‹ La question agraireChapitre 89 sur 189 · VIII. — LA PROLÉTARISATION DES PAYSANS · texte numérisé non relu

VIII. — LA PROLÉTARISATION DES PAYSANS

loppement de la grande industrie capitaliste dépend ainsi de la concentration toujours croissante des masses dans les grandes villes et de la vie économique des grandes cités.

Mais il y a toute une série de facteurs qui font que le courant de la grande industrie croissante ne se répand pas tout entier dans les villes, et que quelques petits filets vont fertiliser les campagnes. Ces facteurs sont, les uns, d’ordre naturel, les autres, d’ordre social.

Parmi les premiers, il faut compter la demande croissante de matières de première et de seconde nécessité, qui accompagne le développement de la grande industrie. Ces matières premières ne peuvent être produites à la ville, mais à la campagne, et elles doivent l’être par de grandes exploitations, à cause de la consommation en grand par les masses. Ainsi les mines. Le développement minier est un moyen puissant de révolutionner la situation agricole.

Il y a, d’autre part, un grand intérêt à ouvrer à proximité de leurs lieux de production les matières premières, surtout celles qui ont un poids considérable relativement à leur valeur, et qui ne supportent pas le transport à de longues distances. Ainsi paraissent à la campagne les forges, les briquetteries, les raffineries de sucre, etc.

Enfin, Peau pouvant donner facilement une grande force motrice attire souvent de grandes industries dans des vallées très écartées.

A cela s’ajoutent aussi des raisons d'ordre social. Dans les villes, la vie est plus chère qu’en rase campagne et, pour un genre de vie semblable, les frais d’entretien de la force de travail sont plus élevés, à cause du prix plus élevé des logements, des frais de transport des vivres, de l'absence de propriétés cultivées par l’ouvrier. Cela suffit déjà à expliquer pourquoi les salaires sont plus élevés à la ville qu’à la campagne.

Mais à cela s’ajoute la concentration des masses de travailleurs sur un espace resserré ; — ce qui leur rend plus faciles une entente et une organisation, ce qui rend plus difficile leur surveillance et aussi des mesures de rigueur efficaces. Dans un pareil milieu plein de ressources, l’homme contre qui on a sévi trouve toujours un emploi.

Tl en va tout autrement à la campagne. Les travailleurs y sont moins capables de résister au capital, ils sont plus soumis et moins exigeants. C’est là une puissante raison pour les grands industriels d’établir leurs exploitations en rase campagne; et lorsqu'ils trouvent à la campagne les ouvriers dont ils ont besoin, ce qui ne se produit à leur grand regret, qu’exceptionnellement et qu’ils ont sous la main tous les éléments qui font une exploitation prospère, ils le font d’autant plus volontiers que le mouvement ouvrier grandit davantage dans les villes.

Cettè fondation de grandes industries à la campagne se fait d’autant mieux que les moyens de communication (canaux, chemins de fer, télégraphes) se développent davantage. Il devient d'autant plus facile ainsi de rester en contact avec le grand marché. D’autre part, la naissance même de ces grandes exploitations à la campagne constitue un puissant motif de développement des moyens de communication modernes, et leur établissement, leur entretien, leur exploitation même offrent à la population paysanne toutes sortes de moyens de gagner de l’argent.

Tout d’abord les résultats sont à peine plus brillants pour les petits paysans et leurs terres que sous le régime de l’industrie à domicile. Les plus grandes exploitations agricoles qui produisent des denrées pour les vendre, y gagnent certainement, du moins en tant que les débouchés augmentent prodigieusement et sont à une plus grande proximité. Mais cet avantage est plus que compensé pour les agriculteurs occupant des salariés par la disette

Page 1