‹ La question américaineChapitre 26 sur 37 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

EXTRAIT d'une LETTRE ADRESSÉE PAR LE COMTE

DE Selkirk au marquis de Lothian (1).

« Il faut que je vous parle d'une circonstance qui peut " donner un exemple de la manière d'agir desAbolition- M nistes à l'égard des nègres. Quelques années avant mon

(1) Emanant d'une autorité aussi élevée, les faits contenus dans cette lettre sont d'autant plus irréfutables que le Comte de Selkirk était aux Etats-Unis pendant les présidences de Jackson et de Van Buren, et qu'il était lié avec eux, de même qu'avec Calhoun, Clay et Webster.

« voyage aux Etats-Unis, la Législature de la Caroline « du Sud avait voté une loi qui obligeait tout xjroprié- « taire possédant sur sa plantation un certain nombre « de familles de noirs à établir une école pour les « enfants et à leur apprendre à lire et à écrire ; les pro- « priétaires sur les plantations desquels les nègres « étaient en nombre moindre devaient s'entendre avec « leurs voisins pour entretenir une école à frais com- *• muns. Ce système était mis en pratique depuis un cera tain temps déjà, et les enfants commençaient à être « en état de lire leurs Bibles, lorsque Ton découvrit tout « à coup que le pays était inondé d'un déluge de bro- « chures, de l'espèce la plus dangereuse, dans lesquelles u on soutenait que les nègres avaient le droit de se sou- *i lever contre leurs maîtres, et même qu'ils ne com- « mettraient aucun péché en les tuant. Ces pamphlets «« furent apportés par les nègres à leurs maîtres, et l'on « apprit qu'ils avaient été répandus par des colporteurs ** Yankees. Une grande alarme s'ensuivit naturellement, « et les Caroliniens du Sud, qui sont toujours impé- « tueux et prêts à aller d'un extrême à l'autre, rapporu tarent immédiatement « l'Acte sur les Ecoles, » « et votèrent une mesure qui édictait des pénalités « contre ceux qui apprendraient désormais à lire aux M nègres. J'ai souvent entendu ce dernier fait men- « tienne par les Abolitionnistes, mais je n'ai jamais M entendu parler par eux de la première partie de « l'histoire, qui m'a été contée sur les lieux ; j'ai fait « des recherches si sérieuses pour m'en assurer que ma

« conviction est arrêtée. Je crois que l'Acte sur les « Ecoles a éi^ voté de 1820 à 1826, et quej l'Acte « contre l'instruction des nègres l'a été entre cette u époque et 1835, jjendant mon séjour dans ce pajs. »•

LA TRAITE DES NEGRES EN AFRIQUE. — NEGRES LIBRES ET ESCLAVES DANS LES ÉTATS DE l' AMÉRIQUE.

En l'année 1442, des Mores faits prisonniers par les Portugais obtinrent leur liberté en payant une rançon de dix esclayes. On croit que la traite des noirs d'Afrique, dans les temps modernes, date de cette transaction. Quoi qu'il en soit, le Portugal se livra bientôt après à ce trafic, et ne tarda pas à être imité par l'Espagne. Le Gouvernement de ce pays envoya le premier des nègres dans le Nouveau Monde, et les débarqua à l'Ile de Cuba. Il dirigea ce commerce jusqu'en 1516, et le plaça à cette époque sous le contrôle d'une compagnie de marchands

Génois. L'année 1561 vit les Anglais commencer à leur tour la traite des nègres par une expédition de Sir John Hawkinsà la côte d'Afrique. Comme les Portugais et les Espagnols, il échangea les produits de TEurope contre des nègres esclaves qui étaient la propriété de chefs barbares. Il débarqua trois cargaisons à Hispaniola ^Cuba) en 1562, et retourna en Angleterre Tannée suivante. Les bénéfices considérables qu'il réalisa firent sensation, et une compagnie, ayant pour but de fournir des esclaves aux colonies Espagnoles de l'Amérique, ne tarda pas à se constituer, avec lettres patentes de la Reine Elizabeth, qui en devint le principal intéressé. Avecle temps ce commerce se généralisa et fut entrepris par presque toutes les classes de spéculateurs ; mais, en 1618, Jacques P** en fit un monopole qu'il concéda à Sir Rol)ert Rich et autres, dont les opérations fournirent des travailleurs noirs aux colonies Anglaises de l'Amérique. Cependant les premiers nègres, au nombre de vingt, qui furent reçus dans les Etats Américains, furent amenés en Virginie, en 1620, par un navire Hollandais, si toutefois les Espagnols n'en avaient pas dé. barque antérieurement dans la Floride. Une autre compagnie se forma en 1631, avec l'autorisation de Charles P^ Ses opérations s'étendirent si rapidement et donnèrent de tels bénéfices que, pour la protéger et faciliter ses transactions, on jugea utile d'élever des fortifications et de construire do nombreux comptoirs le long des côtes des Indes Occidentales. En 1662, Charles II concéda le monopole de la traite à une compagnie

qui fut autorisée à conduire dans les colonies 3,000 esclaves par an. Le Duc d'York avait la direction des affaires qui étaient placées sous le patronage de la Reine Douairière. Le Roi lança une proclamation invitant ses sujets à aller s'établir en Amérique, et, pour encourager l'émigration, accorda une concession de cent acres de terre pour chaque nombre de quatre esclaves employés à la culture. En 1672, une nouvelle compagnie pour la traite des nègres fut instituée par une charte, et le Roi en fut le principal actionnaire. Cette compagnie continua ses opérations pendant bon nombre d'années, et, bien que le Parlement eût aboli, en 1688, tous les privilèges de ce genre, elle saisit les bâtiments des trafiquants particuliers, jusqu'à ce que ses pouvoirs eussent été reconnus de nouveau. Les marchands de Londres trouvèrent leur commerce avec la côte Africaine tellement entravé par le monopole rojal qu'ils se plaignirent amèrement à la Chambre des Communes d'être exclus d'un trafic qui procurait de si beaux bénéfices. Leurs réclamations furent efficaces et le Parlement décréta, en 1695, « quepour mieux assurer l'i'ntro- « duction des esclaves dans les colonies, tous les sujets « de la Grande-Bretagne pourraient faire la traite « des nègres en Afrique, dans les limites prescrites « par le Parlement 1 " En 1698, « on reconnut que la « traite procurait de grands bénéfices et avantages au « royaume, à ses établissements et à ses colonies. » Les « limites » prescrites par le Pai'lement furent abolies, en 1708, par la déclaration « que ce commerce était im-

« portant, et devait être libre et permis à tous les sujets u de la Reine trafiquant hors de la Grande-Bretagne. » En 1711, on décréta de nouveau que « ce commerce « devait être permis à une compagnie organisée ; qu'il ** fallait introduire des nègres sur les plantations à des «« prix raisonnables; qu'un capital considérable était u nécessaire pour faire le trafic le plus avantageusement « possible ; et qu'on devait exporter annuellement, de u Grande-Bretagne en Afrique, une valeur d'au moins ♦* 100,000 livres sterling en marchandises. » Un peu avant l'année 1713, un contrat qu'on appelait alor» techniquement « assiento n avait été signé entre l'Espagne et la Compagnie Royale Française de la Guinée. Par le traité d'Utrecht (11 Avril 1713), l'Angleterre obtint d'être substituée à la compagnie dans le contrat. On considéra ce fait comme un grand triomphe diplomatique, et la nouvelle en fut accueillie avec enthousiasme en Angleterre : la Reine Anne, dans un discours du trône, se félicita du succès obtenu alors par l'ouverture aux Anglais d'un nouveau marché pour le trafic des esclaves. Cette acquisition fut bientôt suivie d'un nouveau contrat en règle par lequel le Gouvernement Britannique entreprit, pendant une période de trente ans, de transporter annuellement, à un prix fixé, 4,800 esclaves aux colonies Espagnoles d'Amérique. Ce fait souleva une question de droit relativement au véritable caractère des esclaves qui devaient être transportés des côtes d'Afrique, et, conformément aux dispositions de la constitution Britannique, la question fut soumise à douze

juges d'Angleterre qui rendirent cette décision : « En « vertu d'une ordonnance de Sa Majesté, et délibérée *< en Conseil, et ci-an nexée, nous déclarons que nous « sommes d'avis que les nègres doivent être considérés a comme marchandise (1). »» Quinze ans après , l'esprit de fausse philanthropie commença à se développer en Angleterre, et, bien qu'un grand nombre de nègres fussent tenus en servitude et vendus journellement à la Bourse de Londres, il s'éleva des doutes relativement au droit des propriétaires à conserver des esclaves en Angleterre; les principaux marchands, alarmés et craignant de voir abolir un commerce aussi lucratif, soumirent la question, en 1729, à Sir Philip Yorke, qui fut plus tard Lord Hardwicke, et à Lord Talbot, qui étaient .' alors, le premier, Attorney-Général, et le second, So]- \i' licitor-Général du royaume. La question fut ainsi po- ■"-' sée : « Quels sont les droits d'un Anglais possesseur d'un esclave en Angleterre? »» La réponse des deux maguh trats fut une déclaration que — « l'esclave venant des g « Indes Occidentales en Angleterre, avec ou sans son I « maître, ne devient pas libre ; que le droit de posses- É*; u sion du maître sur lui n'est ni diminué ni changé par ^7 « ce fait, et que son maître peut légalement l'obliget à « retourner sur les plantations. >? Cette décision imprima une nouvelle impulsion à la traite des noirs. La compagnie autorisée en 1672 réclama auprès du

(1) Cette déclaration porte la signature du Lord Chief Justice Ilolt, du Juge PoUexfen, et de huit autres juges.

Gouvernement contre la violation de ses privilèges par TActe du Parlement rendu en 1698; et, en considération de ce que ce commerce avait été permis à tous, on vota sur les fonds publics, en faveur des actionnaires, une allocation de 10,000 livres sterling pendant sept années, de 1139 à 1146. En 1149, le droit de posséder des esclaves fut de nouveau porté devant Lord Hardwicke, alors Lord Chancelier, et par une décision de la Chancellerie il réaffirma la doctrine qu'il avait exposée étant Attorney-Général. Cette même année (la23'^ du règne de George II), le Parlement déclara que « la traite des noirs était très-avantageuse à u l'Angleterre et nécessaire pour peupler ses établisse* « ments et ses colonies d'un nombre suffisant de noirs à M des prix modérés.»' En 1160, la colonie de la Caroline du Sud votaun Acte prohibant toute nouvelle importation de noirs pour Tavenir. Cet Acte ne fut pas approuvé par la Couronne, le Gouverneur fut réprimandé, et une circulaire fut envoyée aux gouverneurs des autres colonies pour les prémunir contre toute tendance à encourager une telle législation. En 1165, un bill semblable fut lu deux fois devant l'Assemblée de la Jamaïque. La nouvelle que ce bill était soumis à Texamen parvint en Angleterre avant qu'il n'eût passé. On envoya au gouverneur royal des instructions conformément auxquelles il défendit de donner suite à ce projet.

En 1172, Lord Mansfield, sous la pression du fanatisme, modifia le droit commun en décidant que, bien que les esclaves amenés des Indes Occidentales en Angle-

terre ne devinssent pas libres, leurs propriétaires ne pouvaient exercer sur eux aucune autorité en Angleterre ; que la législation coloniale qui reconnaissait les droits du maitre ne s'appliquait pas à T Angleterre. Lord Mansfield lui-même reconnaissait sans doute que c'était là une législation judicieuse. L'affaire Somersett lui fut soumise à différentes reprises, et chaque fois il engagea les partis à consentir à une transaction. On refusa. « J'ai déjà eu à juger six affaires semblables, *• dit-il, « et cinq fois sur six Taffaire s'est terminée par une transaction : que ne faites-vous de même?» «Non. >» lui fut-il répondu, >» nous voulons nous en rapporter à la loi. » Finalement, après avoir tenu l'affaire en suspens pendant trois sessions, il finit par juger comme il a été dit plus haut.

Malgré la désapprobation du Gouvernement Anglais en 1765, l'Assemblée de la Jamaïque adopta, en 1*774, deux bills prohibant l'importation des esclaves. A cette occasion le Comte de Dartmouth, alors Secrétaire d'Etat, écrivit à Sir Basil Keith, gouverneur de la colonie, que << ces mesures avaient alarmé les habitants de la Grande-Bretagne engagés dans ce trafic, »» et luidéfendit, u sous peine de se voir destitué, de donner son approbation à de pareilles lois. >» Enfin, quand la révolution éclata en Amérique, lorsque les « rebelles » se furent emparés de Crown Point et de Ticonderoga, et que le premier sang eut été versé à Lexington, ce même Secrétaire d'Etat répondit à l'envoyé des colonies continentales qui lui présentait une copie de la

u Déclaration des Droits, » adoptée le 14 Octobre 1*774: «« Nous ne pouvons permettre aux Colonies d'arrêter M ou de décourager un trafic aussi avantageux à la M nation. »

Un grand nombre d'Africains furent importés en Angleterre, et, comme signe deleur servitude, portaient au cou un collier où était gravé le nom de leurs maîtres. A l'époque du jugement de l'affaire Somersett il y avait dans la Grande-Bretagne environ 15,000 nègres esclaves. On en introduisit très-peu par la suite. Ainsi que cela arrive invariablement dans les climats qui ne conviennent pas à l'organisation physique des noirs, leur nombre diminua rapidement dès qu'il ne fut plus maintenu par des adjonctions du dehors. Leur extinction fut d'ailleurs hâtée par la perte du bien-être et la contrainte auxquelles ils étaient soumis, lorsque, profitant de la décision de Lord Mansûeld, ils abandonnèrent la demeure et la protection de leurs maîtres. En 1*787 on n'en comptait plus que 470 à Londres. Ce petit reste, tout À fait incapable de travail et démoralisé, devint une telle plaie pour le quartier où ils se trouvaient rassemblés, .qu'avec l'assistance du Parlement on les transporta à Sierra-Leone en compagnie de quelques femmes blanches de mauvaise vie. Les deux races, cependant, étaient presque éteintes au bout de peu de temps, et la colonie fut repeuplée cinq ans plus tard par l'envoi de 1170 noirs delà Nouvelle-Ecosse, que l'on avait pris aux Américains pendant la guerre de la révolution. Cette colonie reçut en outre, peu de temps après, quelques

« marrons « rebelles, qui avaient infesté les montagnes de la Jamaïque et qui furent repris avec Taide de limiers; moyen cruel et barbare auquel on n'eut jamais recours dans les colonies de terre ferme de l'Angleterre, ni depuis qu'elles se sont élevées au rang d'Etats. On en purgea l'ile en les envoyant au bas Canada, afin que les esclaves fidèles ne fussent pas corrompus par l'exemple de leur insubordination. Mais, comme ils devinrent une source d'ennuis pour les colons, on les renvoya par la suite en Afrique.

La dernière loi réglementant la traite des nègres d'Afrique fut rendue en 1788. C'est vers cette époque que commença l'agitation en faveur de son abolition ; mais l'Angleterre ne consentit à l'abandonner qu'en 1807. Pendant vingt ans le bill d'interdiction avait éprouvé une violente opposition dans le Parlement, et il est même douteux qu'il eût passé à l'expiration de cette période, si ce trafic n'avait cessé d'être aussi rémunérateur que par le passé, par suite de la surabondance des travailleurs noirs dans toutes les îles. L'Acte du Congrès qui venait d'être adopté pour entrer en vigueur à partir du P' Janvier 1808 priva aussi ceux qui étaient intéressés dans le commerce d'esclaves du marché que leur offraient les Etats d'Amérique. En outre, le prix des esclaves avait tellement diminué dans les dernières années de ce trafic, que le seul moyen d'y trouver un bénéfice .était de méconnaître la loi limitant, d'après la dimension du navire, le nombre d'individus qu'il pouvait embarquer. L'habitude de surcharger les

navires d'Africains occasionna des maladies et inaagura rère de ces horribles traversées où la moitié de la cargaison périssait. Autrefois la traite des nègres était soumise aux mêmes règlements que Témigration actuelle d'Angleterre en Amérique. En fait, les vieilles lois sur les passagers étaient les mêmes pour le commerce d'Afrique que pour celui des autres parties du mondé. La violation continuelle de ces lois, et les faits qui en découlaient, blessa tout sentiment d'humanité et de moralité, et facilita ainsi l'adoption de la mesure d'interdiction qui avait mis le Parlement en feu pendant tant d'années.

De nombreuses fraudes commises envers des assureurs par des gens qui coulaient des navires de peu de valeur et faisaient de fausses déclarations concernant le nombre de nègres pris à bord contribuèrent également à amener ce résultat. Le parti hostile à la traite ne l'aurait certainement pas emporté t cette époque s'il n'avait hautement déclaré s'opposer à l'émancipation. Le trafic déclinait et eût été réduit en peu d'années à une importance insignifiante, sans qu'il eût été besoin de mesures restrictives. Le nombre de nègres importés d'Afrique n'aurait pas égalé le quart de ceux qui ont été depuis amenés d'une façon illicite dans les îles Espagnoles. Au début du mouvement contre la traite , un comité de Quakers arriva de Philadelphie à Londres, dans le seul but d'influencer les membres du Parlement. La Pennsylvanie était alors un État indépendant, et ses habitants n'avaient pas plus le droit de s'immiscer dans une ques-

tion de politique Anglaise que ne l'ont actuellement les fanatiques de l'Angleterre de se mêler des affaires intérieures des Etats Confédérés. Cependant les Quakers mirent leur énergie au service d'une bonne cause — l'abolition d'un trafic qui, par suite d'abus, était arrivé à révolter tout sentiment d'humanité; tandis que les fanatiques et leurs imitateurs d'aujourd'hui cherchent à enlever aux Africains qui se trouvent en Amérique leur seule espérance de progrès et de civilisation.

L'Angleterre a transporté dans ses possessions et dans celles des autres nations plus de 4,000,000 d'esclaves. La plupart des hommes furent débarqués dans les îles ; et les femmes sur le continent Américain.

L'Espagne abolit la traite en 1820, et la Francd en 1831.

Cinquante ans après la décision de Lord Mansfield — vingt ans après l'abolition de la traite, et en pleine agitation anti-esclavagiste, en 1827 — la célèbre affaire de l'esclave Grâce fut soumis à Lord Stowell. On argua que l'esclave était libre, parce qu'elle avait été amenée en Angleterre , et on alla même jusqu'à prétendre que l'atmosphère de l'Angleterre était trop pure pour les poumons d'un esclave. Le savant juge répondit que, malgré de pénibles et laborieuses recherches dans les annales historiques, il n'avait rien trouvé concernant la singulière action de l'atmosphère du pays sur la respiration des esclaves pendant les dix siècles qu'ils avaient vécu en Angleterre. Lord Stowell ajouta : —

«« Après avoir examiné la plupart des objections qui

28o APPENDICE.

« s'élèvent au sujet de la remise en vigueur de Tesdau vage dans les colonies, j e ferai remarquer tout d'abord «. qu'il retombe sur Tesclave, au même titre qu'il l'avait u créé dans Torigine. Dans Tile d'Antigua, Tesclavage fe n'a jamais été le fait de la loif mais de la coutume, «* (^ui a force de loi; et quand on vient s'écrier que M malus U8US aholendus est, il faut d'abord prouver ** que, au point de vue de l'Angleterre, l'esclavage dans <• les colonies doit être considéré comme un malus uius, ^ Peut-on donc qualifier de malus usus un usage que i. la Cour du Conseil Privé du Roi et les Cours de u Chancellerie mettenttous les jours en pratique toutes « les fois qu'elles ont à juger des questions relatives à t* la propriété, tantôt en première instance, tantôt en u appel, et tout cela d'après les statuts qui le près- « crivent et le confirment? Et, à plus forte raison, ne M doit-on pas considérer l'esclavage comme malus usus « dans les colonies elles-mêmes, lorsqu'il y a été en- « racine, établi et mis en pleine activité ; — là, il est u devenu le système de l'Etat et de tous ceux qui u y résident; et il s'est écoulé cinquante ans sans ** qu'en Angleterre une seule sentence officielle ait M condamné l'esclavage comme étant malus usus dans " les colonies.

M II est de fait qu'en Angleterre, où les deux genres « de servitude ont été abolis, nous n'avions de comu munication avec aucun autre pays ; c'est . pourquoi « on s'écrie d'un air triomphant, comme je l'ai ob- « serve précédemment : « Une fois libre, toujours

APPKNDICB. 281

w libre, w et comme, à l'époque de la suppression de « cette institution nous n'étions en relations suivies « avec aucun autre pays, nous n'avions pas de motif « de nous en préoccuper. Mais l'introduction de l'es- « clavage fut favorablement accueillie dans les co- « lonies; on le considéra comme une source de profit u commerciaux pour le pays, et, pour ce motif, la mère « patrie le regarda comme une des grandes causes de « ses richesses et de sa puissance. Des traités furent K signés, et les colonies obligées de s'y soumettre par « l'autorité de ce pays. Ce système est resté en vigueur. « Au lieu de le condamner comme malus usus, on le « considéra comme la plus importante source de richesses « et de puissance. Ce fut à une époque avancée du siècle « dernier que l'esclavage fut aboli en Angleterre, comme « une institution qui ne pouvait exister ici, pour des rai- « sons inhérentes à notre propre caractère ; mais il a « subsisté dans nos colonies, favorisé et soutenu par nos « propres tribunaux, qui lui ont libéralement accordé « leur protection et leur encouragement. A un tel sysu tème, aussi longtemps qu'il sera maintenu, je trouve *« vraiment trop fort qu'on veuille appliquer la maxime « malus usus aholendus est. Il peut venir une époque « où cette institution tombera dans les colonies, comme « cela est arrivé à d'autres institutions dans des pays M florissants; mais mon opinion est que cela ne peut « être efl'ectué que par un sacrifice commun aux deux « pays, car c'est jusqu'à un certain point le crime de « l'Angleterre, et je considère plutôt l'idée défaire sup-

282 APPENDtCB.

« porter au pays toute la dépense comme une objection M à ce genre d'émancipation que Ton regarde ici comme « une mesure peu onéreuse. »

Lord Stowell, qui était à cette époque en correspondance avec le Juge Story, du Massachusetts, honmie fortement imbu de sentiments et de préjugés antiesclavagistes, lui envoya une copie de la décision, lui demandant de lui donner son opinion sur la matière. Dans sa réponse on trouve ces mots : —

«* J'ai lu avec grande attention le jugement que vous « avez rendu sur l'esclavage, et, après un examen três- «* approfondi de la question , je partage entièrement « voire manière de voir. Si j'avais eu à prononcer un *< jugement dans un cas semblable, je serais certaine- « ment arrivé au même résultat. »»

L'émancipation en Angleterre fut décrétée en 1833, pour entrer en vigueur à dater du l*"^ Août 1834, avec système d'apprentissage variant de quatre à six ans ; une somme de 20,000,000 l, (500,000,000 francs) fut consacrée à indemniser les propriétaires de la perte de leur propriété. Le nombre d'esclaves ainsi libérés ne fut que de 660,000, tant la mortalité avait été grande parmi eux. Il en avait été introduit 1,700,000 dans les îles Anglaises, il n'en existait à cette époque qu'un peu plus d'un tiers. La Suède suivit l'exemple de l'Angleterre en 184*7; le Danemark et la France en 1848.

La traite des nègres Africains fut d'abord défendue par plusieurs des colonies de l'Amérique, mais chaque

fois la couronne d'Angleterre refusa son consentement à l'interdiction de ce trafic. Quand le Congrès Continental préliminaire se réunit dans l'automne de Tannée 1774, ses membres adoptèrent le « bill des droits >♦ sous la forme d'une série de résolutions parmi lesquelles on trouve la déclaration suivante (4 Octobre) : —

" Nous n'importerons ni n'achèterons aucun esclave « introduit après le 1®' Décembre prochain ; après ce w temps nous cesserons complètement le commerce d'es- « claves, nous n'y prendrons aucune part par nous- « mêmes, ne louerons nos bâtiments ni ne vendrons nos « denrées ni nos marchandises à ceux qui s'y livreront. »

Le 6 Avril 1776, le Congrès Continental prit de nouveau une semblable résolution.

Ce fut la première loi présentée avec succès contre le commerce des esclaves d'Afrique. Ce trafic fut entièrement interrompu pendant la révolution. A la conclusion de la paix, en 1783, il fut repris par les Etats Yankees, mais non par ceux du Sud. Dans cette conjoncture, le Dr. Franklin, qui était le fondateur et le président de la première société d'émancipation, établie en Pennsylvanie en 1784, fit des remontrances sur la reprise de ce trafic. Dans une lettre adressée au gouverneur de l'Etat de New-Hampshire, dont les habitants étaient fortement engagés dans la traite, Franklin dit : —

« La société a appris avec regret qu'une grande par- M tie des esclaves vendus dans les Etats du Sud depuis

« la conclusion de la paix ont été importés par des na- « vires équipés dans l'Etat que gouverne Votre Excel- « lence. Ils espèrent que vous emploierez à l'avenir « l'influence que vous donne votre position à empêcher « un acte qui répugne d'une façon si évidente aux prin- « cipes politiques et à la forme du gouvernement adopté ~ récemment par les citoyens des Etats-Unis. »»

Franklin, dans ses remarques, n'aurait pas dû s'écarter de la vérité. La « forme de Gouvernement adoptée récemment par les citoyens des Etats-Unis » ne défendait pas la traite des esclaves d'Afrique. Il ne se trouve pas un mot sur ce sujet dans les « Statuts de la Confédération, « adoptés le 1*' Mars 1781, qui ne conféraient à l'Union aucun droit pour ce genre de commerce pas plus que pour tout autre. A cette époque, chaque Etat, même celui du Massachusetts, possédait des esclaves, et, quatre ans après, les délégués envoyés par cet Etat à la Convention, qui élabora la constitution, votèrent contre l'octroi au Congrès du pouvoir d'abolir avant 1808 la traite des nègres d'Afrique ou de tout autre pays étranger. En cette circonstance ils furent appuyés par les délégués du New-Hampshire et du Connecticut. L'État de Rhode Island n'était pas représenté à la Convention ; l'Etat du Maine faisait partie du Massachusetts, et celui de Vermont, du New-Hampshire. Ainsi tous les Etats Yankees (car celui de Rhode Island était fortement engagé dans ce trafic) votèrent pour le maintien de la traite pendant vingt ans. Franklin luimême, au vote final, adhéra à cette prolongation. La

clause qui en fait mention, comprise dans l'Article 1, Section 9, est ainsi conçue : —

^ L'immigration ou l'importation de telles personnes « que tout Etat existant actuellement croira devoir « admettre ne sera pas interdite avant Tannée 1808, « mais ce genre d'importation pourra être frappé d'un « impôt ou droit n'excédant pas dix dollars par per- « sonne. >»

La Virginie et le Delaware désiraient que l'on mît fin d'un seul coup à ce trafic ; en fait ces deux Etats, ainsi que le Maryland et la Caroline du Sud, l'avaient déjà aboli. Ceux-ci, cependant, ne furent pag d'avis que ce fût une affaire à remettre entre les mains du Gouvernement Général. La législation de toutes les communautés du Sud, soit comme colonies ou Etats, pendant plus décent soixante-cinq ans — en remontant aussi haut que l'année 1698 — se distingue par ses constants efforts pour gêner ou prohiber entièrement le commerce des esclaves d'Afrique. Seules de toutes les nations de la Chrétienté, et bien que sans succès, par suite de la politique unanime desGouvernements Européens, elles luttèrent pour empêcher l'accroissement des esclaves d'Afrique sur le continent Américain ; et depuis cette époque jusqu'à nos jours elles n'ont jamais abandonné leur détermination d'interdire l'importation des nègres. Pas un seul des États Yankees n'a édicté de lois prohibant ce trafic, pas plus que ceux de Pennsylvanie, de New- York, de New- Jersey. Les Yankees continuèrent vigoureusement ce trafic jusqu'à son abolition par l'Acte

286 APPBNDTCB.

du Congrès du 2 Mars 180T, qui entra en vigueur le 1*' Janvier 1808. Des lois avaient toutefoiis été rendues ultérieurement, le 2 Mars 1794 et le 10 Mai 1800, interdisant d'équiper des navires dans les Etats-Unis pour faire le commerce d'esclaves avec les paye étrangers. 350,000 esclaves furent introduits dans les Etats de l'Amérique, savoir: 130,000 jusqu'en 1740; 170,000 de cette époque jusqu'en 1776; et 50,000 de 1783 à

Il n'y a pas d'effet sans cause, et cette expression «♦ astuce de Yankee »» ne fait pas exception à la règle générale. Il est avéré que le commerce des esclaves d'Afrique a été continué principalement par les habitants de la Nouvelle-Angleterre; mais, par suite de la quantité de leurs nouvelles religions, Associations Chrétiennes de Jeunes Gens, et harangues évangéliqaes, ils ont fait croire au reste du monde qu'ils furent les premiers à émanciper leurs esclaves, tandis que la vérité est qu'ils n'octroyèrent jamais la liberté à la race Africaine, et que seulement deux de leurs Etats — ceux de Connecticutetde Rhodelsland — firent des lois d'abolition territoriale qui n'intéressaient que les générations à venir. Le Massachusetts , le plus grand fanfaron d'entre eux, n'a jamais rien fait dans ce sens pas plus que le Maine, le New-Hampshire, et le Vermont.

La fausse idée que l'on s'est faite de la « philanthropie » du Massachusetts provient de ce qu'à l'époque de Tadoption de la Constitution Fédérale en 1789 c'était le seul des treize Etats qui ne possédât pas d'esclaves. D'après

un recensement officiel fait en 1*754, il en possédait 4, 896, dont la moitié étaient âgés de plus de seize ans, et leurs maîtres n'avaient pas le droit de les affranchir sans donner la garantie qu'ils ne deviendraient pas une charge pour la paroisse. Le plus grand nombre d'entre eux furent cependant envoyés aux autres colonies, et les annonces des journaux de Boston de cette époque prouvent que les petits nègres étaient donnés pendant leur enfance aux colonies voisines, qui les prenaient comme esclaves, afin de tirer parti de la progéniture des mères. . C'est pourquoi le premier recensement des Etats-Unis, fait en 1*790, ne mentionne pas un seul esclave. Celui de 1830 présente cette particularité d'un esclave qui avait été probablement amené de quelque autre Etat en qualité de domestique. Le premier négrier équipé dans les colonies Anglaises partit du port de Boston en 1648.

Au point de vue de l'esclavage, le Maine occupe précisément le même rang que le Massachusetts. Ses habitants, qui s'étaient vus abandonnés par les commissaires chargés de les gouverner, se réunirent à cette colonie en 1692. Mais cette union ne reçut l'approbation de la Couronne qu'en 1691, le Massachusetts ayant vers ce même temps acheté le droit de propriété ; cette association politique dura jusqu'au 15 Mars 1830, époque à laquelle le Maine fut admis dans l'Union Fédérale comme Etat indépendant. Le recensement de 1830 indique deux esclaves dans ses limites.

Les lois du Yermont gardent aussi le silence sur

la question de l'esclavage. La situation politique de cet Etat avait offert cette particularité qull ne fut pas représenté au Congrès Révolutionnaire et que la Grande- Bretagne ne le reconnut pas comme république indépendante. Il demanda à être admis dans l'Union, mais les Etats de New-York et duNew-Hampshire élevaient tous deux des prétentions sur son territoire, et ce fut seulement en menaçant de se replacer sous la domination de la couronne Britannique que ses habitants furent admis à souscrire au pacte Fédéral le 4 Mars 1791. Le recensement fait en 1790 montre qu'il se trouvait dix-sept esclaves sur son territoire.

La législation du New-Hampshire est également muette au sujet de l'émancipation ou de l'abolition, sous quelque forme que ce soit. Le recensement reconnaît 158 esclaves en 1790, 8 en 1800, 3 en 1830, et 1 en 1840.

L'Etat de Rhode Island adopta un plan d'abolition graduelle en déclarant que tous les esclaves nés dans cet Etat après le P' Mars 1784 seraient libres. Le recensement porte 952 esclaves en 1790 et 381 en 1800, 108 en 1810, 48 en 1820, 17 en 1830, et 5 en 1840. Eu égard à son étendue, cet Etat était fortement engagé dans la traite, car il avait 54 navires employés à ce trafic quand l'Acte de Prohibition entra en vigueur, le P' Janvier 1808.

Le Connecticut rendit, en même temps que l'Etat de Rhode Island, des lois tout à fait semblables : sa population esclave était de 2,759 en 1790, 951 en 1800,

appeKdioe. 289

310 en 1810, 97 en 1820, 25 en 1830, et 17 en 1840.

Il ne faut pas non plus oublier que le Msissachusetts fut le premier à reconnaître formellement « la propriété en homme » [property in man) et n'a jamais abrogé le code des droits appelés « fondamentaux, » adopté aussi anciennement que Tannée 1641, où se trouve approuvée la légalité de l'esclavage des Indiens, des nègres et de la traite des noirs d'Afrique. Cependant les esclaves Africains ont toujours été régis par la loi commune ; ils n'étaient pas, comme on l'a prétendu, enlevés par les Anglais sur les côtes d'Afrique, mais régulièrement achetés à leurs maîtres dans ce pays, alors que ce trafic était aussi licite que tout autre genre de commerce. En 1650, le Connecticut rendit des lois autorisant à s'emparer des Indiens qui refuseraient de réparer les dommages qu'ils avaient causés «* afin de les « employer ou de les embarquer pour les échanger « contre des nègres selon la gravité du cas. » L'Etat de Rhode Island adhéra à l'état de choses établi, à l'exception de la ville de Providence. Seule la communauté de l'hérétique Roger Williams mettait sur le même pied le travail des noirs et celui des blancs.

Après avoir montré la position des Etats Yankees relativement à l'esclavage, nous allons maintenant présenter le tableau de cette institution dans les autres «< Etats Libres. »

Pour la première fois, en 1799, l'Etat de New- York fit une loi qui émancipait la future génération d'esclaves dont les parents seraient âgés, les hommes de 28 ans et

les femmes de 25. En 181*7, on adopta une autre loi en vertu de laquelle tous les esclaves seraient libres le 4 Juillet 182T. Cet Etat avait sur son territoire 21,344 esclaves en nOO. 20,343 en 1800, 15.011 en 1810, 7,557 en 1820, 2,254 en 1830, 674 en 1840, 236 en 1850, et 18 en 1860.

A une époque aussi reculée que Tannée 1780, la Pennsylvanie avait déjà adopté des mesures poar arriver à une abolition graduelle ; tous les esclaves nés après cette époque devaient être libres à Tâge de 28 ans. Le recensement donnait les chiffres suivants : — 3,737 esclaves en 1790, 1,706 en 1800,795 en 1810,211 en 1820, 403 en 1830, et 64 en 1840. La Constitution de cet Etat, adoptée en 1838, n*abolit pas Tesclavage, et sa Législature peut, en conséquence, en faire à tout moment un Etat à esclaves.

Les États de New-York, de New-Jersey et de Penn-* sylvanie sont classés comme Etats mixtes. En 1626 on commença à importer des esclaves à New-York ; la ville elle-même s'intéressa dans Texploitation d'un vaisseau négrier, avança de l'argent pour son armement et entra en partage des bénéfices. Les eselavei furent adjugés à l'encan au plus offrant et la moyenne des prix fut d^environ 140 dollars (700 fr.) par tête. Le Gouverneur reçut Tordre de faire tous ses efforts pour encourager la vente des nègres. Bancroft, le grand historien Yankee, remarque — « que si TEtat de New- «< York n'est pas un Etat à esclaves comme la Caroline « du Sud, cela tient à son climat, et non à la plus grande

t. humanité de ses premiers habitants. »» En 1*750, les esclaves formaient un sixième de la population de New- York. Le New-Jersey fut distrait de l'Etat de New-York quand les Nouveaux Pays-Bas furent conquis par l'Angleterre en 1664. L'année suivante une prime de soixante-quinze acres de terre fut offerte par les propriétaires pour Timportation de chaque esclave bien conformé. Cette mesure, sans aucun doute, fut prise en partie pour se concilier la faveur du Duc d'York, alors Président de la Compagnie Africaine. Les Quakers de la Pennsylvanie ne se privèrent pas touts d'esclaves noirs. William Penn lui-même possédait des esclaves. En 1699, il proposa d'adopter des mesures pour « le mariage, ^instruction religieuse, et le bon traitement des esclaves; »» mais la Législature ne daigna pas répondre à sa recommandation . En 1712, cette même assemblée répondit à une pétition générale en faveur d'une loi pour l'émancipation des esclaves: «qu'il n'était ni juste ni convenable de leur donner la liberté. »» Les esclaves, cependant, ne furent jamais nombreux en Pennsylvanie ; et comiùe co genre de propriété ne présentait pas d'avantages, les affranchissements étaient fréquents. La plus grande partie des esclaves se trouvaient à Philadelphie, dont le quart de la population, en 1*750, était considérée comme de descendance Africaine. Les Etats de l'Ohio, de l'Indiana, de l'Illinois, du Michigari, du Wisconsin, et la partie du Minnesota qui se trouve à l'est du Mississipi furent formés du territoire Nord-Ouest cédé en 1784 aux Etats-Unis, en

vertu des articles de la Confédération, par l'Etat de Virginie. En cette année M. JefPerson soumit au Congrès un rapport touchant son organisation en cinq Etats, avec la proposition suivante : « Qu'à dater de « Tannée 1800 de l'ère Chrétienne il n'existerait dans «< ces Etats ni esclavage ni servitude involontaire. » Cette clause fut toutefois rejetée, parce qu'elle ne laissait pas la faculté de recouvrer les esclaves qui s'enfuyaient des plantations. En 1187 la motion fut de nouveau présentée et passa sous la forme suivante : « Dans M le territoire dont il est parle il n'existera ni esdau vage ni servitude involontaire, excepté en punition M des crimes dont les parties seront dûment convaincues; ** et tout individu dont le travail et le service peuvent M être légalement exigés dans l'un des Etats primitifs, qui « viendrait s'y réfugier, pourra être légalement réclamé « et reconduit à la personne réclamant son travail ou M son service comme il vient d'être dit. » Cette ordonnance fut adoptée au mois de Juillet, pendant une session du Congrès dans la ville de New- York. A la même époque, la Convention qui élabora la Constitution Fédérale, composée des délégués de douze Etats, Rhode-lsland n'étant pas représenté, tenait ses séances à Philadelphie. La Virginie, et non les Etats du Nord, fut la cause des restrictions apportées à l'esclavage dans les territoires du Nord-Ouest dont le climat, comme les événements l'ont prouvé, ne convenait pas à ce genre de travail. Les Etats, en tant que gouvernements indépendants , ont le droit de

posséder des esclaves s'ils le jugent à propos. L'Article IV, Section 2, de la Constitution, dit : « Les u citoyens de chaque Etat jouiront des mêmes privi- « léges et immunités que les habitants des autres Etats « de rUnion. » Un homme de couleur, d'après la décision de la Cour Suprême, ne peut être un citoyen des Etats-Unis. L'Ohio comptait 6 Esclaves en 1830, et 3 en 1840. L'Indiana en avait 135 en 1800, 237 en 1810, 190 en 1820, 3 en 1830, et 3 en 1840. Llllinois en contenait 168 en 1810, 91*7 en 1820, 747 en 1830 et 331 en 1840. Le Michigan en renfermait 24 en 1810; et 32 en 1830, et le Wisconsin 11 en 1840. Les « Etats Libres »» restant encore à nommer sont Tlowa et le Minnesota, à Touest du Mississipi, dont le premier comptait 16 Esclaves en 1840 — et enfin la Californie et TOrégon, qui ne possédèrent jamais d'esclaves.

On voit par ce qui précède que l'abolition ou l'émancipation par les gens du Nord est pure hypocrisie. La plupart de leurs esclaves furent envoyés au Sud, et leur « philanthropie »» en cette matière n'est qu'un mythe. On croit que le Sud a émancipé cinquante fois autant d'esclaves que le Nord.

Dans la décade de 1850 à 1860, on en libéra 20,000. dont les trois quarts se rendirent au Canada, d'autres au Nord, d'autres à Libéria. Le nombre des fugitifs fut de 1,101 en 1850, et de 803 en 1860. L'abolition territoriale se serait sans doute depuis longtemps étendue au Delaware et au Maryland, sans l'intervention et l'hypocrisie des Yankees. Ce fut, cependant, une grande erreur

de vouloir réglementer en aucune façon Tesclayage ; il serait tombé naturellement dans les Etats où il ne présentait pas d'avantafçes; l'agitation légale à ce propos n'a servi qu'à produire de l'irritation et à créer une démarcation politico- géographique qui autrement n'eût pai^ existé et qui permettait aux « Pharisiens »» placés au Nord de l'exploration faite, en 1*764, par Charles Mason et Jeremiah Dixon, pour fixer les frontières du Delaware, du Maryland, et de la Pennsylvanie, de dire aux habitants situés au sud de cette parallèle : « Nous sommes plus saints que vous. »

En faisant all^ision aux rares cas d'affranchissement et d'émancipation par la naissance dans le Nord, le défunt Général Cobb, dans son admirable ouvrage sur w Les Lois do l'Esclavage, »♦ s'exprimait ainsi : —

^ Le nombre des noirs, affranchis dans les Etats- CFnis « était comparativement\rès-petit, mais les effets résulu tant de l'émancipation ne diffèrent pas mc'ttérielld- « ment de ceux déjà observés. Le nombre limité des « esclaves et, en outre, co fait qu'avant leur affranchis- « sèment ils n'étaient que très-peu employés aux tra-

« vaux aprricoles, et que la nature de la culture des Etats

u du Nord de l'Union était mal appropriée à ce genre de *» travail, protégèrent la prospérité de ce pays contre les «* influences d'affaiblissement subies ailleurs à la suite « de l'abolition do Tesclavage. La comparaison de la « condition physique des esclaves des Etats du Nord et w de ceux du Sud ne tourne pas à l'avantage du Nord, *♦ comme le prouve évidemment le recensement décen-

u nal des Etats-Unis montrant un plus grand accroisse- « ment de ceux-ci que de ceux-là. On ne saurait s'en « rapporter à un témoignage plus certain. »>

Il dit aussi : —

« Afin d'avoir des informations exactes, je m'adressai « au Gouverneur et aux hommes politiques marquants « des Etats qui ne renfermaient pas d-esclaves. J'en re- « eus les réponses suivantes : —

tt .4. Au point de vue de leur condition physique,

« Maine. — La condition de la population mâle varie, mais est bien inférieure à celle des blancs.

« Vermont. — Leur condition et leur caractère présentent de grandes variétés. Us ne sont pas dans une aussi bonne condition que les blancs.

« CoNNECTicuT. — Le Gouverneur Pond dit: u La con- « dition de la population noire, comme classe, n'est pas *< prospère et ne peut être comparée avantageusement « à celle des blancs. Toute proportion gardée , quel- « ques-uns sont industrieux. »»

«Rhode Island. — Ils sont généralement industrieux et sobres.

«« New-Jersey. — Ils sont dans une situation avilie: pauvres à peu d'exceptions près; et généralement indolents.

u New-Yoek. — La condition des nègres varie. Quelques-uns prospèrent et sont laborieux. Ils n'ont aucune relation sociale avec les blancs. Ils occuperaient à peu près le même niveau que les blancs s'ils avaient les mêmes antécédents.

« Pennsylvanie. — J'estime que la condition de la population noire dans cet Etat est celle d*une classe dégradée : bien dégénérés depuis qu'ils ont leur liberté, ils ne sont pas industrieux.

« Indiana. — Ils ne sont pas prospères. La plupart d'entre eux ne sont pas en bonne voie. Nous en avons envoyé cette année 30 ou 40 à Libéria et espérons en env(\) or 100 ou plus l'année prochaine. Nous n'avons pas rhi'.ontion de laisser un seul nègre ou mulâtre venir dans cet Etat.

«Illinois. — Comme classe, ils sont prodigues et paresseux. Leur condition est de beaucoup inférieure à celle des blancs. A quelques exceptions près, ils sont paresseux et débauchés dans les villes. Dans les campagnes, beaucoup sont laborieux et prospères.

« lowA. — Il y a peu de Nègres dans l'Iowa. Ils sont dans une bien meilleure condition que ceux que Ton voit dans nos villes de l'Est.

« MiCHiGAN. — Passablement prospères. Bien en retard sur la population blanche.

u B. Au point de vue de leur condition intellectuelle.

« Maine. — Admis dans les écoles publiques avec les blancs ; bien au-dessous d'eux sous le rapport de l'éducation.

« Vermont. — Généralement capables de lire et d'écrire; quelques-uns ont une bonne instruction, mais pas autant que les blancs.

« CoNNECTicuT. — Bien inférieurs aux blancs sous le rapport de l'éducation.

" Rhode Island. — Quelques-uns fréquentent les écoles du district. Ils supportent la comparaison avec les blancs de leur condition.

ti New-Jersey. — Généralement ignorants. Bien inférieurs aux blancs sous le rapport de l'intelligence.

« New- York. — Généralement très-pauvres ou trèspeu instruits.

« Pennsylvanie. — Sans éducation. Il est remarquable que presque tous les nègres honnêtes et passables que nous avons ont été employés comme domestiques dans quelque Etat du Sud.

« Indiana. — Sans éducation.

« Illinois. — Ignorants.

298 APFBNDICR.

« MicHiGAN. — Généralement sans éducation. Bien inférieurs aux blancs.

u C. Au point de vue^de leur condition morale,

** Matne. — Bien au-dessous des blancs.

u Vermont. — Moins bien que les blancs.

« CoNNECTicuT. — La comparaison avec les blancs n'est pas à leur avantage. C'est vis-à-vis de nous une caste inférieure, et comme moralité ils sont beaucoup audessous des blancs.

" New-Jersey. — Immoraux. Ils ont les penchants vicieux de la brute. L'ivresse, le vol et les relations sexuelles en commun y sont très-fréquent». La race de couleur forme un quart des criminels de la prison de l'Etat, bien qu'ils ne constituent que la vingt-cinq^uième partie de la population.

« New- York. — Mélangé ; moralité chez quelques-uns.

u Pennsylvanie. — Immoraux. Après une observation de quarante années, j'ai acquis la conviction que le retrait des salutaires restrictions apportées à redclavaga, et conséquemment l'absence du stimulant de se savoir forcés de travailler ont matériellement empiré leur situation. Ils montrent tous les symptômes d'une race inférieure qui semble ne pouvoir s'assurer le comfort personnel, le bonheur et la moralité sans la surveil-

lance, la contrainte, et la coercition d'une race supérieure.

« Indiana. — En beaucoup de cas très-immoraux.

« Illinois. — Prodigues, paresseux, ignorants et vicieux. A peu d'exceptions près, débauchés dans les villes et les cités.

« lowA. — D'un beau caractère.

« MicHiaAN. — Assez moraux. Bien au-dessous des blancs. «

a Malgré les efforts constants faits pour leur amélio- « ration intellectuelle, pris en masse ils n'ont fait aucun « progrès. Eprouvant de l'aversion pour tout travail « physique, ils en éprouvent également pour tout effart « intellectuel. Le jeune noir acquiert sans peine les pre- « miers rudiments de l'éducation alors que sa mémoire w et son aptitude pour Timitatiou sont principalement « mis en réquisition, mais, en règle générale, il est tout « à fait incapable d'un plus grand effort de raison et de « jugement.

u Sa condition morale souffre de la comparaison avec « celle des esclaves du Sud. Il recherche les villes, les « cités et s'abandonne librement aux vices auxquels il « est enclin par nature. Ses partisans s'emportent contre « le préjugé de la couleur, mais se relève-t-il davan- « tage au Mexique, dans l'Amérique centrale, à la Nou- ** velle-Grenade , ou au Brésil , dans ces pays où ce

3oo

- préjugé n'existe pas? Cela tient à des raisons plus M profondes ; elles sont tout entières dans la nature et la « conformation de la race noire. »

Dans l'ensemble de tous les Etats et territoires du Nord, en 1860, il se trouvait, 237,183 nègres libres répartis comme suit : —

Caufoknie 4.086

CoNNEcncuT 8.627

Illinois 7.628

Indiaha 11.428

lowA 1.069

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