LA PROLÉTARISATION DES PAYSANS
a) La tendance au morcellement du sol .
Nous avons déjà montré au chapitre II que la ruine de l’industrie paysanne produisant pour les besoins personnels du paysan force ces petits paysans, qui produisaient tout au plus les subsistances nécessaires pour eux et pour leur famille, à chercher un travail accessoire. Le petit paysan trouve le temps nécessaire pour l’accomplir, l’exploitation de son bien ne réclamant tous ses soins que de temps en temps. Il fait face à ses besoins d’argent en vendant non son excédent de produits, mais son excédent de temps. Il joue le même rôle sur le marché que le prolétaire qui ne possède rien. Comme propriétaire foncier, comme producteur de denrées sur le sol qui lui appartient, il ne travaille pas pour le marché, mais pour son ménage, qui, nous l’avons vu, est étroitement lié à son exploitation.
Les lois de la concurrence ne s’appliquent pas au ménage. Un grand ménage peut être supérieur à un petit, les forces peuvent se gaspiller dans un petit ménage, mais nous ne voyons nulle part la moindre trace d’une tendance des ménages à la centralisation ; nulle part le grand nombre des petits ménages ne tend à céder la place à un nombre restreint de grands.