VII. — LES LIMITES DE L'EXPLOITATION CAPITALISTE
générai. Un grand capital peut se former, une grande entreprise industrielle peut se fonder sans qu’il soit porté atteinte aux capitaux moindres, sans que soit supprimée l’autonomie d’exploitations moins importantes. Cette suppression est en général la conséquence , et non la condition préalable de la formation d'une grande exploitation industrielle. Pour fonder une fabrique de chaussures en un endroit, il n’est pas nécessaire d’exproprier les cordonniers qui s’y trouvent déjà. Ce n’est que lorsque la fabrique prospère, qu’elle amène la ruine des petits cordonniers et leur expropriation au profit de la fabrique. C’est l’accumulation, la formation d’un nouveau capital plus considérable, grâce aux profits non dépensés, qui crée le grand capital nécessaire à la fondation de la fabrique de chaussures.
Au contraire, partout où le sol tout entier est morcelé en propriétés particulières, et où domine la petite propriété, le sol, moyen de production le plus important en agriculture, ne peut être acquis à la grande exploitation que par la centralisation de plusieurs petites propriétés. La disparition de plusieurs petites exploitations est ainsi la condition préalable nécessaire delà formation d’une grande exploitation. Mais cela ne suffit pas, il faut que les petites exploitations expropriées forment une surface continue, pour que de leur réunion puisse sortir une grande exploitations Une banque hypothécaires a beau acquérir dans une année quelques centaines de petites propriétés paysannes mises à l’encan, elle ne pourra pas cependant en faire une grande exploitation, parce que, loin d’être contiguës, elles sont éparpillées dans les localités les plus diverses. La banque ne peut que les vendre séparément comme elles lui ont été adjugées, et même elle doit quelquefois les mviser, si elle trou ve plus facilement des acquéreurs pour des parcelles plus petites, efelle en forme ainsi des exploitations moins importantes.
Tant que le bon plaisir des propriétaires fut sou-
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verain, il leur fut facile d’obtenir la terre pour fonder de grandes exploitations. Ils expulsaient simplement, avec une violence plus ou moins dissimulée, tous les paysans qui les gênaient.
Mais la production capitaliste a besoin de la sécurité de la propriété. Dès qu’elle est sortie de l’ère révolutionnaire et qu’elle a solidement assis sa souveraineté, elle n’admet plus qu'un motif d’expropriation : l’impossibilité de payer ses dettes. Tant que le paysan peut payer ses dettes aux capitalistes et à l’Etat, sa propriété est sacrosainte. La propriété privée de la terre est solide. Nous verrons qu’elle n’assure au paysan qn’une protection insuffisante ; mais il y a là un obstacle très sérieux à la formation de grandes propriétés foncières, condition préalable de la grande exploitation agricole.
Partout oit aujourd’hui la petite propriété domine exclusivement, une grande propriété aura la plus grande peine à se former, quelque tombée que soit la petite propriété foncière, quelque supérieure que soit la grande exploitation.
Mais là même où la grande propriété et la petite sont contiguës, la grande ne pourra pas toujours facilement s’agrandir aux dépens de la petite, car les pièces de la petite exploi tation qui son t à vendre par nécessité ou pour d’autres raisons ne sont pas toujours justement celles qui sont nécessaires pour « arrondir » ou agrandir une propriété.
L’agriculteur qui trouve sa propriété trop petite, qui a acquis les moyens d’en exploiter une plus grande, aime mieux, en général, vendre son bien et en acheter un plus considérable, que d’attendre longtemps un hasard qui permettrait d’acheter les terres du voisin. C’est ainsi que se produit surtout le développement des exploitations partir culières en agriculture, et c’est là une des raisons de la grande mobilité de la propriété foncière, des nombreuses transactions opérées sur les biens-fonds à l’époque capitaliste. Si ceux qui désirent acheter trouvent toujours des