VIII. — LA PROLÉTARISATION DES PAYSANS
cipation et finalement de l’y faire participer activement quand les circonstances s’y prêtent.
Les fabriques àla campagne augmentent ainsi les rangs du prolétariat sans exproprier les petits paysans, sans leur enlever leurs terres. Au contraire, elles donnent un moyen aux petits propriétaires menacés de la banqueroute de sauvegarder leur propriété, et elles permettent à la classe nombreuse de ceux qui ne possèdent rien d’acheter ou d’affermer une petite exploitation agricole.
Les trois sortes de travaux accessoires à la portée des petits paysans, que l’on a examinées ici, ne s’excluent nullement. Elles peuvent exister concurremment et on les trouve très souvent 'coexistant. Par exemple nous lisons : « Pour les Habitants du Haut-Pays d’Eisenach, en particulier pour les petits paysans des localités pauvres, qui possèdent une petite terre, l’industrie à domicile comme ressource accessoire est d’une très grande importance... Parmi ces industries à domicile, il faut noter la fabrication des bouchons, des ceintures, de la pluclie, des fouets, la cordonnerie, la fabrication des brosses, la sculpture sur bois (têtes de pipe). Ces industries assurent à la famille un salaire supplémentaire de 1, 2 à 3 marks, et souvent des paysans possédant de 8 à 9 hectares s’en occupent également... Ou reste le travail du bois et des forêts, le transport du bois, et l’exploitation de la basalte qui se trouve là en si grande quantité, procurent des salaires suffisants surtout pour les moments où il n’y a pas de travaux agricoles (1). »
A. Heitz nous fournit un exemple, pour le Sud, de la situation des paysans dans les bailliages de Stuttgard, Bôblingen, et Herrenberg. « 11 serait faux de supposer, dit-il, que le travail agricole assure à la nombreuse population paysanne des revenus suffisants. Elle a beaucoup plutôt à compter, surtout dans les deux districts
(1) Bciuerliclie Zustünde, I, p. 50, 51.
occidentaux, sur les nombreuses occasions qui se présentent de gagner de l’argent à côté. Il faut avant tout citer la forêt qui occupe toute l’année un fort contingent d’ouvriers, et beaucoup de gens d’une manière temporaire... Il serait particulièrement instructif de déterminer l’état de l’industrie à domicile, tissage et broderie. » A côté s’élève une grande industrie. « Dans le cours de ces dernières années ils’estfondé quelques. grands établissements, d’anciens ont été agrandis, et les petits entrepreneurs se multiplient, qui se mettent enquête des travaux les plus misérablement payés... Le commerce de détail du lait, des œufs, de la volaille et de quelques produits manufacturés est un autre facteur... Parmi les villages qui fournissent le plus de journaliers en dehors de la banlieue de Stuttgard on peut citer Môhringen, Bonlanden, Plattenhardt, Vaihingen, Rohr Musberg, Birkach, tandis que de Ruith, de Heumaden, Kemnath, Scharnhausen, et même de Plieningen beaucoup d’ouvriers se rendent journellement aux filatures d’Eslingen. » Mais on ne trouve pas partout des occasions si nombreuses de travail accessoire, et ce travail ne suffit pas toujours à satisfaire les besoins d’argent des petits paysans. Quand le gain accessoire ne s’offre pas de lui-même au paysan, il n’a d’autre ressource que d’aller à sa recherche, dût-il même pour cela quitter de temps en temps la terre natale. Plus les moyens de transport modernes se développent, plus les communications par chemin de fer deviennent aisées, plus la poste et les journaux renseignent sur la situation extérieure, plus facilement le campagnard se décide à quitter son village au moins pour un temps, et même à aller assez loin. Une partie de la famille des petits paysans, bien entendu les plus aptes au travail, s’en vont périodiquement pour gagner leur pain, et amasser quelques sous pour le reste de la famille. G’est cette forme seule d’émigration, et non l’émigration définitive, qui nous intéressé ici, car en ce
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