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VIH. — LA PROLÉTARISATION DES PAYSANS

Nous expliquons au chapitre suivant pourquoi c’est précisément l’exploitation paysanne moyenne qui a gagné tant de terrain.

Ce qui nous intéresse ici, c’est ce fait que la prolétarisation de la population agricole fait en Allemagne les mêmes progrès qu’ailleurs, bien que la tendance au parcellement des propriétés moyennes ait cessé d’agir. De 1882 à 1895, le nombre total des exploitations agricoles a augmenté de 28100Ü; là-dessus ce sont les exploitations prolétariennes de moins d’un hectare dont le nombre a le plus augmenté. Celles-ci ont augmenté de 206 000.

Le .mouvement de l’agriculture est, comme on le voit, tout à fait différent du mouvement du capital industriel oucommercial. Nous avons montré au chapitre précédent qu’en agriculture la tendance à la centralisation des exploitations n’amène pas la disparition totale de la petite exploitation, mais que là où elle devient dominante, elle produit la tendance contraire, en un mot que la tendance à la centralisation et la tendance à l’émiettement se font jour alternativement. Nous constatons maintenant que les deux tendances peuvent aussi agir simultanément. On voit augmenter le nombre des petites exploitations dont les propriétaires apparaissent sur le marché comme prolétaires, comme vendeurs de la marchandise force de travail ; leur propriété foncière n’a plus d’importance pour le marché et ils ne produisent plus que pour le ménage. Ces petits agriculteurs ont sur le marché, comme vendeurs de la marchandise force de travail, les mêmes intérêts essentiels que le prolétariat industriel, sans entrer en lutte avec lui à cause de leur propriété. Elle les rend plus ou moins indépendants des marchands de comestibles, mais ne les protège pas de l’exploitation des entrepreneurs capitalistes, industriels ou agriculteurs.

Quand on en est arrivé là, l’augmentation du nombre

(les petites exploitations agricoles n’est plus qu’une forme particulière de l’augmentation du nombre des ménages prolétaires, qui va de pair avec l’accroissement de la grande exploitation capitaliste dans l'industrie et quelquefois même dans l’agriculture.

b) Les diverses occupations accessoires du paysan .

Le travail accessoire le plus à la portée du petit paysan est le travail agricole salarié. Nous le trouvons déjà à l’époque féodale, sitôt que l’inégalité dansle village s’est tellement développée, que parmi les propriétés les unes deviennent trop petites pour nourrir les propriétaires, et les autres trop grandes pour que la famille du propriétaire ait assez de bras pour les cultiver.

Ce travail moderne des petits paysans sur les grandes propriétés est tout à fait analogue aux corvées féodales, qui forçaient le paysan à travailler un certain nombre de jours par an sur la propriété du seigneur.

Ce qui est le plus désirable naturellement pour le paysan, c’est de trouver ce travail accessoire au moment où les travaux agricoles sont interrompus, en hiver. C’est ce qu’il rencontre le plus aisément dans la proximité des grandes forêts, qui réclament en hiver de nombreux ouvriers pour la coupe et le transport du bois. Mais il n’y a pas partout de grandes forêts, et le travail qu’elles procurent ne suffit pas partout à satisfaire les besoins des petits paysans. Ils doivent alors se tourner vers des travaux plus particulièrement agricoles. Les besoins de travail des exploitations agricoles sont très variables ; à de certains moments, particulièrement pendant la moisson, les travailleurs attachés aux grandes exploitations sont insuffisants, il faut des bras supplémentaires. Ces moments où le petit paysan trouve le plus facilement une occupation accessoire, sont précisément ceux où

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