‹ La question agraireChapitre 96 sur 189 · LA PROLETARISATION DES PAYSANS · texte numérisé non relu

LA PROLETARISATION DES PAYSANS

eviennent régulièrement

tion très misérable, et sont souvent forcés pour gagner leur vie de recourir à des travaux accessoires. Dans des communes de ce genre, le patron (?) est forcé de chercher à gagner son pain dans des pays étrangers ; il voyage au loin comme musicien, comme aide-maçon, plus rarement comme domestique. Les musiciens sont généralement économes, et ils envoient très souvent assez d’argent chez eux pour que la famille puisse vivre sans souci et soit en état d’acquérir peu à peu une petite propriété. La situation des maçons est ordinairement moins bonne ; ce sont les domestiques qui mettent le moins d’argent de côté à l’étranger » ( op . cit., II, p. 193).

Les ouvriers de saison dans leur pays natal, et consacrent le produit de leur travail à leur exploitation agricole. C’est donc encore ici la grande exploitation, à la ville comme à la campagne,, dans l'agriculture comme dans l’industrie, qui donne de nouvelles forces à la petite. D’autres lui viennent des bénéfices réalisés par les gens parlis de leur pays pour un certain temps. Ceux-ci, la plupart célibataires, ne reviennent pas tous. Beaucoup s’établissent définitivement dans leur nouveau centre d’action ; mais malgré cela, un grand nombre d’entre eux envoient chez eux leurs épargnes pour soutenir leurs familles qui ne peuvent vivre de l’exploitation de leurs terres. On dit qu’en Irlande les fermages des petits paysans sont payés avec les épargnes des bonnes irlandaises servant en Amérique, et il en est de même des impôts de bien de nos paysans allemands. Et, toutefois, malgré la misère de la campagne, beaucoup retournent à la terre où ils sont nés : ils y retournent pour se marier ou pour hériter, pour reprendre la petite propriété paternelle, et ils rapportent avec eux leurs économies, qui soutiennent pendant quelque temps plus d’une exploitation menacée de ruine, et permettent à plus d'une exploitation naine l’achat de nouvelles terres, l’acquisition d’une vache, le relèvement de la chaumière délabrée.

Pour les pays dans lesquels ils émigrent, ces ouvriers constituent un obstacle au progrès. Comme ils viennent de pays moins riches et arriérés au point de vue économique, ils ont moins de besoins, ils sont la plupart du temps plus ignorants aussi et plus soumis. Ils sont d’autant moins capables de résistance qu’ils sont en pays étranger, sans protection de la part de la population trop volontiers hostile à ces intrus, et dont souvent ils ne comprennent pas du tout la langue. Ce sont eux qui opèrent le plus volontiers la pression des salaires et la rupture des grèves, qui entrent le plus difficilement dans les syndicats. Mais ces éléments qui font obstacle au progrès dans les pays où ils se rendent sont d’excellents pionniers du progrès dans les pays d’où ils viennent et où ils retournent. Si réfractaires qu’ils soient à leur nouvelle atmosphère, ils ne peuvent pas se soustraire entièrement à son influence : ils acquièrent de nouveaux besoins, de nouvelles idées, qui, si arriérées qu’elles puissent être pour leur nouvelle patrie, sont subversives et révolutionnaires pour leur ancienne. Ces mêmes éléments qui apparaissent ici comme les plus souples valets de l’exploitation et de l’oppression, deviennent là des perturbateurs, des excitateurs du mécontentement et de la haine de classe.

« L’élargissement de l’horizon intellectuel, dit avec tristesse Kærger, la plus grande mobilité d’esprit qu’acquièrent les ouvriers qui vont chercher du travail au loin, a souvent pour conséquence une diminution sensible du respect des autorités établies. Les gens deviennent effrontés, insolents, arrogants, orgueilleux, ils contribuent par leur exemple au relâchement des rapports patriarcaux qui, dans le plus grand nombre des propriétés de l’Est, existent encore entre maîtres et serviteurs, et, sont en parfaite harmonie avec l’état économique et social (1). »

(1) Die Sachsengiingerei , p. 180.

Page 1