‹ La Question albanaiseChapitre 3 sur 36 · ALBANAISE DES ENVIRONS D'ATHENES · texte numérisé non relu

ALBANAISE DES ENVIRONS D'ATHENES

Les colonies albanaises sont très nombreuses en (irèce. Sans conii)ter les régions que celle-ci a pu arracher à l'Albanie après la guerre balkanique, rélément albanais constitue la septième partie du total de la population de la Grèce. On ne connait pas l'époque de l'arrivée de ces colonies en Grèce, mais on suppose que les premières datent du temiJs de l'invasion des Slaves. Au commencement du xv« siècle, les Albanais étaient si nombreux et si ijuissants en Morée que, pour les réduire, le sultan dut envoyer contre eux une grande armée sous la conduite de Turaclian. Vaincus, ils se retirèrent du plat pays et formèrent des centres puissants dans la région de Lala et en Bardunie. Dès cette époque ou un peu plus tard, ils se répandent sur toute l'étendue de la Corinthie et de l'Argolide et peuplent les dèmes ou bourgades de l'Attique jusque sous l'Acropole où, il y a quelques dizaines d'années seulement, on ne parlait que l'albanais. On les retrouve dans l'Arcadie, en Laconie et dans la Messénie. Avant le xvi*^ siècle déjà, ces colonies s'étaient avancées dans l'Aulide, en Béotie, aux Thermopyles et jusque dans l'Eubée. Du Péloponèse, les Albanais passaient dans les iles de Hydra, Spetsia, Poros, Psara, Salamis et jusqu'en Ch> pre. A Hydra, ainsi que dans les autres trois iles, il y a peu d'années, l'élément grec n'existait point. «^ 11 n'existe parmi les Hydriotes, écrit Pouqueville (Voyage de Grèce, VI, '.\ô) qu'une vingtaine de (irecs qui ont obtenu la permission de s'y établir pour trafiquer, le reste est intligène parlant le schype ou idiome albanais. >

Cette population albanaise lîleine d'énergie et de courage, laborieuse et belliqueuse, aux mœurs sobres et chastes, a relevé la Grèce de ses ruines. <c Les Schkypetars, que les historiens appellent Epirotes. sont les habitants actuels de la ville d'Argos, non moins célèbre que Sparte. On les distingue entre les habitants de la presqu'île par leur propreté, leur courage et leur industrie. Comme les antiques Argiens, ils sont nourriciers, non plus de coursiers destinés aux jeux de l'hippodrome, mais de chevaux vigoureux et forts, voués aux nobles travaux de l'agriculture. Ces soins n'absorbent pas l'industrie de ces hommes, qu'on rencontre dans toutes les parties de la Morée, où il y a des terrains à défricher. Leur activité les conduit, suivant les saisons, à Patras, en Elide, et jusque dans les îles Ioniennes. Mais toujours Schkypetars, ils vivent entre eux, ils s'assistent mutuellement dans leurs besoins, et ils ne manquent pas chaque année de ra importer leuis économies au sein de leurs familles. » (Pouqueville : idem. V, 210, 211.)

l'Albanie septentrionale. En attendant, les Serbes se glissent progressivement, malgré les protestations des Albanais, dans les localités avoisinant leurs frontières ; mais cela ne les empêche pas, entre temps, de s'ériger en défenseurs de V indépendance de l'Albanie et de l'intégrité de son territoire.

Enfin, l'Italie qui ne se fait pas faute de plaider en faveur d'une Albanie a grande, libre et indépendante », met à profit sa présence à Valona et l'ascendant qu'elle a su prendre sur la Conférence, pour se faire accorder en toute propriété cette magnifique rade avec son hinterland.

Contre ces attentats systématiques au droit des gens, le peuple albanais a protesté énergiquement. Sa voix n'a pas été entendue. Ce n'est pas que les Puissances ne se rendent compte des conséquences de ces combinaisons au point de vue de la paix dans les Balkans. Sans doute, elles voient le danger, mais, engagées qu'elles sont sur la pente glissante des concessions, elles se croient obligées de sacrifier l'avenir au présent. Une solution équitable de la question albanaise impliquerait « des renonciations » de la part de leurs alliés d'aujourd'hui, mais ces renonciations'^ elles n'osent les imposer. Il se peut donc qu'elles ratifient par faiblesse cette œuvre d'iniquité, et les Albanais en devront prendre leur parti.

Disons tout de suite qu'ils ne sont pas disposés à la résignation. Quoi qu'il advienne, ils ne cesseront de réclamer pour eux ce que la Conférence de la Paix a octroyé aux autres peuples, avec cette différence toutefois que les Albanais ne demanderont que ce qui leur appartient. Tant qu'il leur restera un souffle de vie, ils revendiqueront le droit à l'indépendance politique dans les limites ethniques du territoire qu'ils habitent depuis une époque dont l'histoire ne saurait indiquer le commencement.

Au prix des plus durs sacrifices, les Albanais ont réussi à conserver leurs libertés sous des dominations plus ou moins passagères. Pour la première fois, ces libertés sont mises en sérieux péril par la Conférence de Paris de 1920. Cela apparaît invraisemblable et pourtant telle est la triste vérité. Cependant, l'irrémédiable

n'esl [MIS encore consommé et le peuple albanais n*a pas perdu tout espoir dans les principes de justice si hautement proclamés. Si, pourtant, les grandes puissances en arrivaient à méconnaître les droits de l'Albanie, c'est qu'elles n'ont p<is renoncé, malgré tout, aux luttes de rivalités qui caractérisent, depuis longtemps, leur politique en Orient, politique de négation et de corruption. N'est-ce pas cette politique qui a amené la guerre balkanique de 1912, et qui, par voie de répercussion, a déchaîné la guerre n\ondiale ?

La continuer ne sicjnific pas vouloir extirper les conflits dont les Balkans ont été le foyer classique ; au contraire, c'est préparer la hase pour des guerres futures.

D. KOLOVANI.

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