MONTAGNARDS DE L'ALBANIE DU NORD
« Il existe dans la péninsule balkanique un peuple qui n'a jamais vécu par lui-même ni i:)our lui-même, mais dont le rôle à travers les siècles a été de fournir sans cesse aux nations voisines de la matière humaine. L'Albanie a été le réservoir où Grecs, Romains, Byzantins et Turcs ont puisé tour à tour. Tantôt sous une forme protoplasmique en quelque sorte, je veux dire en masses non organisées, la race albanaise a rempli les vides creusés par les guerres ou la décadence dans le monde oriental. Tantôt au contraire elle s'est dressée, elle s'est lîersonnifiée en un grand homme dont la main, qu'il fut Mehemet Ali, Ali Tebeleni, Scanderbeg ou Pyrrhus, bouleversa tout un coin du monde et imprima sur les peuiîles courbés le sceau de son génie. La vie des Albanais durant ce siècle, leur œuvre en Egypte où ils furent rois, en Grèce où ils furent les véritables ouvriers de l'indépendance, doit nous expliquer bien des éj^oques de l'histoire ancienne, et quand les Albanophrones revendiquent Alexandre, Achille, Agamemnon, l'exagération n'est que dans la forme, le paradoxe contient une vérité. » (V. Bérard, VHellénisme contemporain, page 292).
« L'Albanie du Nord, bien que presque sauvage aujourd'hui, est en effet une sorte de France orientale. Catholique ardente, et même passionnément latine, la vieille terre des Illyriens, immortalisée dans les guerres chrétiennes par le bras de Skanderbeg, n'a pas oublié ses liens avec l'Occident, et surtout avec notre pays. L'Europe ignore pour ainsi dire son existence, et ne cherche pas à pénétrer ce qui subsiste encore de grandeur chevaleresque et de promesse d'avenir sous la couche de barbarie que la domination ottomane a répandue sur le peuple albanais. Depuis le règne de Louis XIV la France semble avoir négligé complètement ce pays, qui offre plus de sympathies et de points de contact avec elle qu'avec toute autre nation, et le laisse exclusivement abandonné à l'influence autrichienne. Non seulement notre politique a presque abdiqué tout rôle en Albanie, non-seulement aucune de nos congrégations religieuses n'y possède d'établissement, mais c'est à peine si chez nous l'on se doute que cette contrée occupe une place sur la carte d'Europe. » (F. Lcnormant : Turcs et Monténégrins, page 5 et suiv.).