VIII. — LA PROLÉTARISATION DES PAYSANS
dance sociale, et plus grand est le prix (ou la rente) quil faut payer pour un petit morceau de terre. Comme le travail dans le ménage, le travail agricole qu’on fait pour soi n’est pas compté comme une dépense, on croit qu’il ne coûte rien. Tout ce que le travail du sol rapporte au ménage est considéré comme un bénéfice net. Il est difficile de l’évaluer en monnaie et d’en faire la répartition entre le salaire, l’intérêt du capital et la rente foncière; en tout cas, elle ne se fait jamais parce que l’argent ne joue aucun rôle dans ce genre d’exploitation.
C’est un fait bien connu que les petites propriétés sont plus chères que les grandes. Dans son traité déjà cité (p. 103) sur la dette hypothécaire en Prusse (Annuaire agricole de Thiel, 1885), Meitzen remarque que le prix de la grande propriété foncière égale 52 fois le revenu net de l’impôt foncier, celui des terres de paysans, 65 fois, et celui des exploitations des petits paysans, 78 fois.
Quelques enthousiastes de la petite propriété foncière ont voulu prouver par cette augmentation du prix du sol que la petite exploitation agricole est supérieure à la grande. Mais même parmi les plus grands admirateurs de la petite exploitation il n’y en a pas un, mais pas un qui soutienne la supériorité de la propriété naine sur la propriété moyenne, et cependant cette supériorité devrait se constater si le prix plus élevé du sol était une conséquence d’un revenu plus élevé du sol.
Il y a dans les villes un phénomène analogue à cette élévation du prix pour les petites propriétés. On sait que les logements sont d’autant plus chers par mètre cube qu’ils sont plus petils. Après Isidore Singer et d’autres, qui ont constaté ce fait, K. Bûcher a dressé pour Bâle une statistique.
Les logements y coûtent par mètre cube :
Avec 1 pièce, 2 »
4 fr. 04 3 fr. 95 3 fr. 56 3 fr. 36 3 fr. 16 3 fr. 21 2 fr. 93
Il faut attribuer ces deux phénomènes pour une part à la même cause : Tétât nécessiteux où se trouvent ceux qui ont besoin de petits morceaux de terre et de petits logements, et qui ne peuvent opposer qu’une faible résistance à ceux qui monopolisent le sol.
Ceux qui attribuent le prix élevé du sol des petites propriétés à leur revenu élevé, devraient aussi attribuer le prix élevé des petits logements aux revenus élevés de leurs habitants.
Le prix élevé du sol des petites propriétés est naturellement un motif puissant de morcellement pour les grandes propriétés partout où la situation est favorable à l’accroissement de la population et à l’exploitation de petites industries accessoires, en dehors de l’exploitation propre de la terre. L’émiettement des propriétés et le morcellement de la terre peuvent y prendre de grandes proportions.
Plus les propriétés sont petites, et plus on désire un travail accessoire ; plus ce travail passe au premier plan, et plus lesbiens peuvent diminuer, moins ils sont capables de faire face aux besoins du ménage. D’autant plus que, dans ces propriétés naines, l’exploitation est de moins en moins rationnelle. L’insuffisance de bêtes de traits et d’instruments ne permet pas une culture rationnelle, surtout un labourage profond. Ce sont les besoins du ménage qui déterminent le choix des plantes à cultiver, et non le souci de conserver la fertilité du sol. Le manque de bétail et d’argent a pour conséquence le manque de fumier et d’engrais artificiel. A tout cela s’ajoute encore le manque de bras. Plus le travail payé