effectuer, de sorte que, pour de telles circonstances, il. faut réserver l’argent nécessaire sur les revenus réguliers. Avant le développement des banques et des caisses d’épargne, ces capitaux restaient improductifs. Aujourd’hui, on peut les placera intérêt jusqu’au moment où on s’en sert. Plus les sommes sont grandes, que dans les entreprises et les maisons particulières on est obligé de réserver pour des paiements périodiques, — chez les ouvriers, par exemple, l’argent nécessaire au loyer et à la vie pendant les chômages, — plus se répand l’habitude de placer à intérêt les sommes même les plus minimes, qui ne sont pas nécessaires à la dépense journalière ; les dépôts des caisses d’épargne en seront d’autant plus considérables, sans aucune augmentation du bien-être.
Les statistiques des caisses d’épargne ne donnent aucune réponse à cette question de l’augmentation du bien-être.
Au lieu de résoudre un problème, elles en posent un autre.
Il en est de même des chiffres de l’impôt sur le revenu qui doivent, à ce qu’on dit, être une preuve irréfutable de l’accroissement du bien-être.
En fait, ils ne prouvent que ce qu’ils disent, c’est-àdire que sous certaines conditions le nombre des plus petits revenus imposés, ou le nombre des revenus qui ne payent pas l’impôt, croit moins rapidement que celui des revenus un peu plus élevés. Cela pourrait indiquer, à la vérité, une augmentation du bien-être, mais c’est un fait que cela ne l’indique pas nécessairement. Quand les prix des vivres, des loyers, etc., augmentent plus vite que les revenus, cette augmentation peut coïncider avec une diminution du bien-être.
D’autres circonstances peuvent produire le même résultat. Prenons, par exemple, un petit paysan qui a un revenu de 500 francs, mais qui ne paye pas de loyer et qui produit lui-même la plus grande partie de ses vivres. 11 a peut-être suffisamment pour vivre. Un malheur le jette dans le prolétariat, il doit aller à la ville, là il trouve un emploi de 1000 francs par an. Son revenu a doublé et cependant sa situation a empiré. 11 faut qu’il paye un loyer, peut-être le chemin de fer pour aller à l’usine. Le lait, les œufs, les légumes, le porc, qui ne lui coûtaient rien du tout, il les paye cher maintenant ; ses enfants ne peuvent plus courir pieds nus, les conditions hygiéniques, plus mauvaises, exigent des dépenses plus grandes pour le médecin et le pharmacien. Mais pour le statisticien des impôts sur le- revenu, il est dans une situation deux fois meilleure, et la preuve est faite irréfutable, que le bienêtre général augmente.
Ce cas est typique. Le passage de l’existence naturelle à 1 existence ou Fargent joue un rôle et l’augmentation de la population des villes aux dépens de la population agricole, sont deux phénomènes en progression continue. Ils suffisent à expliquer l’augmentation des revenus dans