‹ La question américaineChapitre 12 sur 37 · CAROLINE DU SUD ET VTRÇINTE. I · texte numérisé non relu

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tiendraient de toute attaque contre lui ; que cette offre avait été refusée ; que l'intention de placer les forces militaires de l'Etat entre le feu du fort et celui de la flotte était ainsi devenue transparente; qu'en conséquence le Gouverneur avait ordonné que le fort fût attaqué et pris, si la chose était possible ; et qu'à peine le drapeau venait-il d'être abattu que la flotte attendue faisait son apparition et venait montrer par sa présence combien l'attaque était justifiable, et combien il était nécessaire d'agir avec promptitude.

Le canon de Beauregard fut pour le Nord le signal de la déclaration de guerre. Il servit d'excuse aux hostilités. Les audacieux sécessionnistes avaient tiré, oui, tiré, contre la « bannière constellée. »» Il était vrai qu'ils avaient été réduits à cette nécessité par la honteuse mauvaise foi du Gouvernement. Mais c'était plutôt à l'honneur du Gouvernement, et cela montrait que si M. Seward s'était rendu ridicule par l'épisode du cheval du Président Taylor, il n'en était pas moins réellement un homme habile et l'un de nos citoyens les plus distingués. En outre , il était absurde de supposer que les Etats du Golfe pussent aller bien loin si le tout-puissant Nord ne le leur permettait pas. On leur apprendrait à se tenir à leur place. « Laissons-les quelque temps frapper du talon , ils en seront bientôt fatigués ; >»

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telle fut l'élégante remarque faite par le Président. Ni l'honnête Abe, ni le subtile Seward, ni leurs partisans les Républicains, ni même les Démocrates du Nord, ne savaient ce que pouvaient faire la Caroline du Sud et la Louisiane.

Si l'attaque contre le Fort Sumter avait exaspéré le Nord et y avait fait disparaître toute division, la déclaration de guerre du Nord avait provoqué l'union du Sud. Les Etats qui avaient suivi l'impulsion (le la Caroline du Sud appartenaient tous à la classe de ceux dont elle était le type — c'étaient les Etats producteurs du sucre et du coton, situés autour du Golfe. Les Etats situés aux. frontières nord de la Caroline du Sud et aux frontières sud delaPensylvanie n'avaient encore pris aucun parti. Si la Caroline du Sud était le type des Etats de la sécession, les Etats plus au nord avaient pour type la Virginie. Le caractère Virginien était à celui dé la Caroline ce qu'on pouvait préjuger d'après la différence de leurs climats. Ces deux Etats étaient l'un à l'autre dans le rapport qui existe entre la Sicile et la Toscane. L'un ardent, impétueux, souffrant impatiemment l'oppression, prompt à ressentir une injure, et toujours prêt àfrapper un coup audacieux; l'autre, non moins impressionnable peut-être, non moins fier, mais plus maître de lui, sachant maîtriser les impulsions de la passion par le sentiment

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d'association, capable d'affronter tous les hasards quand l'occasion s'en présente, mais soigneux de ne pas les faire naître, et préférant faire preuve d'une grande patience à souffrir plutôt que de briser ce qui lui a été cher. Comme son prototype Italien, son sol avait produit plus d'hommes de génie que toutes les autres parties du pays auquel il appartenait. La Toscane et la Virginie ont été toutes deux fertiles en hommes remarquables; mais pendant que la Toscane produit des poètes et des peintres, la Virginie produit des soldats. Je ne sais si ce contraste des deux grands Etats de la Confédération sera considéré comme exact, néanmoins il y a quelque satisfaction à les personnifier sous ces caractères, et je crois qu'on me trouvera excusable de l'avoir fait. L'An- , gleterre peut bien être fière de ses deux enfants ; et . il y a plaisir à se rappeler que tous deux, peut-être \ plus que tous les autres Etats d'Amérique , possè- : dent le plus pur sang Anglais. Je ne saurais dire si la ? Caroline du Sud renferme un homme qui puisse être '. cité comme le digne représentant de son pays. Mais i je me fais l'idée que le caractère Virginien est réa- [ lise dans la personne de Lee.

i^ Je pense que la Virginie a toujours agi conformé- 1^" ment à l'idée que j'ai essayé de donner d'elle. Elle • tient toujours sa force en bride, et ne va jamais de l'avant que lorsqu'il y a quelque bonne raison pour

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le faire. Mais quand elle s'avance, elle le fait d'une façon impériale. A l'époque de la Guerre de l'Indépendance, elle ne se pressa pas d'agir; mais quand la Nouvelle- Angleterre prit les armes contre nos ancêtres pour une mesure cent fois moins déssastreuse que celles infligées par elle-même aux hommes du Sud ; quand les infortunées caisses de thé furent précipitées à la mer dans le port de Boston, et quand les armées et les flottes Anglaises s'avancèrent pour punir les colonies rebelles de leur désobéissance, la Virginie, quoique n'étant elle-même ni envahie, ni même menacée, s'élança à la rescousse, par cette raison qu'une attaque contre Tune des colonies était une attaque contre toutes. Il n'y a probablement pas d'exagération à dire que son intervention fut le salut de la Nouvelle-Angleterre ; il n'y a certainement pas d'exagération à dire que son intervention amena la fondation de T Union ; car ce fut son intervention qui a donné aux combattants du Nouveau Monde l'avantage des armes et les conseils de Washington. Non- seulement elle fonda la Nouvelle République, mais elle lui donna ses soins pendant le temps de son enfance. Sur les cinq premiers Présidents de rUnion quatre furent pris parmi ses citoyens ; et c'est un fait remarquable que le second Président des Etats-Unis, le seul des cinq auquel on n'accorda pas l'honneur de conserver le pouvoir pendant une se-

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conde période, était aussi le seul qui ne fût pas un de ses citoyens. Depuis la présidence de Monroë, son rôle a été moins prédominant. Après avoir lancé la République dans la carrière, et présidé à ses desti» nées pendant la plus grande partie d'un demi-siècle, elle paraît avoir pris sa retraite ; et depuis ce temps, sous tous les rapports moraux, bien qu'il n'en soit pas de même sous les rapports matériels, la République a toujours suivi une marche descendante.

Sa conduite, dans ces derniers temps, a été d'ac^ cord avec les précédents de son histoire. Bien que l'élection de Lincoln fût aussi pleine de dangers pour elle que pour la Caroline du Sud, et bien qu'elle eût tout autant de causes de plainte et de ressentiment contre les insultes et les injustices du Nord, elle se trouvait trop liée par le glorieux souvenir de son passé pour se hâter de détruire cette Union, à la création de laquelle ses citoyens avaient pris la plus grande part. Aussitôt qu il devint clair que les Etats du Golfe étaient déterminés à se séparer, la première pensée de la Virginie fut de tenter de trouver un moyen de les en empêcher. Elle s'offrit .pour servir de médiateur entre eux et le Gouvernement Fédéral ; et ses représentants s'occupèrent avec ardeur, jusqu'au dernier moment, à chercher à ménager les termes d'un compromis dans lequel la Caroline du Sud et ses alliés pussent' trouver une

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garantie suffisante de leurs intérêts, pour qu'il fût possible de les faire revenir à Tancienne association. Mais les perfides tentatives de Lincoln et de Seward pour ravitailler le Fort Sumter, et bien plus le cri de guerre furieux que sa capture souleva dans le Nord firent bien voir que le temps des négociations était passé ; et quand la guerre éclata en réalité, tous les sentiments d'association, de sympathie, d'intérêt, de justice, de générosité envers le plus faible, d'indignation contre la perfidie et l'injustice, la poussèrent à se ranger du côté de la Caroline du Sud. L'adjonction de son nom splendide et puissant à la liste des Etats Confédérés fut accueillie par tous les autres avec une joie triomphante; et lapréséance due à son vieux renom lui fut déférée par l'unanime résolution de ces Etats de transférer la capitale commune de Montgomery à Richmond.

L'exemple de la Virginie n'eut pas, sur les Etats frontières, l'effet entraînant que celui de la Caroline du Sud avait produit sur les Etats du Golfe, En premier lieu, il n'y avait pas la même homogénéité de caractère et d'intérêts entre les premiers qu'entre les derniers de ces Etats. Dans un moment, on avait eu l'idée de fusionner tous les Etats qui s'étaient originairement séparés en une république une et indivisible, s'étendant depuis le Cfap Fear jusqu'au Rio- Grande, mais aucune idée semblable n'avait pénétré

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plus avant dans les Etats plus au Nord. Fusionner la Virginie avec l'Arkansas, le Delaware avec le Missouri eût été une chose ridicule, et il se pouvait trèsbien que les variations d'intérêts de ces différents Etats ne les portassent à envisager à des points de vue différents la question de savoir si la sécession était désirable. En outre de cela, on savait alors ce qui n'était pas connu lorsque la Caroline du Sud et ses alliés avaient effectué leur sécession, que sécession voulait dire guerre ; et que les Etats frontières auraient à supporter le choc de cette guerre. Mais s'il n'y avait pas toujours identité d'intérêts, il y avait une communion de sentiments qui n'était pas aussi forte que celle qui réunissait les Etats du Golfe, mais qui était trop forte pour qu'on pût l'attribuer au seul fait de la légalité de l'esclavage , et la tendance vers la rupture devint presque irrésistible. La Caroline du Nord, située au sud de la Virginie, suivit immédiatement son exemple. LeMaryland et le Delaware se trouvant dans la gueule du Nord , hésitèrent un moment avant de se précipiter dans ce gouffre sinistre ; et avant qu'ils en eussent pris leur parti, les armées Fédérales passaient leurs frontières, occupaient leurs cités, et leur imposaient ce joug hideux sous lequel ils ont gémi depuis ce jour -jusqu'à l'heure présente. Dans l'Ouest, le Keutucky n'a pas cessé de résonner sous les pas des armées

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belligérantes, et n'a jamais eu le moment de répit nécessaire pour délibérer. Le Tennessee , qui avait cependant eu à souffrir des mêmes causes , a réussi néanmoins à assembler sa législature et à pronon-' cer sa sécession ; tandis que TArkansas et le Mis» souri, sur les rivages les plus éloignés du Père des Eaux, et dans des conditions qui les rattachaient plutôt à rOuest qu'au Sud, ont pris rang parmi les membres les plus ardents de la Confédération , et sont devenus le théâtre de quelques-uns des plus brillants exploits de la guerre.

Mais j'ai été un peu trop vite. Je parlais du rôle qu'a joué la Virginie pendant toute la durée de l'Union. Elle s'était toujours montrée libérale et magnifique, mais jamais dissipatrice (1); elle avait

(1) Depuis que ce livre est fini, ou plutôt au moment où Use ter» minait, j'ai eu 1* occasion de lire l'ouvrage de M. Williams : c Le Sud Vengé. » Le compte rendu qu'il contient de la grande cesaion faite pwr la Virginie de ses territoires du Nord- Ouest, à titre de pure libéralité, à l'Union embarrassée et appauvrie, ajoute une force étonnante, selon moi, à l'opinion que j'ai essayé de donner de son caractère et des services qu'elle a rendus, en même temps qu'il atténue les éloges que je lui ai donnés pour sa prudence à éviter la prodigalité. Je vais en faire un court extrait. Avant d'avoir lu cet ouvrage, je n'avais p^s oomplétement apprécié le caractère de la cession dont il s'agit.

« Le Gouvernement général de l'Union, étant pauvre et ayant k ({ peine les moyens de pourvoir à ses besoins, implora les Etats ayant « de grands territoires de lui en transférer une portion pour servir à « l'usage général de tous les l-^tats. La Virginie répondit à cet appel par « un acte de prodigne générosité, dont la magnanimité n^était sarpanée

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