‹ La question agraireChapitre 61 sur 189 · VII. — LES LIMITES DE L EXPLOITATION CAPITALISTE · texte numérisé non relu

VII. — LES LIMITES DE L EXPLOITATION CAPITALISTE

chaussures, de papier ou de matières textiles, de légumes ou de fruits, exige des connaissances supérieures, une grande dépense de travail, des moyens de production de choix, toutes choses qui coûtent de l’argent, beaucoup d’argent. Si les ateliers dont sortent ces produits de choix sont petits aux yeux du statisticien, les , économistes les rangent, cependant, parmi ceux qui demandent de grands capitaux et dans lesquels des ouvriers d’élite sont exploités par le capital. Dans bien des cas ils constituent plutôt un moyen d’abaisser l’art à n’être qu’une industrie capitaliste que de donner aux métiers une nouvelle prospérité.

Mais même quand ce n’est pas le cas, il serait absurde d’attendre de l'accroissement du gaspillage capitaliste une résurrection de la petite industrie. Il suppose une croissance continue et rapide de la grande industrie, de la production en masse, par conséquent l’écrasement des petites exploitations, l’accroissement constant du prolétariat. Pour quelques régions, pour quelques industries particulières, le gaspillage des capitalistes peut donner quelque prospérité à la petite exploitation, mais il ne le peut pas pour l’ensemble de la nation, car ce gaspillage est amené parla prolétarisation progressive de la masse de la nation elle-même et aussi des autres nations. Dire que le métier peut être sauvé en s’appliquant à la production des qualités supérieures, c’est à peu près aussi légitime qu’il le serait d’admettre que la production capitaliste tende à ramener les nations chez lesquelles elle arrive à dominer à l’état de peuples chasseurs. La statistique le démontrerait sans peine.

Mais tout cela ne prouve pas la fausseté du « dogme marxiste » ; cela prouve simplement que lapetite exploitation, dans sa décadence, suit un procès très compliqué où des tendances contraires s’entre-croisent, qui le troublent et le retardent seulement, semblent çà et là le modifier en un sens opposé, mais qui, en réalité, ne peuvent l’arrêter.

c) La limitation du sol.

Les courants et les tendances opposées qui contrarient le procès de la concentration du capital dans l’industrie, se font également sentir en agriculture, et l’analogie est si frappante que nous ne nous y arrêterons pas plus longtemps. Mais en agriculture se manifestent encore d’autres tendances qui n’agissent pas* dans l’industrie, et, par suite^ la question est encore plus complexe, et c’est là ce qui va nous occuper dans la suite.

Il y a tout d’abord cette grande différence que les moyens de production dans l’industrie peuvent être multipliés à volonté, tandis qu’en agriculture le moyen essentiel de production, le sol, a, dans des conditions données, une étendue donnée, et ne peut pas être augmenté à volonté.

En ce qui concerne le capital, on peut distinguer deux grands mouvements : l’accumulation et la centralisation. L’accumulation est un résultat de la formation de la plus-value. Le capitaliste ne consomme qu’une partie du bénéfice qui lui revient ; il en met, dans les circonstances normales, une partie en réserve, et l’emploie à augmenter son capital. Ce mouvement se combine avec un autre, la réunion de différents petits capitaux en un grand capital, la centralisation des capitaux.

Il en va tout autrement du sol. Tout le sol qui peut être gagné à la culture, dans les anciens pays de culture, est une grandeur minime, indigne presque d’être comparée aux sommes que la classe capitaliste accumule d’un bout de l’année à l’autre. Le grand propriétaire ne peut ordinairement agrandir son bien-fonds que par voie de centralisation, en réunissant plusieurs exploitations en une seule.

Dans l’industrie, l’accumulation peut se faire indépendamment de la centralisation ; bien plus, elle la précède en

Page 1