VIII. — LA PROLÉTARISATION DES PAYSANS
moment nous n’étudions pas les formes de la prolétarisation du paysan qui sont faciles à reconnaître, mais celles beaucoup plus importantes dans lesquelles le paysan conserve son extérieur de paysan mais tout en entreprenant les fonctions de prolétaire.
Le paysan qui s’expatrie est naturellement particulièrement disposé à s’occuper de travaux agricoles ; et il ne manque pas d’endroits où la population ne suffit pas à ces travaux. Nous avons déjà fait remarquer au chapitre précédent combien les ouvriers font défaut dans les régions de la grande exploitation agricole, nous constaterons qu’il en est de meme dans les régions de l’exploitation paysanne un peu grande. On cherche des ouvriers agricoles de passage dans les régions les plus variées de l’Allemagne, soit pour tout l’été, soit simplement pour le temps de la moisson. Ils trouvent du travail non seulement dans les Provinces Orientales, mais aussi dans les pays rhénans, en Bavière, dans le Wurtemberg, dans le Schleswig-Holstein.
Citons comme exemple les déplacements qui se font en Bavière. « Fréquemment il y a échange d’ouvriers entre les pays de blé et les pays de houblon ; les pays de houblon envoient leurs ouvriers pour la moisson dans les pays de blé et inversement. En outre, on peut établir d’après des rapports les déplacements suivants : La Haute-Bavière reçoit pendant l’été des ouvriers principalement de la Forêt bavaroise, mais en retour elle envoie, des régions où la moisson se fait de bonne heure, des ouvriers en Souabe. En Souabe il y a un échange entre le Haut et le Bas Pays ; le Tyrol y envoie en outre un grand nombre de petits pâtres. La Basse-Bavière s’approvisionne de temps en temps d’ouvriers dans la Forêt bavaroise et en Bohême et envoie des ouvriers, pour environ 6 semaines, du district de Wilshofen au pays d’Ostenhofcr au moment de la moisson, et du district de'Straubing aux pays de houblon au moment de
(1) Verhiiltnisse dàr Landarbeiter, II, p. 151, 152.
l’agriculture dans la société capitaliste
la récolte du houblon. Des hommes partent du district de Weiden, dans le Haut Palatinat, pour faire la moisson en Haute et Basse-Bavière, et des femmes, pour aller cueillir le houblon. Le district de Neustadt sur l’Aisch envoie des ouvriers, pour la récolte, dans les régions de houblon ; les districts de Neumarkt et de Stadtamhof font venir de la partie orientale du haut Palatinat, de la forêt bavaroise et deBohôme peu d’hommes, un grandnombre de femmes, et quelquefois même des enfants pour la cueillette du houblon et pour la récolte des pommes de terre. La haute Franconie envoie en particulier du district de Bayreuth des ouvriers en Thuringe et en Saxe et fait venir isolément des régions montagneuses où le blé mûrit plus tard des femmes et des enfants pour la moisson. Dans la Franconie moyenne il y a un grand échange de bras entre les pays de blé et les pays de houblon. Le district de Hersbruck fait venir du haut Palatinat et de la Bohême un grand nombre d’hommes et de femmes pour la récolte du houblon. Dans la basse Franconie, le pays d’Ochsenfurt et de Schweinfurt fait venir pour toute la durée de la récolte du blé et de la pomme de terre des hommes et des femmes de la Rhon, du Spessart et de l'Odenwald. Dans les grandes exploitations consacrées à la culture des betteraves on fait venir au printemps des ouvriers polonais qu’on occupe jusqu’en automne. Dans le Palatinat rhénan, sur les hauteurs de Sickingen, on fait venir, pour la durée de la récolte des pommes de terre, principalement des femmes de la partie Nord du district de Hombourg, des villages de musiciens , mais on fournit des ouvriers pendant la moisson aux pays de Worms et de Osthofen, et en automne, pour près de six semaines, des batteurs en grange aux communes de l’arrondissement de Saarbrück. De grands propriétaires font venir aussi, depuis quelque temps, pour les mois d’avril à novembre, des ouvriers de la Prusse orientale (1). »