VII. — LES LIMITES DE L’EXPLOITATION CAPITALISTE
fermiers. Ainsi, même là où la grande propriété foncière domine seule, la grande exploitation ne parvient pas à dominer exclusivement.
Même en Grande-Bretagne, sur 520 106 fermes, il y en avait, en 1895, 117 908 de moins de 5 acres, 149 918 contenaient de 5 à 20 acres, et 185 663 de 20 à 50 acres. Ainsi la grande majorité se composait de petites exploitations.
Là où la petite exploitation a perdu trop de terrain, la grande donne des revenus de moins en moins élevés, et commence à- reculer. On constate le phénomène aujourd’hui dans beaucoup de régions, et il permet déjà à un groupe d'éminents théoriciens agricoles d'annoncer « la fin prochaine de la grande exploitation agricole ». C'est aller trop vite en besogne. Dans beaucoup de cas, le manque de bras est assurément la cause du recul de la grande exploitation au profit de la petite ; le phénomène revêt deux formes : ou bien le grand propriétaire morcelle une partie de sa propriété pour en faire des parts qu’il vend ou qu’il afferme à de petits paysans, ou bien de grandes propriétés sont vendues à l’amiable ou aux enchères, qui s’émiettent en petites propriétés.
Mais comme l’évincement de la petite propriété par la grande, le phénomène inverse trouve en lui-même ses limites. C’est dans la mesure où augmente le nombre des petits agriculteurs placés à côté des grands que se multiplie le nombre des bras mis à la disposition de la grande exploitation, et la vitalité de la grande exploitation comme sa supériorité sur la petite s’en accroît. Là où se sont formées beaucoup de petites exploitations à côté d’une grande, là se produit de nouveau la tendance de la grande exploitation à progresser, — naturellement, tant que des influences contraires, par exemple la transplantation d'une grande industrie en rase campagne, ne les contrarient pas. Le mode de pro-
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duction capitaliste ne rainera pas plus la grande que la petite exploitation agricole.
Voici quelques chiffres signilicalifs que nous empruntons à une statistique allemande. Par 100 hectares de sol cultivé, les propriétés de plus de 100 hectares occupaient :
Désignation
En 1882
En 1895
Dans la Prusse Orientale ....
Dans la Prusse Occidentale . . .
Dans le Brandebourg .
Dans la Poméranie .
Dans la Posnavie .
Dans la Silisie . . . . .
Dans le Mecklembourg-Schwerin .
Dans le Mecklembourg Strelitz . .
On voit que, si l’on excèpte la Prusse Orientale et le Mecklembourg-Schwerin, nous trouvons partout, dans les régions où domine la grande propriété, une diminution de celle-ci — autant que Ton peut tirer pareille conclusion des changements de surface. Au contraire nous trouvons :
Désignation
En 1882
En 1895
Dans le Hannovre .
Dans la Westphalie .
Dans la Hesse-Nassau .
Dans le Pays du Rhin .
Dans la Bavière .
Dans le Wurtemberg .
Dans le Grand Duché de Bade . .
En Alsace-Lorraine .
Les autres pays ne donnent le spectacle d’aucun changement (Saxe, Hesse), ou sont trop petits pour donner des résultats utilisables.
Nous trouvons donc partout où domine l'exploitation