‹ La question agraireChapitre 77 sur 189 · VIII. — LA PROLÉTARISATION DES PAYSANS · texte numérisé non relu

VIII. — LA PROLÉTARISATION DES PAYSANS

et permet ainsi la naissance d’un grand nombre de petites exploitations, il produit aussi un accroissement rapide de la population, qui exige cette augmentation du nombre des exploitations.

Au lieu de la centralisation, c’est le morcellement qui devient nécessaire ici. Dans de pareilles conditions, on peut même arriver au morcellement des grandes exploitations.

Nous avons vu au chapitre Y que le prix d’une pièce de terre servant à la production capitaliste de marchandises est déterminé par le montant de sa rente foncière. Le prix d’achat est en somme égal à la rente foncière capitalisée. L’entrepreneur capitaliste ne peut pas payer plus, si son profit ne doit pas tomber au-dessous du prix courant. La concurrence en général ne fera pas monter les prix davantage. Nous faisons abstraction ici de considérations qui ne sont pas de nature économique et qui, dans de certaines circonstances, font que le prix des biens fonciers dépasse la rente foncière capitalisée.

Mais le paysan qui vend des produits agricoles, mais n’occupe pas où n’occupe que très peu de salariés, qui n’est pas capitaliste, qui est un simple producteur de marchandises, ne compte pas ainsi. C’est un ouvrier, il ne vit pas du produit de sa propriété, mais du produit de son travail, et son genre de vie est celui d’un salarié. Il a besoin de la terre comme d’un moyen pour gagner sa vie en travaillant, et non pour en tirer un profit ou une rente foncière. Quand le prix de la vente de ses produits, en défalquant ses dépenses, le paye de son travail, il peut vivre. Il peut renoncer au prolit et à la renie foncière. L’agriculteur peut donc payer un prix plus élevé pour une pièce de terre déterminée, s'il se trouve au degré de la simple production de marchandises, que s’il se trouve au degré de la production capitaliste. Mais cette manière de compter peut jeter le paysan dans de très sérieux embarras, quand il conserve les habitudes

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de la simple production de marchandises en payant pour la terre un prix excessif pendant qu’il a dépassé déjà, sinon formellement, du moins en fait, le degré de la simple production de marchandises, et quJil est arrivé à la production capitaliste, non pas certes comme entrepreneur capitaliste, mais comme ouvrier exploité par le capital. Là où le paysan achète le sol sans le payer, ' du moins en totalité, là où il laisse mettre une hypothèque sur sa terre, il lui faut tirer de son exploitation non seulement son salaire, mais encore une rente foncière, et un prix excessif du sol peut lui être aussi funeste qu’à l’entrepreneur capitaliste. L’agriculteur ne trouve d’intérêt à des prix élevés de la terre que quand il cesse d’ètre agriculteur, c’est-à-dire quand il vend son bien. Ils le gênent quand il commence son exploitation, et pendant tout le temps qu’elle dure, en accroissant ses charges. Mais nos agrariens ne connaissent que ce moyen de salut pour l’agriculture en détresse : augmenter le prix du sol. Ces messieurs, à l’âme soi-disant si patriarcale, parlent non en agriculteurs, mais en hommes qui spéculent sur la terre. Nous reviendrons sur ce point à propos d’une autre question.

Il en va tout autrement chez ces petits paysans chez qui l’agriculture est exclusivement, ou pour une part prépondérante, une partie du ménage, et qui satisfont leurs besoins d’argent entièrement ou surtout en servant chez les étrangers. Là les rapports ^lu prix du sol à la production de marchandises, et par conséquent aux lois de la valeur, ne comptent plus, au moins pour l’acheteur. Pour le vendeur, la rente foncière capitalisée constitue le prix minimum du sol ; l'acheteur ne se préoccupe que de ses ressources et avant tout de ses besoins. Plus la population s’accroît rapidement, plus elle a de peine à trouver des débouchés, plus grande est la nécessité d’acquérir un morceau de terre pour subvenir aux besoins de l’existence ou assurer du moins l’indépen-

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