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LE PAYSAN ET L’INDUSTRIE

un équilibre entre la surabondance se produisant ici et la disette se manifestant là. Tout aussi bien que les mauvaises récoltes faisaient monter les prix, les bonnes les faisaient tomber. En France la récolte de froment donna le rendement suivant :

Années

Rendement moyen pat’ hectare

Prix de l’hectolitre

Hectolitres

F rancs

Iî»79

Les agriculteurs français n’obtinrent en 1821-22,, avec une récolte accrue d'un tiers , pour le rendement d'un hectare,, que 200 francs environ, un tiers de moins qu’en 1816-17. Il n’est par suite pas étonnant que le roi de France exprimât alors à la Chambre son regret qu aucune loi ne fût en état « de prévenir les inconvénients qui résultent de la surabondance des récoltes ».

Plus la production agricole se transformait en production de marchandises, et moins il lui était possible de se maintenir au stade primitif de la vente directe du producteur aux consommateurs. Plus grands étaient l’éloignement et la durée des marchés pour lesquels le paysan produisait, et plus il lui était impossible de vendre directement aux consommateurs, plus il avait besoin d’un intermédiaire. Le marchand prit alors place entre les consommateurs et les producteurs ; le marchand, qui embrasse d’un coup d’œil le marché bien mieux que ces derniers, qui le domine dans une certaine mesure et qui T utilise pour exploiter le paysan.

Au marchand de grains et de bétail s’associe bientôt l’usurier, quand il ne se confond pas avec lui. Dans les

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mauvaises années les recettes en argent du paysan ne suffisent pas à couvrir son besoin d’argent; il ne lui reste pas d’autre ressource que de faire usage de son crédit, de donner sa terre en hypothèque. Une nouvelle dépendance, une nouvelle exploitation, la pire de toutes, commence pour lui, celle du capital usurier, dont il ne se débarrasse plus qu’avec peine. Il n’y réussit pas toujours, souvent la nouvelle charge se trouve être trop lourde pour lui, et la fin de l’affaire est la vente à l’encan du bien héréditaire, pour contenter, avec le produit de la vente, l’usurier et aussi l’huissier du fisc. Ce que ne pouvaient pas auparavant les mauvaises récoltes, le feu et l’épée, les crises du marché des grains et du bétail parviennent à l’effectuer. Elles n’entraînent pas seulement pour le paysan un mal passager, elles peuvent lui prendre son gagne-pain — sa terre — et finalement le séparer entièrement d’elle, pour faire de lui un prolétaire. Voilà ce qui advient du bien-être, de l’indépendance, de la sécurité du paysan libre, là où son indus, trie domestique destinée à ses propres besoins se dissout et où des prestations en espèces pèsent sur lui.

Mais le développement de l’industrie urbaine pose aussi le germe de la dissolution de la famille paysanne primitive. A l’origine un bien de paysan contenait autant de terre qu’il en fallait pour l’alimentation de la famille du paysan et parfois en outre pour le paiement du cens aux seigneurs.

Mais plus le paysan tomba sous la dépendance du marché, plus il eut besoin d’argent, plus grand était par suite le surplus de denrées qu’il devait produire et vendre, et plus il lui fallut de terre, en proportion de la grandeur de sa famille, et, les conditions de production restant les mêmes, pour couvrir ses besoins. Il ne pouvait toutefois pas modifier à son gré le mode de production une fois donné, non plus qu’étendre à son gré sa terre. Mais il lui était loisible, là où sa famille était trop

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