VII. — LES LIMITES DE L’EXPLOITATION CAPITALISTE
rie qui ne possède absolument rien, et qui vit dans son ménage, y est tout à fait l’exception. Une partie des salariés d’une grande exploitation agricole appartiennent au ménage — garçons et filles de ferme. Les journaliers qui ont un ménage à eux, sont généralement aussi des agriculteurs indépendants, que le sol leur appartienne ou qu’il leur ait été affermé, et ils consacrent une partie de leur temps à leur travail payé,, et une autre partie au soin de leur exploitation.
Ceux qu’on appelle les « Députants » ( Deputanteri)] occupent une situation intermédiaire, toute particulière ; ils reçoivent un salaire annuel fixe, en outre certains produits en nature, une pièce de terre, et ils sont logés à la ferme. Les a Instleute » ont une situation analogue : ils jouent, dans les grandes propriétés des provinces situées à l’Est de l’Elbe, un rôle très important comme ouvriers. Ils habitent dans la ferme, mais ils ont un logement à part, et ils reçoivent pour salaire, en partie, comme les Députants, une certaine quantité de produits en nature et de sol, qu’ils cultivent eux-mêmes, en partie un salaire, non un salaire annuel comme les Députants, mais un salaire journalier ou un prix à forfait. « Un ouvrier qui ne possède absolument rien ne peut pas devenir « Instmann D’abord le logement qui lui est donné est généralement sans mobilier; ensuite l’Instmann doit fournir les instruments nécessaires, en particulier sa faux et son fléau. Et avant tout, l’engagement comme Instmann suppose en général — comme celui d’un garçon de ferme marié, — la possession d’une vache ou au moins d’une ou de plusieurs chèvres, à moins que les maîtres 11e fassent les avances nécessaires pour se les procurer. Enfin Flnstmann doit être en mesure de fournir pour la culture du terrain qui lui est confié, outre les engrais produits par lui et par son bétail, les semailles nécessaires (1).
(1) Dr Max Webeii dans Y Enquête iiber dieVerhüllnisse , dev Landar beiter in Deutschiand , III, p. 13.
240 l’agriculture dans la société capitaliste
L’Instmànn tient le milieu entre le valet et le fermier ; il est, le plus souvent, rangé parmi les domestiques : c’est un survivant de la féodalité, du temps où le propriétaire ne connaissait pas de meilleur système pour faire valoir ses terres, que de les donner en échange de certains services. Sa situation n’est pas compatible avec l’exploitation capitaliste moderne et le taux élevé de la rente foncière. En Saxe, par exemple, la culture des raves prépare la disparition des lnstleute.
La situation des journaliers locataires (. Eeuerlinge ), dans le Nord-Ouest de l’Allemagne, se rapproche beaucoup de celle des lnstleute du Nord-Est. « Ces journaliers constituent des familles d’ouvriers agricoles à qui l’entrepreneur afferme un logement et une pièce de terre à un prix modique, généralement la moitié du prix normal courant, et qui, en retour, s’engagent à lui consacrer un nombre déterminé de jours de travail pour travaux de différente nature, et même sur des propriétés différentes, contre un salaire modéré et d’habitude moitié moindre que le salaire ordinaire (1) ». Cette autre survivance de l’époque féodale est également en voie de disparition.
Outre ces catégories d’ouvriers, on trouve encore des manœuvres « libres » sans le sou, qui se louent aux paysans ; ils sont logés, ils vendent leur travail à qui veut l’acheter. Ce sont les moins éloignés des prolétaires des villes, cependant ils se distinguent d’eux par des traits essentiels. Ils font partie intégrante d’un ménage étranger et « toujours même dans la constitution paysanne, demeurer sous un toit étranger est le principe de la dépendance économique » (Weber, Op. cit., p. 38).
Cette situation n’est pas favorable à la multiplication des ouvriers non propriétaires à la campagne. Les domestiques, tout d’abord, sont le plus souvent exclus du mariage, incapables de fonder un ménage indépendant
(1) Dr R. Kærger, dans Die Verlüiltnisse der Landarbeitev , etc.,I, p. 3.