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VIII. — LA PROLÉTARISATION DES PAYSANS

Assurément le ménage lui-même est atteint par l’évolution économique, seulement celle-ci ne se manifeste qu’en détachant successivement du ménage toutes les fonctions qui lui étaient propres, et en les transformant en branches de production indépendantes. De cette manière, le nombre des travaux est sensiblement réduit dans le ménage, et en même temps aussi le nombre de ses travailleurs. Si l’on peut constater une évolution dans l’importance du ménage, on remarque qu’elle a une tendance opposée à celle de l’industrie, car elle passe de la grande exploitation à la petite.

Nous trouvons de grandes associations paysannes de ménage au moyen âge et aujourd’hui encore chez des peuples dont l’agriculture est restée ce qu’elle était au moyen âge, par exemple chez les Slaves méridionaux et orientaux.

Si l'exploitation agricole du petit paysan est hors du ressort de la production commerciale, et si elle forme comme une partie du ménage, elle reste aussi à l’abri des tendances centralisatrices de la production moderne. Si irrationnelle, si gaspilleuse de forces que puisse être cette exploitation de parcelles de terre, il lui reste fidèle, comme sa femme reste fidèle à son ménage misérable, qui avec tous les efforts imaginables ne lui donne que les résultats les plus pitoyables, mais qui est le seul endroit au monde où elle ne dépend pas d’une volonté étrangère et où on ne l’exploite pas.

Mais à mesure qu’avance l’évolution économique et politique, les besoins d’argent du petit paysan augmentent, et l’Etat et la commune demandentdavantage à sa bourse. Plus il a besoin de gagner de l’argent, plus il doit donner desoins à son travail accessoire aux dépens de son agriculture. Le salariat amè&e/la femme employée dans l'industrie à négliger, mais non à abandonner complètement son ménage ; il en est de même du petit paysan salarié ou travaillant chez lui pour un capitaliste. Son exploitation

2o2 l'agriculture dans la société capitaliste

agricole est de plus en plus irrationnelle; elle devient peu à peu trop grande pour lui, et il se voit forcé de la restreindre.

11 trouve facilement des acquéreurs pour les terrains qu’il a en trop.

Là où domine une vigoureuse classe de paysans elle régularise la population, et c’est là une des raisons les plus fortes, à côté de son esprit conservateur et militariste, de l’estime dans laquelle la tiennent les économistes et les politiques bourgeois. Elle se montre très disposée à mettre au monde et à élever une nombreuse postérité. Cela est inappréciable quand on a besoin de bras et de soldats. Mais elle sait aussi mettre un frein à racornissement de la population de manière à réjouir le cœur des malthusiens. Quand 'le paysan est réduit à l’exploitation de sa terre, privé de tout revenu accessoire, les limites de son bien le forcent à limiter le nombre de ses enfants. Lorsque la part de succession est la même pour tous les enfants, on se borne à en avoir deux; lorsque tout l’héritage passe à un seul, le paysan peut avoir d’autres enfants, mais il leur est impossible de se rendre indépendants, de fonder un ménage à eux et d’élever des enfants légitimes.

Il en va tout autrement là où chacun a de nombreuses occasions d’avoir du travail en dehors de son exploitation agricole. Avec les conditions de l’existence, l’accroissement de la population prend alors un caractère plus prolétarien encore ; les occasions de se rendre indépendant sont plus grandes, et chaque enfant dans une telle situation apporte en venant au monde son patrimoine le plus précieux, ses bras. La population s’accroît rapidement; en même temps, la terre est plus recherchée, non comme moyen de produire pour vendre, mais comme condition du ménage. Si, l’accroissement des travaux accessoires rend possible?' bien plus, nécessite ramoindrissement des diverses exploitations agricoles

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