VII. — LES LIMITES DE L EXPLOITATION CAPITALISTE
'(comme tel) et ainsi ils perdent l’envie et les mo}œns de fonder une famille. Cela ne supprime d’ailleurs nullement chez eux les exigences de la nature, mais ils les satisfont souvent d'une façon contre nature, pour empêcher la naissance de l’enfant. Si la nature est plus forte que toutes ces habiles précautions, la malheureuse mère devient souvent criminelle pour se débarrasser de son ■enfant. Elle ne sait que trop bien pourquoi, car ce n’est pas un avenir heureux que celui qui est réservé à la mère et à l’enfant. Les enfants naturels se trouvent dans les circonstances les plus défavorables ; un grand nombre d’entre eux meurt prématurément, un nombre non moins grand peuple plus tard les maisons de correction.
Là où régnent encore les mœurs patriarcales, comme ■dans beaucoup de grandes fermes des régions alpestres, l’enfant de la servante est considéré comme un membre de la famille au même titre que la mère ; il est élevé avec les enfants du paysan, mange avec eux à la même table, et ne s’aperçoit d'une différence sociale que lorsqu’il commence à travailler. 11 appartient alors, comme sa mère, à la domesticité.
Mais dans les pays où régnent la production de marchandises et le pur salariat, l’enfant de la servante est une charge redoutée, dont on cherche à s’affranchir n’importe comment.
L. Fick, dans son livre sur la succession paysanne dans la Bavière Rhénane Orientale (1), montre que la centralisation de la grande propriété influe sur la fréquence des naissances illégitimes : cc En recherchant dans chaque bailliage le nombre des naissances illégitimes, nous arrivons, dit-il, au résultat suivant, qui permet de se rendre compte de la connexion existant entre la répartition de la grande propriété et les naissances illégitimes.
(1) Die b'iuerliche Erbfolge im recht srheinischen Bayern.
l’agriculture dans la société capitaliste
Groupes
Sur
100 naissances sont
illégitimes
Sur
100 habitants possèdent une
propriété
Les travailleurs libres, sans ménage, ne sont pas dans une meilleure situation pour élever des enfants.
Ce sont les propriétaires (ou les fermiers) des petites exploitations, qui mènent de front le ménage et l’agriculture, qui sont dans les meilleures conditions pour pouvoir élever de nombreux enfants aptes au travail. Ils fournissent non seulement assez de bras pour leur propre usage, mais il leur en reste de disponibles, soit parce que, comme petits propriétaires qui n’ont pas assez à faire à cultiver leur petit bien, ils se louent eux-mêmes comme journaliers aux grandes exploitations, ou parce que, comme ils le font tous, petits propriétaires ou paysans, ils créent, dans la personne de leurs enfants, une réserve d’ouvriers qui ne trouvent pas à s’occuper dans leur famille, et qui offrent leurs services à la grande exploitation comme domestiques ou comme journaliers.
Cette production de bras diminue de plus en plus là où la grande exploitation fait des progrès aux dépens de la petite. Lïn évinçant les paysans, la grande exploitation agrandit son domaine, mais diminue le nombre des gens qui le cultivent. De cela seul résulte déjà que, malgré sa supériorité technique, elle n’arrive jamais à régner seule dans un pays. La grande propriété a beau pourchasser tous les paysans libres, il en reste toujours une partie qui trouve moyen de ressusciter comme petits