VIII. — LA PROLÉTARISATION DES PAYSANS
Dans les régions minières de Gelsenkirchen, Bochum, Dortmund,les travailleurs agricoles propriétaires fonciers ont presque disparu. « On y voit encore parfois des journaliers non propriétaires, mais ce sont le plus souvent des mineurs qui, vu la courte durée du travail dans la mine, trouvent assez de temps pour consacrer chaque jour quelques heures au travail agricole, surtout s’ils font partie des équipes de nuit ; ou bien qui se logent chez des paysans en s’obligeant à les aider pendant la moisson, ou qui, contre le même engagement, ont obtenu à ferme un champ de pommes de terre ; d’autres enfin travaillent la terre parce qu’ils n’ont plus assez de forces pour travailler à la mine... On cite aussi tout exceptionnellement le cas de journaliers qui gagnent quelque argent en cultivant pour leur propre compte ; mais ce ne sont que des mineurs qui en même temps font des travaux agricoles. Ils louent parfois une maisonnette avec un petit jardin, élèvent une ou deux chèvres, et obtiennent de temps en temps l’autorisation de planter sur les terres du propriétaire autant de pommes de terre qu’ils peuvent en fumer » ( op . cit ., p. 132).
Enfin, encore un exemple tiré du district houiller oriental, de la Silésie : « Dans les districts houillers et industriels on voit très fréquemment que des ouvriers agricoles cherchent du travail d’une manière temporaire dans les mines de charbon et dans l’industrie, surtout dans le bâtiment, mais aussi dans les fabriques, et qu’ils retournent aux champs pour la moisson. Ce cas se présente surtout chez les tout petits propriétaires » (op. cit., III, p. 502).
Dans certains cas, le travail minier peut devenir un puissant auxiliaire de l’exploitation paysanne. « Le mélange des diverses pièces de terre, lit-on dans un rapport westphalien, exerce une action très nuisible sur la propriété paysanne partout où le propriétaire doit vivre de sa terre. Là où les paysans gagnent encore suffisamment
dans la mine et les usines (ce qui est le cas pour 80 0/0 dans l’arrondissement de Siegen), le dommage ne se fait pas sentir (1).
Mais si certaines industries comnfandent ou du moins permettent un travail temporaire, la-grande industrie occupe en général l’ouvrier toute l’année sans interruption.
Mais elle n’occupe pas, comme l’industrie à domicile, toute la famille de l’ouvrier. La loi défend déjà d’employer les enfants au-dessous de 14 ans. Le travail de la mère de famille présente plus de difficultés dans la grande industrie que dans l’industrie à domicile. Dans ce dernier cas, en effet, elle n’a pas besoin d’abandonner son foyer. Autant elle est disposée à participer au travail de l’industrie à domicile, autant elle a de la peine à se décider à laisser en plan ses enfants et son ménage, et elle s’y décide plus difficilement encore à la campagne qu’à la ville, parce que le ménage y joue un plus grand rôle, que ses fonctions n’y sont pas encore réduites par les cuisines populaires, les salles d'asiles, les écoles enfantines, etc.
A ces forces travailleuses qui, sous le régime de la grande industrieuse consacrent encore au ménage et à l’exploitation agricole qui s’y rattache, il faut joindre les invalides du travail. L’industrie à domicile peut utiliser les bras les plus affaiblis; mais la grande industrie réclame tant d’efforts de ses ouvriers qu’en général elle n’emploie que ceux qui sont à la fleur de l’àge et elle les use rapidement. A la campagne, le travail dans la petite exploitation agricole de la famille est l’occupation tout indiquée pour la nombreuse classe des invalides du travail créée par la grande industrie.
Comme l’industrie à domicile, quoique d’une autre façon, la grande industrie ruine les forces ouvrières qui sont à la disposition de la petite exploitation agricole, en même temps qu’elle a pour conséquence de di-
(1) Büuerliche ZuHande, II, p. 8.