‹ La question agraireChapitre 79 sur 189 · VIII. — LA PROLÉTARISATION DES PAYSANS · texte numérisé non relu

VIII. — LA PROLÉTARISATION DES PAYSANS

passe au premier plan, et le travail du ménage devient accessoire, et plus ce travail payé absorbe le temps de la famille, et parfois aux moments précis où il serait nécessaire qu’elle donnât tous ses soins à l’exploitation de la propriété, par exemple au moment de la moisson. On laisse de plus en plus cette fonction à la femme, aux enfants tout jeunes, et quelquefois même aux grands-parents invalides. Il faut que le père et les enfants déjà grands « gagnent ». La culture de ces exploitations naines qui ne sont plus que des accessoires du ménage ressemble au ménage du prolétaire dans lequel les résultats les plus misérables sont obtenus au prix du plus grand gaspillage de travail et du surmenage le plus complet de la femme.

L’étendue de plus en plus petite de ces exploitations, leur pauvreté u olus en plus grande les rendent de plus en plus incapables de subvenir à tous les besoins du ménage. Le produit du métier primitivement accessoire ne doif plus seulement servir à payer les contributions de l’Etat et de la commune, et à acheter les produits industriels et les produits de l’agriculture étrangère (café, tabac, etc.), mais aussi à acheter des produits de culture indigène, en particulier des céréales. La propriété donne encore des pommes de terre, des choux, le lait de quelques chèvres ou, quand la situation est bonne, d’une vache, la viande d’un porc, les œufs de la volaille, mais elle ne fournit les céréales que d’une manière tout à fait insuffisante.

Le nombre de ces exploitations est assez considérable. D’après la statistique de 1895, il y avait dans l’Empire allemand 5, 558, 317 exploitations agricoles dont

3 236 397 de moins de 2 hectares = 58,22 °/0 1 016 318 de 2 à 5 hectares = 18,29 °/i

Total. 4 251 685 = 76,51 °/o

Si nous comptons qu’en général les exploitations dfr 2 à 5 hectares produisent des céréales en quantité suffisante pour leur consommation, tandis que les plus petites doivent en acheter, il n’y a dans l’Empire allemand qu’un quart des exploitations agricoles qui soit intéressé aux droits sur les céréales; plus de la moitié des exploitations agricoles, plus des trois quarts des petites exploitations sont dans la nécessité d'acheter des céréales et, par suite, souffrent directement de l’augmentation des droits. C’est là un argument d’un grand poids contre les droits sur les céréales, mais qui montre aussi que la grande majorité de la population agricole ne figure plus sur le marché comme vendant des aliments, mais comme vendant des bras et comme achetant des aliments. Les petites exploitations cessent de faire concurrence aux grandes ; elles les favorisent et les soutiennent comme on l’a déjà signalé plus haut, en leur fournissant des salariés et en leur achetant leurs produits.

Nous avons vu qu’en 1895, 58 0/0 des exploitations agricoles d’Allemagne avaient moins de 2 hectares, en d’autres termes étaient généralement trop petites pour nourrir leurs propriétaires. Cela cadre avec ce fait que, d’après le recensement de 1895, dans l’agriculture proprement dite (sans compter l’horticulture, l’élève, l’exploitation forestière et la pêche, qu’on rattache à l’agriculture d'une façon tout à fait étrange), le nombre des agriculteurs indépendants, sans autre métier, s’élevait à 2 026 374, et celui des agriculteurs indépendants, avec métier accessoire, à 504 1 64. Mais il y avait encore, en outre, 2 160 412 personnes qui pratiquaient l’agriculture d’une manière indépendante c’est-à-dire sur leur propre terre, et non chez autrui comme salariés, qui faisaient de l’agriculture comme métier accessoire. Le nombre total des personnes qui faisaient leur occupation, principale ou secondaire, de l’exploitation de leurs propres terres, s’élevait à 4 691 001 (celui des

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