HISTOIRE DE LA QUARTERONNE
pour la même raison que les Démocrates de la Guerre. Ils veulent tuer les rebelles et ils pensent arriver à ce résultat avec encore plus de sécurité s'ils appellent les noirs à leur aide. Il y avait un de leurs prédicateurs qui faisait Téloge du Vieil Abe et de TAbolition, et qui donnait cette raison : — « Chaque noir que vous pouvez enrôler peut arrêter une balle qui aurait été frapper un blanc. »» C'était un habile homme que ce prédicateur. Il savait ce qu'il voulait dire, et il savait que ceux auxquels il s'adressait le comprenaient. Quelques-uns d'entre eux appellent les noirs leurs frères; s'ils disaient vrai, ils devraient les appeler leurs boucliers contre les balles.
** Mais, tenez, vous nous avez parlé des lois de votre Etat. Celles des autres Etats sont-elles aussi sévères contre les noirs que celles de l'IUinois? »
« Je ne sais pas s'il y en a qui fustigent les noirs autant que nous, mais presque tous les Etats ont des lois contre eux, de manière ou d'autre ; quelquesuns ne leur permettent pas du tout l'entrée de leurs frontières, et ceux qui leur permettent d'entrer les obligent à se mettre sous la surveillance de la police et à prévenir chaque fois qu'ils se transportent d'un lieu à un autre. On m'a dit qu'on s'en occupait beaucoup moins dans le Michigan et le Wisconsin ; mais ces Etats sont situés au Nord par rapport à nous, et les noirs ne peuvent y parvenir qu'en pas-
sant par nos pays; en conséquence, ils n'ont pas lieu de les craindre. »•
« Et je suppose qu'aucun de ces Etats ne permettrait à une femme de couleur d'épouser un blanc? »
Notre compagnon nous regarde comme s'il ne savait pas si nous plaisantons ou si nous avons l'esprit dérangé. Il rit, mais ne répond pas.
« Je suppose qu'il n'existe pas de loi semblable dans la Nouvelle-Angleterre? » reprenons-nous. « Là, naturellement, on doit voir les noirs d'un œil plus favorable? »
« Quant à moi, étranger, je ne sais pas grand'chose de la Nouvelle- Angleterre ; mais j'ai un ami à Boston qui m'a dit qu'ils n'aimaient pas plus les nègres que nous ne les aimons ici. Ils ont aussi des lois contre eux. Elles ne prononcent pas comme les nôtres l'interdiction formelle de pénétrer dans les limites de leur Etat, mais elles stipulent que, si un étranger arrive dans une ville, les magistrats peuvent lui ordonner de partir; que s'il n'obéit pas, il peut être condamné au fouet ; que s'il revient, il est fouetté de nouveau, et que cela continue ainsi jusqu'à ce qu'il se décide à les débarrasser de lui. Dans quelques Etats il doit faire connaître son arrivée ; dans d'autres le soin de le découvrir est laissé aux magistrats et à la police. »