‹ La question agraireChapitre 90 sur 189 · VIII. — LA PROLÉTARISATION DES PAYSANS · texte numérisé non relu

VIII. — LA PROLÉTARISATION DES PAYSANS

de travailleurs agricoles qui se produit, les bras se trouvant réclamés par l’industrie. Laissons cette question qui appartient à un autre chapitre.

Mais tous les agriculteurs, grands et petits, souffrent de l’augmentation du prix du sol. La grande industrie produit un accroissement rapide de la population non seulement, comme l'industrie à domicile, par suite de ce que les mariages et les créations de ménage deviennent plus faciles, mais aussi par l’appel d’ouvriers étrangers, car une grande entreprise capitaliste à la campagne ne peut que très rarement se contenter des bras qu’elle trouve dans le pays même. Les logements et les parcelles de terres sont de plus en plus demandés, leur prix s’élève en conséquence. Mais plus le sol devient cher, moins les acquéreurs, toutes choses égales d’ailleurs, peuvent l’exploiter convenablement, plus misérable est l’installation. Nous reviendrons là-dessus au prochain chapitre.

A cela s’ajoute que la grande industrie absorbe l’ouvrier d’une tout autre façon que l’industrie à domicile. Celle-ci permet le plus souvent à la famille entière d’interrompre par moments son travail industriel pour se consacrer à l’agriculture, par exemple à l’époque de la moisson. A la vérité il n’en est pas toujours ainsi. Dans mainte industrie à domicile la saison des travaux les plus pressants coïncide avec les travaux agricoles les plus urgents. « C’est précisément à l’époque brûlante de la moisson, où la journée du paysan est souvent de 20 heures de travail pour 4 heures de repos, que ceux qui travaillent à la fabrication des jouets ont le plus à faire et n'ont pas une minute de liberté pour les travaux des champs les plus indispensables (1). » (I, p. 48.)

Quand c’est là le cas, l’industrie à domicile et l’agriculture se séparent, leur réunion dans les mêmes mains

(1) Ë. Sax, Die H aus industrie in Thuringen, I. p. 48.

280 l’agriculture dans la société capitaliste

devient impossible; mais c’est loin d’étre la règle.

11 en est tout autrement dans les grandes exploitations industrielles. Déjà la grande masse des capitaux fixes qui y sont engagés et qui restent improductifs quand ils ne sont pas employés, pousse l’entrepreneur à éviter autant que possible toute interruption un peu longue de travail. Il n’y a que très peu de grandes entreprises industrielles qui ne travaillent qu’une partie de l’année, précisément pendant les saisons où le travail agricole chôme ou 11e presse pas. Telles sont par exemple les raffineries de sucre, dont la « campagne » ne commence qu’en automne, après la récolte des betteraves, et dure tout l’hiver, environ 4 mois. On l’active le plus possible puisque les betteraves se gâtent facilement pendant le printemps.

Le travail dans les raffineries de sucre n’enlève donc pas aux travailleurs agricoles et aux petits propriétaires le temps nécessaire pour l’agriculture.

De même le travail minier est compatible sous certaines réserves avec le travail agricole. Le besoin de charbon est plus considérable en hiver, les demandes sont plus fortes, d’autre part le système des équipes de nuit laisse une partie des mineurs « libres » le jour. Ils devraient employer ce temps à se reposer, mais très souvent ils l’emploient à faire des travaux agricoles. C’est sans doute dans l’orgueil où les plonge leur splendide salaire, et pour ne pas laisser perdre cet excédent de forces qu’ils n’ont pu dépenser dans leur journée trop courle de travail dans la mine.

Kærger rapporte que, « dans le district deRecklinghaus le travail agricole et le travail non agricole alternent, les journaliers, hommes libres et propriétaires, travaillant souvent du commencement de la moisson jusqu’à la fin de novembre à la terre, et le reste du temps dans la mine (1). »

(1) Verhültnisse der Landarbeiter p. 124.

Page 1