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VII. — LES LIMITES DE L’EXPLOITATION CAPITALISTE

vendeurs, c’est grâce aux droits de succession et aux endettements dont nous parlerons plus loin.

Nous voulons simplement constater ici que ce caractère particulier du sol sous le régime de la propriété privée dans tous les pays de petite exploitation, est un obstacle puissant au développement de la grande exploitation agricole, si supérieure qu’elle puisse être, et un obstacle que l’industrie ne connaît pas.

d) La grande exploitation n'est pas nécessairement la meilleure.

À cela s’ajoute une autre différence entre l’industrie et l’agriculture. Dans l'industrie, la grande exploitation, dans les circonstances normales, est toujours supérieure à la petite. Naturellement, dans l’industrie aussi chaque exploitation a, dans des circonstances données, des limites qu’elle ne peut dépasser, sous peine de devenir improductive. L’importance du marché, du capital disponible, du nombre des ouvriers disponibles, le transport du matériel brut, les progrès de la technique tracent à chaque exploitation ses limites, mais dans ces limites la grande exploitation est toujours supérieure à la petite.

En agriculture cela n’est vrai que jusqu’à un certain point. Cette différence provient de ce que l’agrandissement de toute exploitation industrielle représente en même temps une concentration croissante des forces productives avec tous les avantages qui lui sont propres: économie de temps, de frais, de matériel, surveillance plus facile, etc. En agriculture, au contraire, chaque augmentation de l’exploitation, les circonstances restant d’ailleurs les mêmes, en particulier la méthode de culture ne changeant pas, revient à un accroissement plus considérable de l’étendue de terrain exploité, par suite, produit une plus grande perte de matériel, une plus

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grande dépense de force, de moyens et de temps, pour transporter le matériel et les ouvriers. Ceci est d’autant plus important en agriculture qu’il s’agit du transport de matières de peu de valeur, relativement à leur poids et à leur volume, fumier, foin, paille, blé, pommes de terre, et que les méthodes de transport sont très primitives, comparativement à celles de l'industrie. Plus la propriété est étendue, et plus la surveillance des ouvriers isolés devient difficile, ce qui est très important quand on a des salariés. Thünen a dressé un tableau qui montre admirablement comme ces pertes augmentent à mesure que s’accroît la propriété ; nous le reproduisons ici, selon le système métrique et en chiffres ronds. Thünen a calculé quel était, suivant leur distance de la ferme, le revenu de différentes pièces de terre produisant, par hectare, des quantités de seigles différentes.

Distance de la pièce de terre à la ferme en mètres

Rapport :

25 hectolitres Revenu :

marks ’

Rapport :

23 hectolitres Revenu :

marks

Rapport :

20 hectolitres Revenu :

marks

Rapport :

18 hectolitres Revenu :

marks

Rapport :

15 hectolitres Revenu :

marks

D’après cela on pourrait croire que l’agriculture donne d’autant plus de profits que la propriété est plus petite. Naturellement ce n’est pas le cas. Les avantages de la grande exploitation sont si importants qu’ils font plus que compenser les inconvénients de la distance, mais cela n'est vrai que pour une certaine étendue de terrain. A partir de ces limites, les avantages de la grande exploitation croissent dans une mesure moins grande que les inconvénients delà distance. Si bien qu’à partir de ce

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point toute nouvelle extension de la superficie de la propriété en diminue le rendement.

Il est impossible en général de déterminer exactement ces limites. Elles diffèrent suivant la nature du sol, et les genres d’exploitation. Certains progrès tendent à reculer la limite, tels l’introduction de la vapeur ou de Y électricité comme forces motrices, ou des chemins de fer de campagne ; d’autres au contraire tendent à la rapprocher. Plus il y a d’hommes et de bêtes de somme occupés sur une étendue donnée, plus il y a à transporter de charges, de fumier, de moisson, de machines et d’instruments pesants, et plus l’effet des grandes distances se fait sentir. On peut dire qu’en général l’étendue maxima d’une terre, au delà de laquelle le rapport diminue, est d’autant moindre que la culture est plus intensive, qu’il y a plus de capital engagé à surface égale ; mais cette loi est contredite de temps en temps par le développement de la technique.

Nous trouvons dans le même ordre d’idées cette autre loi, qu’une propriété doit être d’autant plus petite qu’elle est exploitée d’une manière plus intensive avec un capital donné. Une petite propriété cultivée d’une manière intensive peut constituer une exploitation plus grande qu’une propriété plus étendue cultivée d’une manière extensive. La statistique, qui nous donne des renseignements sur rétendue d’une exploitation, ne résout nullement la question de savoir si une diminution éventuelle de l’étendue provient d’une diminution effective ou d’une culture plus intensive.

L’exploitation des forêts et des pâturages peut se faire sur les plus grandes étendues; l’exploitation forestière n’a pas besoin d’un centre, d’une ferme autour de laquelle elle se groupe. Dans sa forme la plus extensive, la coupe et le transport du bois sont le seul travail qu’elle comporte. Le bois résiste à l’influence de la température et n‘a pas besoin d’être engrangé. On le laisse où on l’a

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coupé jusqu’au moment favorable pour le transporter au marché. Dans les rivières, il se transporte tout seul.

Comme le bois dans la forêt, le bétail au pâturage n’exige pas, du moins, quand le climat est favorable, de transport de fourrage ni d’abris couverts; quand il est vivant, il est encore plus facile à transporter que le bois.

Là où se développe le marché nécessaire, là aussi l’exploitation des forêts et des pâturages fut la première forme de l’exploitation capitaliste appliquée au sol. Elle n’avait besoin ni de machines, ni d’un personnel d’agronomes, ni de gros capitaux. Il suffisait que quelques propriétaires fussent assez forts pour se rendre les maîtres uniques des forêts et des pâturages, et pour en déposséder les paysans. C’est ce qui s’est passé partout où les circonstances s’y prêtèrent.

Dans les colonies même, où les travailleurs sont rares,

. où le sol est abondant, l’exploitation des forêts et surtout celle des pâturages est la première forme de la grande exploitation agricole ; ainsi aux Etats-Unis, dans l’Argentine, dans l’Uruguay et en Australie. Là, certains pâturages atteignent l’étendue de principautés allemandes. En Australie, dans un seul pâturage il arriva que 200 000 moutons fussent tondus par an.

L’exploitation des terres de labour est beaucoup plus limitée que l’exploitation des forêts et des pâturages, mais là aussi les étendues maxima et moyenne des exploitations extensives dépassent celles des exploitations intensives.

Les exploitations de céréales de l’Amérique du Nord ont atteint la plus grande extension parmi les exploitations de terres de labour, et on y constate à la fois, — c’est ce qui constitue leur caractère particulier, — une extension très considérable de l’exploitation et l’emploi d’une technique très perfectionnée.

L’agriculture américaine a été, jusqu’à nos jours sur-

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