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VII. — LES LIMITES DE L’EXPLOITATION CAPITALISTE

indépendants, tout comme cete masse de gens, autrefois petits bourgeois et petits paysans, qui ont été jetés dans le prolétariat; et la grande industrie peut les employer tous, qu’ils viennent de la ville ou de la campagne.

Il en est tout autrement de l’agriculture. Le travail, dans les villes, se fait aujourd’hui dans des conditions qui rendent les ouvriers impropres au travail de la terre.

Ceux qui ont grandi dans la ville, ou y ont passé leur jeunesse, sont perdus pour l’agriculture. Celle-ci ne peut plus compléter ses cadres, dans les conditions actuelles, au moyen du prolétariat industriel des villes.

Mais la grande exploitation agricole n’est pas non plus en état, aujourd’hui, de produire elle-même, dans les conditions actuelles, les salariés nécessaires, et de tes retenir.

La cause de ce phénomène, c’est la profonde différence qui sépare l’agriculture de l’industrie moderne. Contrairement à ce qui se passait au Moyen âge, l'exploitation industrielle est complètement distincte, aujourd’hui, du ménage. Dans la petite industrie du Moyen âge et dans ce qui s'en est maintenu jusqu’à nos jours, exploitation et ménage ne font qu’un. Pendant l'époque des corporations, les ouvriers d'un métier appartenaient au ménage, à la famille du patron. Un ouvrier ne pouvait avoir unménage à lui, se marier, avoir une famille, sans fonder une exploitation indépendante, sans devenir patron lui-même.

Dans l’industrie moderne, au contraire, ménage et exploitation sont séparés. L'ouvrier a la possibilité de se créer un ménage sans devenir patron lui-même, et nous savons qu’il en use largement, agrandissant ainsi leprolétariat salarié, qui devient une classe à part. La séparation du ménage et de l’exploitation fait ainsi du prolétaire, en dehors de son travail, un homme libre, et le rend capable d’acquérir les qualités qui lui permettront de s’emparer de la souveraineté dans l’Etat et de la garder.

Il y avait autrefois déjà des salariés, mais ils ne pou-

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vaient pas élever des enfants, faute d'un ménage, faute d’une famille. Ils étaient les enfants de maîtres de métier ou de petits paysans, et ce n’est qu'une fois devenus maîtres à leur tour qu’ils pouvaient élever des enfants. Semblables aux étudiants, précisément parce qu’ils n’avaient charge de femmes ni d’enfants, les compagnons étaient une espèce redoutable aux autorités et aux maîtres ; mais, comme les étudiants ils ne pouvaient pas songer à s’emparer de la puissance politique dans l’Etat, et à réorganiser la société au mieux de leurs intérêts de classe. Cette idée ne pouvait venir qu’aux prolétaires modernes qui, avec leur ménage et leurs enfants, sont condamnés à rester des prolétaires.

Mais ce qui a disparu pour l’industrie continue à exister pour l’agriculture. Celle-ci ne se sépare presque pas du ménage. Il n’y a pas d’exploitation agricole sans ménage, il n’y a pas déménagé régulier et durable, à la campagne, sans quelque exploitation agricole.

Cela peut provenir, en partie, de l’éparpillement de la population à la campagne par opposition à sa concentration dans les villes. La construction de cités ouvrières n’y est pas possible ; et la petite exploitation dans le domaine de la location de logements n’est point lucrative, sinon comme source de produits accessoires.

Mais la cause principale de la solidarité de l'exploitation agricole avec le ménage, ce sont les rapports étroits qui existent entre eux au point de vue économique, surtout dans la petite exploitation : l’exploitation produit en grande partie pour la consommation directe du ménage. D’autre part, c'est le ménage qui fournit par ses déchets le fumier et le fourrage ; les soins du bétail exigent la présence continuelle, à la ferme, des personnes qui en sont chargées, et, par suite, il est nécessaire qu’elles appartiennent au ménage, etc.

La situation du salarié, dans ces conditions, prend un tout autre caractère à la campagne qu’à la ville. Le sala-

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