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VIII. — LA PROLÉTARISATION DES PAYSANS

dans sa propre propriété son travail est d’une utilité absolue. Comme il est forcé de gagner de l’argent, il néglige sa propriété, dont d’ailleurs l’exploitation, pour ne rien dire de sa faible étendue et du manque de moyens, est irrationnelle au dernier degré. 11 est forcé d’abandonner à sa femme et à ses enfants, quand ils ont déjà un certain âge, l’exploitation de sa terre ; il ne peut y travailler que les jours de fête et les dimanches.

11 ne faut pas se représenter comme étant toujours tout à fait minuscules les exploitations ainsi réduites au travail accessoire. Ainsi Kârger rapporte qu’en Westphalie (Districts de Cœsfeld, Borken, Recklingshausen, etc.), « les propriétés foncières, propriétés personnelles ou affermées, des journaliers libres varient entre 1 et 5 hectares, le plus souvent entre 1 et 3 hectares. Ceux qui ont plus de 5 hectares (plus de 3 hectares d’après un rapport isolé, cité également) ne travaillent plus d’habitude comme salariés, mais viventuniquement de leur exploitation. Cependant, dans un rapport, la surface des propriétés de journaliers de ce genre est donnée comme étant dans un cas de 6 hectares, dans un autre de 8 hectares (1). » Cela dépend naturellement du rendement du sol.

Kârger rapporte également que, dans l’arrondissement d’Osnabrück, l’exploitation d’un ouvrier locataire contient en général :

Une maison d’habitation et des bâtiments d’exploitation avec des étables pour 3 vaches, plusieurs porcs et plusieurs moutons ; un jardin de 10 à 15 ares, une terre de labour d’environ 2 hectares, des prairies d’un 1/2 à 1 hectare et demi, une part de 1 hectare sur le pâturage de la commune, et des coupes dans la forêt d’une suriace de 1 hectare et demi à 2 hectares (2).

Une exploitation agricole avec trois vaches, plusieurs

(1) Verhiïltnisse der Landarbeiter , I, p. 126.

(2) Op. cit., p. 64.

268 l’agriculture dans la société capitaliste

moutons et plusieurs porcs, peut être considérée comme une exploitation assez importante. Et cependant le propriétaire est forcé de travailler comme salarié!

Mais il n’y a pas partout dans le voisinage de grandes propriétés offrant l’occasion d’un travail accessoire. Souvent bien loin d’être considérées comme des concurrentes, elles sont ardemment désirées.

Ainsi on nous fait le rapport suivant sur le Haut Pays d’Eisenach. « La création d’une grande exploitation, grâce à l’achat tout récent des terrains nécessaires, et la fondation projetée d’une sucrerie dans le voisinage* de Wiesenthal, ne manquera pas d’exercer une heureuse influence sur la situation des paysans de là-bas... Un certain nombre de salariés et de petits propriétaires trouveront une occupation rémunératrice » (1). ,

Du Fias Pays d’Eisenach on nous apprend que la majorité des petits propriétaires fonciers de là-bas possède moins de 5 hectares. Lrfur situation est peu favorable. « La grande propriété, consistant en terres seigneuriales, domaniales et allodiales, n’a pas une importance suffisante (12,5 °/o de la surface totale) pour assurer à la classe des petits propriétaires fonciers, en utilisant leurs bras et en les employant comme salariés, une occupation et un salaire suffisants (2). »

De même dans le Grand Duché de Hesse on signale le manque de grandes propriétés comme une des causes de la misère des petits paysans. « Dans les endroits où règne le droit de succession in natura , dit le Dr Ituno Frankenstein, où les morceaux de terre sont divisés en autant de parts qu’il y a d’enfants, autant que cela est possible, étant donnée la petitesse des parcelles, on ne manque pas de travailleurs, parce que le plus grand nombre de ces propriétaires, qui n’ont souvent que de 5 à 10 ar-

(1) Büuerlichc Zustcin.de , I, p. 40, 57.

(2) Ojp. cit., p. 66.

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