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VIII. — LA PROLÉTARISATION DES PAYSANS

pents, et même moins dans certains cas, offrent parfois leur travail... Mais le besoin de bras n’est pas très grand dans ces pays de petites propriétés paysannes, surtout quand il n’y a pas de grande propriété, de sorte que les propriétaires de ces petits biens de salariés n’ont l’occasion ni d’utiliser leurs bras dans leur propre exploitation ni de travailler comme salariés. La situation des propriétaires de ces terres minuscules est par suite la plupart du temps tout à fait triste (1). »

Si au chapitre précédent nous avons montré la petite exploitation soutien de la grande, nous voyons ici la grande servant de soutien à la petite.

Par suite d’une longue insuffisance de nourriture, ces petits paysans Hessois se sont tellement affaiblis, qu’ils deviennent finalement incapables de mettre à profit les occasions qui se présentent encore de gagner quelque argent, « Les gens ne sont pas en état, par suite de leur nourriture insuffisante chez eux, de faire d’une manière soutenue des travaux pénibles. Aussi dans quelques endroits les propriétaires des grandes exploitations ont-ils du faire venir des travailleurs étrangers, bien que dans le pays même les ouvriers indigènes fussent sans emploi. »

Mais une population déchue au point d’être trop faible pour un travail agricole soutenu, est encore bonne pour une autre occupation accessoire, sur laquelle se jettent les petits paysans quand le travail agricole salarié leur est interdit, je veux parler de Lindustrie à domicile.

Les commencements de l’industrie à domicile remontent eux aussi à l’époque féodale. Nous avons déjà montré au début de ce livre qu’à l’origine le paysan était à la fois agriculteur et industriel. Ensuite le développement de l'industrie urbaine le força à se consacrer presque exclusivement à l’agriculture. Mais pendant longtemps encore’ dans la famille du paysan, beaucoup de

(1) Verhiiltnisse der Landarbeiter,ll, p. 232.

travaux industriels continuent à se faire à la maison. Là où l’agriculture commence à ne plus constituer une source suffisante de revenus, ces travaux sont remis en honneur. Mais le paysan ne travaille pas pour le client. Le paysan isolé ne peut pas entrer en concurrence avec les ateliers de la ville, qui disposent d’un plus grand marché et de toutes les ressources de la ville. L’industrie rurale comme production de marchandises ne peut.se développer que si elle travaille pour un capitaliste, un marchand, ou un dépositaire qui peut établir les communications avec un marché éloigné, auquel le paysan isolé ne peut arriver directement ; et elle ne peut se développer que dans les domaines qui ne réclament qu’une habileté ordinaire et un outillage simple. Ces industries à domicile se développent surtout là oùla matière première est à proximité, — ainsi la sculpture sur bois dans le voisinage des forêts, les fabriques d’ardoises et de crayons auprès des ardoisières, les vanneries dans les régions bien arrosées et favorables à la culture de l’osier, la taillanderie dans le voisinage des mines de fer, etc. Mais l'existence d’un grand nombre de bras en chômage et à bas prix suffit souvent à elle seule, pour que des capitalistes ingénieux cherchent à les exploiter à domicile ; souvent ils leur fournissent eux-mêmes les matières premières, par exemple du fil de coton ou de soie, qu’ils doivent tisser.

L’industrie à domicile des campagnes, se développe surtout dans les régions où le sol est très pauvre et où en même temps les conditions techniques indispensables à une grande exploitation agricole sont peu favorables, mais surtout là où des obstacles politiques s’opposent ou s’opposèrent au développement de la grande propriété. Nous trouvons l’industrie rurale à domicile dans les régions montagneuses qui séparent la Bohème de la Silésie et de la Saxe, en Thuringe, dans le Taunus, dans la Forêt noire, mais surtout en Suisse (l’horlogerie dans

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