‹ La question agraireChapitre 86 sur 189 · VIII. — LA PROLÉTARISATION DES PAYSANS · texte numérisé non relu

VIII. — LA PROLÉTARISATION DES PAYSANS

l’ouest, la soierie dans le centre et la broderie dans l’est).

A leurs débuts ces industries à domicile furent la plupart du temps accueillies avec enthousiasme. Ceux qui en fondèrent furent considérés comme les bienfaiteurs des pauvres paysans, auxquels ils fournissaient l’occasion d’employer avantageusement, surtout en hiver, leurs heures de loisir. Comme ils gagnaient plus, ils pourraient cultiver plus rationnellement leurs terres, et par là augmenter encore leurs revenus. L’alternance du travail industriel et du travail agricole entretenait dans cette population la santé et la vigueur qui font défaut aux ouvriers industriels des villes ; elle leur donnait l’aisance et l’intelligence que n’ont pas les simples paysans, qui se bornent à cultiver leurs terres et qui perdent dans l’oisiveté tant d’heures précieuses.

Schonberg, dans son « Manuel d’Economie politique (1) », dépeint sous les couleurs les plus brillantes les avantages de l’industrie à domicile partout où elle ne souffre pas trop de la concurrence de la machine. Toute la famille travaille ensemble, « le père peut s’occuper de l’éducation de ses enfants et surveiller leur instruction, les femmes peuvent s’occuper du ménage et des enfants, les jeunes filles sont sous le contrôle et la garde delà famille. » La durée du travail ne dépend que de la volonté de l’ouvrier, il est libre. « Sa vie entière devient plus agréable, plus joyeuse, plus pleine. Dans l’industrie rurale à domicile, le travail du métier alterne avec le travail agricole plus sain, et on évite la grande concentration des salariés en un seul lieu, si désavantageuse pour les ouvriers et pour la communauté. Enfin, l’industrie à domicile permet l'emploi temporaire de toutes les forces productives de la famifle et rend possible, sans danger pour les personnes et pour la vie de famille, une augmentation du revenu de la famille. »

(1) Ilandbuch der politischên Œkonomie, 3e édition, II, p. 428.

272 l’agriculture dans la société capitaliste

A côté de ces avantages « indiscutables », il y a d’ailleurs des inconvénients sur lesquels Schônberg n’a pas pu fermer les yeux. Mais, finalement, il arrive à cette conclusion que « tous les inconvénients, si-graves qu’ils soient, ne sont cependant pas de nature à faire que l’industrie à domicile ne soit, au point de vue de la situation sociale des ouvriers, la meilleure forme d’exploitation. »

Ce n’est que là où elle aurait à lutter contre l’industrie des fabriques qu’il faudrait renoncer à elle.

La réalité nous offre un autre tableau, même si nous considérons les industries à domicile qui ne sont pas encore entrées en' lutte avec les machines de la grande industrie, telles la vannerie, la fabrication des cigares et des jouets, etc.

Tout d’abord, il n’v a pas à la campagne de travail accessoire qui favorise autant l’émiettement du sol que eelui-là, parce qu’aucun n’est susceptible d’un développement aussi rapide. Le nombre des grandes exploitations agricoles est limité, celui des mines aussi, les fabriques elles-mêmes ne peuvent se développer à volonté à la campagne. La possibilité du travail salarié se trouve ainsi limitée. Il en est tout autrement de l’industrie à domicile. Elle n’est limitée que par le nombre des bras disponibles; elle peut se faire dans l’exploitation la plus minime, avec les moyens les plus primitifs, sans capital ou avec des capitaux insignifiants, et le capitaliste ne court aucun risque en la développant le plus rapidement possible quand la situation du marché est favorable ; il n’a pas de capital fixe, pas de batiment, pas de machines à fournir, toutes choses qui perdent leur valeur quand elles ne sont pas employées de manière productive; il n’a à payer ni rente foncière ni aucune autre de ces contributions, qui courent toujours, que l’affaire marche ou non. Toutes ces charges, partie la plus considérable des risques des capitalistes, doivent être supportées par les industriels à domicile, exploités par le capitaliste. Si

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