VIII. — LA PROLÉTARISATION DES PAYSANS
On peut dresser à l’infini de semblables tableaux pour toutes les parties de l’Allemagne.
C’est dans de très grandes proportions que se fait lemigration de ces ouvriers italiens qui travaillent F été en Europe, et vont en hiver dans l’Argentine, pour le travail des champs (l’hiver européen correspondant à l’été dans l’hémisphère sud). L’émigration des Chinois est encore plus colossale ; ils vont, non pour une saison, jamais non plus pour toute la vie, mais pour quelques années, aux Etats Unis, au Canada, au Mexique, dans les Indes-Occidentales, en Australie, dans les Iles de la Sonde ; ils sont déjà arrivés dans l’Afrique Méridionale et ils réalisent pleinement l’idéal proposé par nos agrariens à l’ouvrier nomade allemand.
Mais ce travail de nomade ne se limite pas à l’agriculture ; la grande industrie, les villes, le commerce lui offrent du travail mieux payé. Comme dans l’agriculture, on peut trouver là du travail de saison, et même, malheureusement pour Jes propriétaires occupant des salariés, du travail pour tout l’été, comme par exemple dans les constructions de chemins de fer, de canaux, dans les carrières, dans les constructions de toute sorte faites dans les villes ; on peut y trouver aussi des occupations pour une plus longue durée, comme domestiques, journaliers, voituriers, etc.
11 y a beaucoup de pays où des spécialités toutes particulières de travail nomade se sont développées. Kuno Frankenstèin fait la communication suivante sur l’arrondissement de’Wiesbaden : « Le District occidental de Dill et le reste du deuxième district le Westerwald, et la partie du district d’Oberlahn qui limite le AVesterwald au Nord-Ouest, ont un grand excédent d’ouvriers. Aussi part-il de ces endroits un grand nombre d'ouvriers pour les districts industriels des bords du Rhin, et ils restent là depuis le printemps jusqu’à l’hiver, d’autres y vont comme colporteurs. Sur cette émigration qui
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peu à peu a pris une très grande extension, un rapport du district d'Unterwestwald nous donne les renseignements suivants tout à fait significatifs. « Au printemps, les villages sont parcourus par les « Landgànger » (colporteurs), qui recrutent parmi les adultes des deux sexes les colporteurs dont ils ont besoin. Ils s’en vont avec eux en février dans différents pays, la Hollande, la Suisse, la Pologne, la Saxe, etc. Les individus embauchés reçoivent dans de grands centres comme Leipsig leurs marchandises qu’ils doivent vendre à des prix déterminés, et ils remettent le produit de la vente à leurs patrons. Ils reçoivent un salaire annuel, selon leur habileté à la vente, de 300 à 400 marks, et on leur rembourse leurs frais. En général ils reviennent dans leur pays vers la Noël avec pas mal d’argent comptant..
« On a fait depuis longtemps déjà la remarque que dans les localités où se recrute un certain nombre de marchands ambulants de ce genre, la situation agricole s’améliore petit à petit, car les salaires des enfants sont remis aux parents et employés dans l’intérêt commun. Il sert à donner à l’exploitation une meilleure direction, à acheter du bétail, en particulier des vaches, des engrais artificiels qui assurent une meilleure moisson, à agrandir la propriété ; on en met aussi une partie dans les caisses d’épargne,
« Dans bien des endroits, le nombre des individus ainsi embauchés est si considérable qu'il reste à peine au pays natal les bras indispensables. Au point de vue financier, cette émigration a des avantages, mais au point de vue moral, surtout pour les femmes, elle a aussi son mauvais côté » ( op . cit ., Il, p. 27).
« Les pauvres villages de montagne du Palatinat envoient volontiers à l’étranger comme musiciens les ouvriers formant excédent. Le sol, composé surtout de grès des Vosges, est peu fertile, les paysans possédant des propriétés de 3 à 4 hectares se trouvent dans une situa-