VII. — LES LIMITES PE L’EXPLOITATION CAPITALISTE
la décadence de la petite exploitation se trouve dissimulée ; le gaspillage de ces mêmes classes conduit au même résultat.
Le développement de la production capitaliste entraîne l’augmentation de la masse de la plus-value, l’augmentation non seulement du capital accumulé, mais encore des revenus des capitalistes, et en même temps un accroissement du gaspillage des capitalistes. Il a pour effet entre autres de ressusciter les formes féodales dont on avait au point de vue économique triomphé depuis longtemps. Ainsi, par exemple, les rois de la finance et les propriétaires de latifundia s’efforcent de créer des chasses de l’étendue des forêts du Moyen Age. Par les descriptions du Capital de Marx, on sait avec quelle brutalité une classe qui n’a pas besoin de ménager l’argent et qui trouve ridicule de ménageries hommes, a, en Ecosse, dépossédé les laboureurs de vastes domaines pour les remplacer d’abord par des moutons, ensuite par des cerfs. C’est ce qui se passe aujourd'hui dans certaines parties de la France, de l’Allemagne et de l’Autriche. En Autriche, le domaine forestier, d’après les données d’Endres, dans le Dictionnaire des Sciences Politiques , a augmenté depuis le milieu du siècle jusqu’à aujourd’hui d’environ 700 000 hectares, presque 2,5 % de la superficie totale, surtout dans les pays alpins et côtiers où l’augmentation est de 600 000. hectares. De 1881 à 1885, on a •défriché 3 671 hectares de forêts, mais en revanche on en a reboisé 59031 .
En France, les forêts des particuliers occupaient en chiffre rond 6 millions d’hectares en 1781 ; cette surface tomba jusqu’en 1844 à 4,7 millions, et, depuis, jusqu’à aujourd’hui elle est remontée à 6,2 millions d’hectares. Et cela malgré la perte de F Alsace-Lorraine.
En Allemagne, il n’est malheureusement pas possible de comparer les chiffres de 1895 et de 1882, car en 1882, on ne comptait les domaines forestiers qu’en tant qu’ils
faisaient partie d’exploitations agricoles, en 1892, au contraire, on compta tous les domaines forestiers.
Le livre de Teifen sur la misère sociale et les classes possédantes en Autriche montre, par de nombreux exemples, que dans ce pays ce ne sont pas seulement des déserts qu’on reboise, mais aussi des pâturages et des terres labour. Significatif aussi, le fait que dans le pays de Salzbourg le nombre de têtes de gros bétail a diminué de 10,6 °/o» entre 1869 et 1880, et encore de 4,1 %, de 1880 à 1890, surtout à cause de la vente toujours croissante de pacages à des propriétaires de chasse (1),
Une autre forme féodale qui a reçu une nouvelle vitalité de l’accroissement des revenus capitalistes, c’est la valetaille nombreuse employée au service des particuliers, et dont la livrée seule, rappellant le siècle dernier, montre qu’elle est une chose qui répugne à l’esprit du xixe siècle. La supériorité que le beau monde accorde au travail manuel sur celui des machines pour les produits qui servent à son usage personnel répond à ces tendances féodales. La production par les machines, qui sert à la consommation de la masse, uniforme pour tout le monde, qui ne s’accommode pas aux caprices et aux be- , soins individuels, est trop démocratique pour l’aristocratie d’argent. Le travail à la main constituant, si on le compare au travail à la machine, un gaspillage de forces, paraît en même temps que plus coûteux, mieux approprié à élever ceux qui achètent ses produits au-dessus de la masse plébéienne.
G’est ainsi que le travail à la main, le métier effectue, à côté de l’industrie à domicile, qui est le genre de production le plus pauvre et le plus misérable, la production la plus distinguée et fabrique les qualités supérieures. Mais comme l’industrie à domicile, ce métier qualifié est, lui aussi, livré à l’exploitation capitaliste ; la fabrication des qualités supérieures, qu'il s’agisse de vêtements ou de
(1) Dium,, Die Agrarfrage in Œsterreich.
l'agriculture dans la société capitaliste