CHAPITRE IV
LA QUESTION DE l'eSCLAVAGE.
1VT0US avons enfin abordé la question de TEsclalivage; et il nous reste à savoir quelle importance elle peut avoir sur la sécession et sur la guerre. Quelques-uns des avocats du Nord semblent persister à soutenir que cette institution est la r^eule cause de ce qui se passe en Amérique. Quelquesuns des avocats du Sud soutiennent qu'elle n'y est pour rien. Si l'on ajoute foi à l'exposé qui vient d'être fait de la lutte des tarifs, je pense qu'on accordera que les premiers se trompent. Je ne déses-
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père pas d'arriver à convaincre les derniers qu'ils se trompent également. C'est un point qu'ils peuvent reconnaître sans se causer aucun préjudice.
Cette question est apparue, à la fin du dernier chapitre, comiîie un moyen à l'aide duquel les Etats du Nord-Est espéraient s'assurer l'assistance des Etats du Nord-Ouest dans leur guerre contre le Sud.
Non pas que le Grand Ouest eût, en ce qui le concerne de grandes obj ections à faire contre l'esclavage . La répugnance qu'il avait contre cette institution reposait sur deux points : — 1° elle permettait aux nègres d'exister et de se multiplier; — 2^ elle leur permettait d'entrer en concurrence avec les blancs. Maintenant, quand ils deviennent libres, il arrive de deux choses l'une : ou dans un climat froid et au milieu d'une population hostile, ils sont soumis à un état effrayant de démoralisation et de maladie, et ordinairement ils périssent comme un troupeau de moutons atteints de la maladie, ainsi que cela arrive à New-York, et généralement dans tous les Etats du Nord, et même dans les possessions Anglaises du Nord de l'Amérique ; ou dans un climat chaud, dans un pays où ils ne sont pas persécutés, ils passent leur vie exactement à ne rien faire, se fiant pour leur subsistance sur les ressources que fournit la nature sans le secours de la culture, comme ils font à
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la Jamaïque. Ce n'était que dans les Etats à esclaves de rUnion qu'ils se trouvaient à peu près ians des conditions florissantes, et par conséquent ze n'était que là que leur concurrence était à crain- Ire. Il serait vraiment indigne aux Etats de l'Ouest le dire que leurs robustes et vigoureux citoyens sont lérieusement effrayés de la concurrence et qu'ils le se considèrent pas comme en état de se battre îontre tous les êtres delà création entière, depuis les Vnglais jusqu'aux nègres. Mais la vérité est qu'ils laissaient le nègre à un point qui allait jus- [u'au dégoût, et qu'ils désiraient qu'on en purgeât e continent Américain. Aussi longtemps que l'instiution de l'Esclavage durerait, il devait y avoir des îtats où Ton devait s'inquiéter que les nègres pussent ivre, prospérer et s'accroître, et dans ce cas il auait été difficile de les empêcher de se répandre dans 3s autres Etats. C'était en vain que ces Etats renaient des lois pour empêcher les noirs libres de énétrer et de souiller leur sol sacré. Us ne pouaient s'en débarrasser complètement, et la souilire résultant de leur présence n'était pas absolulent imaginaire. Ils composaient un assemblage 'êtres indignes et dégradés qui pullulaient, engenrant avec eux toutes sortes de maladies morales t physiques. Les geôles et les hôpitaux en étaient amplis à tel point que, proportionnellement à leur
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nombre, cela devenait réellement effrayant. Il n y avait peut-être pas à s'étonner que les Etats de l'Ouest fussent désireux de se débarrasser d'eux. Et si rémancipation devait arriver à cette fin, eh bien ! on devait les émanciper.
Ces sentiments existaient aussi dans la Nouvelle- Angleterre, mais coml)inés avec d'autres. Je crois qu'il n'existe pas de contrée où une théorie, une idée nouvelle soit plus sûre de réussir, au moins pendant un certain temps, que dans ce pays. La conception la plus extravagante qu'il soit possible de mettre en avant, et qui serait rejetée par les rêveurs les plus visionnaires de l'Europe, est certaine dy être accueillie, et les génies du pays sont parfaitement capables de trouver des idées dans leur propre imagination qui surpassent les plus grossières absurdités qui pourraient être produites par la France ou par l'Allemagne. Depuis le Cominunisme jusqu'au Bloomerisme, il n'est rien qui ne soit essayé, — on fonde des communautés dans les différentes parties du pays, afin que l'expérience soit complète, et je crois même qu'on a formé une colonie afin de faire une protestation pratique contre la mode erronée de porter des vêtements. Cette réalisation des théories, malgré leurs changements incessants, devient un fait reconnu dans les rapports sociaux delà Nouvelle-Angleterre, et les «Isms»»,
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c'est le nom qu'on leur donne, sont devenus une institution nationale régulière dont tiennent compte les exploiteurs politiques. On ne pouvait guère s'attendre que, dans un tel pays, la doctrine de l'abolitionnisme ne viendrait pas prendre sa place. Elle y avait toujours été puissante, et, après l'expérimentation faite par les Anglais dans les Indes Occidentales, elle prit plus de force que jamais. Il y avait une partie des précédents créés par les Anglais que les partisans de cette doctrine dans la Nouvelle- Angleterre ne se soucièrent pas de copier: — c'était la compensation accordée aux propriétaires d'esclaves. Une abolition immédiate et sans conditions, voilà ce qu'ils demandaient. Ils ne voulaient admettre aucune discussion. Il était inutile de dire que l'esclavage était l'affaire particulière des Etats, et pas du tout celle du Gouvernement Fédéral ; la réponse était que l'esclavage était un crime que le Gouvernement Fédéral devait détruire, qu'il eût ou non le droit légal de le faire. Il était inutile de dire qu'il était reconnu par la Constitution ; à cela on répondait qu'elle n'aurait pas dû le reconnaître. Il était inutile de dire que cette émancipation était une injustice préjudiciable commise envers les propriétaires d'esclaves; les abolitionnistes répliquaient que les propriétaires d'esclaves n'éprouvaient aucune injustice , attendu qu'ils n'avaient aucun
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droit. Si Ton représentait qu'une telle mesure pouvait amener l'extermination des noirs et la ruine des blancs, et changer quelques Etats du Sud en déserts, — si Ton rappelait quels résultats avaient suivi l'émancipation soudaine, dans une forme violente à Saint-Domingue, et dans une forme plus douce à la Jamaïque, alors revenait Téternel refrain : — Fiat justitia, ruât cœlum. Mieux valait que la population blanche du Sud fût ruinée, mieux valait même qu'elle fût massacrée; mieux valait que de vastes contrées cultivées par des noirs revinssent à leur état primitif; mieux valait que les noirs passassent leur vie dans la paresse ou fissent pis encore ; mieux valait même qu'ils disparussent de la surface de la terre, plutôt que cette vile institution de l'esclavage continuât à exister sur le continent de l'Amérique du Nord.
Ces théories étaient renforcées et fortement appuyées par des histoires rapportées du Sud sur les souffrances des nègres et la cruauté de leurs maîtres. Beaucoup de ces histoires, sans aucun doute, étaient vraies, quoique probablement fort exagérées par l'amour transatlantique pour les émotions ; mais il est probable que, pour une qui était vraie, il y en avait beaucoup de fausses; et aussitôt qu'on découvrit que le Nord avait une grande avidité pour ces anecdotes, comme elles pouvaient servir un but
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politique, le marché fut bientôt approvisionné avec une grande quantité d'horreurs, fabriquées en vue de satisfaire le goût abolitionniste. Elles devinrent le sujet de discours incendiaires dans les meetings anti-esclavagistes, 'de polémiques ardentes dans les journaux, et, le sentiment de Jacob envers Esati en vint à un point qui ne doit pas se produire entre frères, dans une famille bien réglée.
Cette manièi'e d'agir produisit dans le Sud Teffet qu'on devait en attendre. Ce qui avait été considéré comme un mal inévitable en vint à être regardé comme un palladium national. Je crois qu'il n'y a pas de doute que, dans un certain temps, l'institution de l'esclavage rencontra plus d'opposition dans les Etats du Sud que partout ailleurs, excepté peut-être parmi les Quakers de la Pennsylvanie. Je ne suppose pas que les gens du Sud fussent assez en avant de leurs compatriotes pour fonder leur opposition sur des raisons d'humanité ; mais, (luant au fait de cette opposition, il est positif. Sur le point du système de l'esclavage qui est le plus inexcusable en théorie, et qui a été le plus cruel dans la pratique — je veux parler de la traite . des esclaves d'Afrique — la conscience du Sud en est excessivement pure. Pendant toute son histoire, on voit que le Sud a soutenu un long combat pour empêcher la traite, tant contre la vieille An-
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gleterre que contre la Nouvelle. Sans rappeler les vieilles histoires qui prouvent la culpabilité de l'Angleterre à ce sujet; sans remonter au temps de la Reine Elisabeth et de Charles II ; sans parler de la clause Assiento du traité d'Utrecht et de la marche suivie par la Chambre des Communes, je citerai un simple fait qui, je le pense, pourra faire hésiter à crier trop haut contre le crime reproché au Sud de posséder des esclaves. Voici ce fait. Une de nos colonies, qui forme maintenant un des Etats du Sud, rendit une loi, vers 1750, pour prohiber Tintroduction des nègres venant du dehors, et cette loi fut révoquée par ordre du Gouvernement Britannique, et défense fut faite aux colons de s'occuper à l'avenir de ce sujet et d'entraver un commerce qui était très-profitable à un grand nombre de négociants Anglais. Cette colonie, à laquelle l'esclavage fut imposé contre sa volonté par nos ancêtres, n'était autre que l'impie, la rebelle Caroline de Sud, la plus Sudiste des Sudistes, le berceau de la sécession. Les autres Etats de la Confédération ont des faits semblables à alléguer. Dans le manifeste par lequel elle se déclarait en état de rébellion contre George III, la Virginie donne comme un des motifs de sa détermination la proclamation impardonnable de Lord Dunmore appelant les noirs à la révolte — •• ces mêmes noirs, »» dit ce document,
LA QUESTION DE l'eSCLAYAGE. 97
« que par un usage inhumain de son droit de veto, ^ il (le Roi George) nous a empêchés d'exclure de ^ notre Etat. »
J*ai cité les deux plus importants Etats de la Confédération, et je n'ai pas besoin de pousser plus loin mes citations. N'est-il pas étrange de considérer la Virginie et la Caroline du Sud comme méritant des épithètes qui seraient peut-être trop fortes si elles étaient appliquées au chef des Taepings ou au Roi de Dahomey, sous prétexte qu'elles possèdent au dix-neuvième siècle les esclaves que nous leur avons imposés au dix-huitième, et dont elles ne pouvaient se refuser à accroître le nombre sous peine d'être traitées par nous comme rebelles?
Assez sur la vieille Angleterre. Passons maintenant à la Nouvelle-Angleterre et aux Etats en relations avec la Nouvelle -Angleterre : New- York, New-Jersey et la Pennsylvanie. Aussitôt que ces Etats du Nord découvrirent que le travail des esclaves n'était pas profitable, ils commencèrent à déclarer que les nègres étaient un embarras préjudiciable, et ils essayèrent de les vendre au Sud. Mais le Sud n'en voulut pas. Les lois de tous ses Etats contiennent- des dispositions contre leur importation, en premier lieu, en les considérant comme marchandise, et finalement sous tous les rapports quels qu'ils soient. L'obstination que mit le
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Nord à éluder ces lois et à essayer d'introduire ses noirs dans le Sud par la fraude, comme le Gouver-inement Anglais l'avait fait par la force , peut se reconnaître à l'accroissement de sévérité àan3 les pénalités édictées contre ce délit. H serait excessivement ennuyeux d'entrer dans des détails sur cettQ matière. Un exemple suffira — le Maryland. Le Maryland est un Etat frontière, situé au nord du Potomac et plus exposé qu'aucun de ses autres frères au mal qu'on redoutait, même que la Virginie, Voici les pénalités édictées par le Maryland contre l'introduction des noirs sur le territoire soumis à se3 lois : —
En 1791, il est défendu d'introduire des esclaves dans le but de les vendre.
En 1797, leur introduction est défendue d'une manière absolue, sauf quelques cas définis. A cette oi est jointe une pénalité — la perte des esclave», qui deviennent libres.
En 1809, il est édicté que toute personne introduisant un nègre libre ou mulâtre , ou engagé pour un certain nombre d'années , avec l'intention de I0 vendre comme esclave , est passible d'une amende de 800 dollars ou à cinq années de travail forcé sur les routes (ou moins, si la Cour le juge convenable).
En 1810, la pénalité s accroît. Le délinquant
LA QUESTION ÛB l'eSCLAYAGB. 99
est passible de la prison; la durée dQ Temprisonnement varie d'un an à cinq ans.
Depuis lors il a été décidé que toute personne entrant dans l'Etat doit prêter le serment qu'elle n'amène avec elle aucun esclave, et quant aux résidants bona fiie auxquels il est permis, par exception, d'amener des esclaves pour leur service personnel, il leur est défendu d'en amener qui, par eux-môme» ou par leurs mères, ne soient pas habitants de» Etats-Unis antérieurement à 1794; dans tous les oas, ces esclaves doivent être enregistrés avec leurs noms et leur signalement détaillé.
J'ai signalé un des motifs qu'avait le Nord d'essayer de pousser ses nègres vers le Sud — ce motif était de s'en débarrasser. Mais il en avait d'auires moins innocents , ou moins excusables. Notre Facob est un grand marchand d'esclaves , et de tous es Etats où il réside, celui où l'on trouve le plus l'habileté et d'ardeur est le pieux Massachusetts. Le )remier navire qui prit part à ce trafic partit du )ort de Boston. pieux habitants de la Nou- '^elle-Angleterre, qui allez entendre Henry Beecher jt Anna Dickinson ! si tous les propriétaires d'esilaves avaient dû disparaître dans le gouffre quand Is franchissaient le pont d'Al-Sirat, que seraient levenus vos ancêtres?
Toutefois , ce n'est pas là encore ce qu*il y a de
pire. Si Jacoh fait le commerce des esclaves, il peut invoquer l'exemple de sa mère , non pas Rébecca, mais l'Angleterre. Il y persiste longtemps après que la pensée lui est venue que c'est une chose barbare, injuste, et qu'il devrait abandonner ; mais il y a des gens qui trouvent qu'il est plus difficile de se défaire des mauvaises habitudes que des autres , et nous devons montrer un peu d'indulgence. Seulement, il a contracté aussi une autre habitude pour laquelle, je le crains bien, nous ne pourrons pas trouver d'excuses — et que nous avons vue indiquée dans les lois du Maryland : c'est celle de voler des nègres libres dans le but de les vendre comme esclaves. La Nouvelle-Angleterre et avec elle la Pennsylvanie, New-Jersey et New-York devraient instituer un jour de jeûne et d'humiliation pour cette abominable pratique ; et son souvenir ( eu admettant que ce ne soit qu'un souvenir) devrait leur fermer la bouche, quand ils sont disposés à s'étendre sur le sujet des nègres.
Mais si ce vol n'est plus pratiqué , ce n'est pas grâce à la conscience du Nord , mais bien à l'opposition du Sud. Les Etats du Sud ont agi , sur ce point, avec une singulière unanimité. Dans chacun d'eux il est considéré comme le crime le plus noir, et il est puni avec une sévérité qui semble parfois surprenante. La plupart d'entre eux, comme le Ma-
ryland, le punissent de l'amende ou de Temprisonnement, et quelquefois de tous les deux à la fois — dans les différents Etats, il n'y a qu'une différence de chiffre pour l'amende et la durée de l'emprisonnement. Mais les deux Etats que je pourrais appeler les représentants de tous les autres Etats vont encore plus loin. D'après les lois de la Caroline du Sud, le délinquant est condamné au fouet. La peine prononcée par la Virginie est la mort ; et son exemple a été suivi par l'Alabama.
La vérité est que les Etats du Sud avaient eu réellement le désir de se débarrasser de l'esclavage. Dans la Convention qui formula la Constitution, les orateurs qui condamnèrent cette institution avec le plus de force appartenaient au Sud ; et toutes les dispositions législatives proposées en sa faveur vinrent du Nord. Le plus que fit le Sud à ce sujet fut de se protéger contre toute immixtion dans les droits des Etats qui pouvaient résulter d'une législation sur la matière. Je vais en donner un exemple. Il y avait dans la Constitution de l'Union un article qui prohibait le commerce des esclaves. La Caroline du Sud vota contre cet article par cette seule raison que ce n'était pas un sujet à régler par la législation Fédérale, et elle montra que c'était une raison lonafiàe, et non pas un prétexte hypocrite, en adoptant, dans la Législature de son propre
Etat, une disposition légale qui défendait ce commerce et qui fut votée dans la même année.
Les lois de la Virginie trahissent un désir inquiet de diminuer le nombre, ou tout au moins d'empêcher l'accroissement des esclaves dans l'intérieur de ses frontières. Non-seulement elles prohibent, comme avait fait le Maryland, l'introduction des esclaves, si ce n'est comme propriété et pour le service des résidants henafide, mais encore elles imposent, même dans les cas permis, à tout importateur, l'obligation d'exporter, par chaque esclave mâle qu'il introduit, une jeune femme esclave (ayant de dix à trente ans) , dans un délai de trois mois. Je ne sais si cette réglementation était bonne au point de vue des nègres, mais, dans tous les cas, elle répondait à l'accusation de nourrir des esclaves pour le marché, qui avait été portée contre la Virginie par le génie inventif de la Nouvelle- Angleterre, accusation reproduite au Parlement d'Angleterre par un personnage qui n'est rien moins que Lord Palmerston — mais non toutefois sans avoir été contredite.
Je crois qu'il est vraisemblable que l'esclavage aurait peu à peu disparu , au moins de ce qu'on appelle les Etats Frontières — c'est-à-dire leDelawaï»e, le Maryland, la Virginie, la Caroline du Nord, le Kentucky, le Tennessee, le Missouri et l'Arkansas
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— par le même procédé qui l'avait fait disparaître du Nord. Il est vrai qa'il n'y avait pas la même raison de s'en débarrasser que dans le Nord, parce que le travail par les nègres n'est pas impossible dans les Etats Frontières; mais, d'un autre côté, il n'existait pas non plus de travail par les blancs, du moins d'une façon générale — et, de ces deux modes de travail, le dernier était celui que préféraient la Virginie et les autres Etats frontières. Ce qu'il y avait à faire des esclaves eût été une difficulté quand on eût été aux prises avec les lois prohibitives que la Caroline du Sud et ses frères des Etats du Golfe avaient faites contre leur introduction ; mais il n'est pas improbable, eu égard à la grande étendue déterre que leur population nesufflsaitpas à occuper, qu'on ne pût entrer dans quelque arrangement à l'avantage de toutes les parties. Dans les Etats du Golfe, je ne vois pas cotnment il aurait été possible de se passer de l'esclavage. Le climat n'admet pas le travail des blancs, et l'exemple de la. Jamaïque n'encourage pas à se servir des noirs, sinon en qualité d'esclaves.
On aurait pu faire quelque chose , et c'est encore possible maintenant, pour rendre les noirs dignes de l'état de liberté, mais ce serait une aflTaire de temps. Je crois qu'il est juste de dire que les Etats du Sud ont agi de leur mieux dans ce sens. La condition
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d'esclave est une étape par laquelle doivent passer les nègres Africains, pour s'élever à la condition d'hommes supposés capables de prendre part au gouvernement de leur pays ; et les lois des Etats du Sud ont accompli plus de la moitié du travail de transformation. Le nègre de la Géorgie ou de la Louisiane se rapproche bien plus de la condition d'un votant à l'élection Présidentielle que de celle d'un sujet du Roi de Dahomey. Peut-ôtrepar cequ'ils ont fait peut-on conclure que les hommes du Sud pouvaient faire plus encore ; cependant il est difficile de les blâmer beaucoup de ne les avoir pas affranchis à l'instant. En agir ainsi eût été ramener leur pays entier à l'état inculte et se réduire eux-mêmes à la misère.
Je désire autant que possible me débarrasser de la question de l'esclavage au point de vue abstrait, et je n'ai été amené à en parler que parce qu'il a été dit tant d'absurdités de part et d'autre, que j'ai éprouvé la tentation de m'étendre plus longuement sur ce sujet que je n'en avais l'intention. Du côté des anti-esclavagistes il y a mensonge, ou quelque chose qui y ressemble beaucoup ; et du côté des esclavagistes il y a tout au moins une fausse philosophie . Je ferai comprendre toute ma pensée. Je sens qu'il y a témérité à moi de l'essayer. Mais c'est une question sur laquelle il ne faut pas fermer les yeux.
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Quant au parti des anti-esclavagistes , sans entrer dans les histoires sanglantes qui trouvent faveur auprès de ceux qui aiment ces sortes de choses, et qui, probablement, contiennent quatre-vingt-dix pour cent de fausseté contre dix pour cent de vérité, je prendrai un exemple de ce qu'on dit contre le Sud. On prétend que dans la Louisiane il est d'usage que les maîtres fassent travailler leurs esclaves jusqu'à la mort, afin de s'épargner la dépense de les garder quand ils sont devenus trop vieux pour rendre des services ; et ceci est présenté, non pas comme une accusation contre quelques individus , mais comme une coutume admise dans toute l'étendue de l'Etat. Cette assertion est vraie dans un sens et fausse dans l'autre; et il est difficile de dire dans quel sens celui qui se fait l'organe de cette accusation montre le plus d'effronterie. En ce qui concerne les maîtres du Sud elle est fausse; et ce qui est remarquable, c'est que si tous ou presque tous les Etats de la Confédération ont des lois réglant la conduite des maîtres envers leurs esclaves, prescrivant les soins qui doivent être pris de leur santé et de leur bien-être, et défendant la cruauté , celles qui sont les plus sévères et les plus rigoureuses sur ce point sont précisément celles de la Louisiane.
Mais pendant que les nègres de la Louisiane sont peut-être, généralement parlant, les plus heureux
et les mieux soignés de toute la Confédération, il y a une partie du territoire de cet Etat pour lequel l'assertion est parfaitement vraie, et cette partie est celle occupée par les armées Fédérales. Partout où les hommes du Nord ont passé dans les Etats du Sud, la misère, la désolation et la mort ont suivi leurs traces. Plus que partout ailleurs, c'est ce qui est arrivé dans la Louisiane, que les hommes du Nord ont non-seulement traversée, mais où ils ont pris pied et cherché à s'établir. Les blancs ont généralement redoublé d'énergie par l'indignation que ces oppressions excitent, et leur caractère en a plutôt été affermi qu'affaibli. Quant aux pauvres noirs, il en a été tout différemment. Il existe d'effrayants rapports, dont la source est Nordiste, sur l'état des nègres dans les camps Fédéraux établis dans cette région. On leur a dit, à ces pauvres malheureux, qu'ils étaient libres, en vertu de la proclamation du Président; mais que cette liberté ne vou* lait pas dire la liberté de ne rien faire, qu'ils devaient se rendre utiles dans la voie qui leur était indiquée. En conséquence, ils ont été obligés de travailler beaucoup plus qu'il n'était permis par la loi de les faire travailler auparavant, et dans ce but on a entassé ensemble hommes, femmes et enfants, dans les abris les plus misérables et les plus malsains, où l'on ne prend aucun soin d'eux, et où nul n est chargé de
LA QUESTION DE l'ESCLAVAGE. 107
veiller sur eux. Quantité de ces misérables êtres sont
ramassés dans les excursions de pillage et de rapine
que les troupes du Nord font à travers le pays, par ce
procédé bien simple qui consiste à tirer sur eux s'ils
refusent de les suivre ; et ils sont conduits en masse
dans les asiles, souvent les plus malsains de la contrée,
dans les marécages duMississipi ; et là, mal logés, mal
vêtus, excédés de travail, insuffisamment nourris et
démoralisés à un degré effroyable, ils apprennent à
: apprécier la bienveillance de leurs libérateurs du
''. Nord, et àbénir le nom d'Abraham Lincoln. Je n'au-
[. rais pas osé m'exprimer avec cette violence, sije ne
i. prenais mes autorités que dans le Sud; mais tout
I cela repose sur les témoignages des partisans du
'' Nord. Ces camps sont tout à la fois l'image d'un
I pandémonium et d'un charnier.
i; Assez sur ce sujet. Venons maintenant aux ar-
|!,iguments en faveur de l'esclavage. Parmi ces argu-
: ments il y en a deux principaux. Le premier est ce-
f. lui-ci: — « Il est ridicule de parler d'émanciper les ;.■ noirs. Ils ne sont pas dignes de la liberté, et il y a i*plus, ils ne le seront jamais. Ils en sont, physiologi- L'ijuement parlant, incapables. L'étude anatomique f: du cerveau d'un nègre démontre qu'il est d'un ordre ^; différent de la race blanche. Vous pouvez, si cela |j vous plaît, l'appeler un homme, car c'en est un cer- \ tainement, comme l'àne appartient sm^enus cheval.
I08 LA QUESTION DE l'eSCLAVAGE.
Mais, malgré cela, vous ne ferez jamais qu'un àne soit l'égal d'un cheval, et vous ne ferez jamais qu'un nègre soit Tégal d'un homme blanc. L'anatomie et la physiologie ont été interrogées, et la réponse est que l'Africain ou le Chanaanite est impropre, » du moins à ce qu'a dit le Dr. Cartwright, « par son organisation et les lois phj^siologiques qui résultent de cette organisation, à accomplir les devoirs de responsabilité d'un homme libre. C'est la défectueuse hématose ou atmosphérisation de son sang, jointe à une insuffisance de matière cérébrale dans le crâne et à un excès de matière nerveuse distribuée dans les organes de sensation et d'assimilation, qui est la vraie cause de l'abaissement de l'intelligence qui a rendu les peuples de l'Afrique incapables de prendre soin d'eux-mêmes. En vérité, » ajoute-il, w la Religion nous force à croire que la race nègre doit être tenue en servitude; autrement quel est le sens de ce texte : « Que Chanaan soit maudit ! qu'il soit pour ses frères le serviteur des serviteurs! »»
u Bien ! mon ami, « répond-on, « nous n'avons pas à nous inquiéter d'accomplir les prophéties de l'Ecriture. Si elles sont des inspirations du ciel, elles s'accompliront d'elles-mêmes sans notre assistance ; et faire les noirs esclaves, afin de donner raison à l'Ecriture, c'est comme si l'on maintenait
LA QUESTION DE l'eSCLAVAGE. IO9
les Romains sous le mauvais gouvernement paternel du Pape, afin de prouver que la destinée manifeste de FEglise est de conserver le pouvoir temporel. Mais mettons cela de côté; quel droit avez-vous d'invoquer ce texte que vous citez comme une prophétie de l'Ecriture? D'où sort-il? est-ce d'Isaïe, ou d'Ezéchiel, ou de Malachie? N'est-ce pas plutôt l'expression de la colère de Noé en s'éveillant du sommeil de l'ivresse? Et bien plus, qui vous dit que les nègres sont les descendants de Chanaan? Les 'Chanaanites de la Bible et des anciens documents Egyptiens ne sont pas représentés comme des nègres. Ils semblent avoir eu beaucoup plus de ressemblance avec les Arabes. En fait, les documents Egyptiens en fournissent des preuves surabondantes. Le même Pharaon a eu souvent à faire la guerre contre tous les deux, les Chanaanites et les nègres. Bien loin d'être identiques, ils occupaient, quant à l'Egypte, des positions tout opposées, de telle sorte que Osertèsen ou Rahmsès devait se diriger vers le nord pour aller trouver les uns, et vers le sud pour trouver les autres. Dans leurs peintures, les nègres sont naturellement représentés comme étant noirs. La peau des Chanaanites est colorée en jaune. »» La mention des documents Egyptiens rappelle à notre esprit un argument qui nous semble de quelque force. « Je ne puis pas répondre aux grands mots so-
nores de notre argument tiré de la physiologie, parce que je n'ai pas la connaissance de cette science, Maii si nous pouvons nous fier aux hiéroglyphes et aux peintures murales de l'Egypte, nous devons reconnaître qu'en dépit du manque de matière cérébrale dans leurs crânes, les nègres ont atteint, il y a quatre mille ans, une place dans la civilisation, et même dans l'art, égale à celle occupée par les nations les plus avancées de cette époque, et cela dana i,in temps où les arrière-ancêtres de la race domina» trice, qui les condamne actuellement à une perpë-* tuelle infériorité, n'étaient pas Américains, n'étaient pas Anglais, n'étaient pas Anglo-Saxons, n'étaient pas même Teutons, mais commençaient seulement à faire leurs premiers pas dans la carrière de la civilisation, à échanger la vie de pasteurs contre celle d'agriculteurs, dans le pays qu'ils partageaient avec les ancêtres des Celtes, des Esclavons, des Grecs, des Latins, sur les confins du Caucase Indien, et dans les vallées de l'Oxus et de l'Iaxarte. Il est vrai que les Africains sont presque autant descendus au-* dessous du niveau de leurs ancêtres, que les Anglo- Américains se sont élevés au-dessus du niveau des leurs, et il est juste de tenir compte de ce fait pour ce qu'il vaut comme argument. Mais laissons de coté l'hématose et la matière cérébrale. >»
Après avoir répondu du mieux que nous avons pu
au premier et au plus confiant des avocats de l'esclavage, écoutons l'argumentation du second. Elle est des plus spécieuses. « Les noirs, » dit le Sudiste, w se trouvent très-bien de la condition d'esclaves. Il peut y avoir des cas individuels de tyrannie, comme il s'en rencontre partout, mais la cruauté es strictement défendue par la loi et, ce qui a encore bien plus d'importance, par l'opinion publique. Un tomme qui maltraite ses esclaves est regardé comme Indigne de la société des honnêtes gens. Nonseulement les lois veillent à ce que les esclaves [si vous insistez sur l'emploi de ce mot — qui n'est pas en usage chez nous) ne soient pas traités sivec cruauté, mais elles exigent qu'on ne les fasse pas travailler au delà d'un temps déterminé, 5[u'ils soient convenablement habillés et nourris, et lu'ils reçoivent les secours médicaux quand ils ïont nécessaires. En fait, p ajoute-t-il, « je voudrais îue nous pussions avoir ici le travail libre des blancs. Il serait beaucoup moins cher. Je crois }ue nos nègres sont les mortels les plus heureux et les plus satisfaits de la terre. Ils ont la civilisation lue vous vantez comme un privilège de vos laboureurs Anglais, et ils jouissent d'un affranchissement ie tous soucis et d'une légèreté d'esprit que vos laboureurs n'ont pas et ne peuvent pas avoir. »> Je crois qu'il y a beaucoup de vrai là-dedans,
mais non pas assurément sans d'importantes exceptions. Cependant nous pouvons aller jusqu'à croire que généralement c'est exact. Pour répondre nous devons prendre les choses de plus haut. « Vous avez prouvé votre assertion, » dirons-nous, « autant que cela vous était possible; mais il ne faut pas pousser votre argument trop loin. La gaieté et la légèreté d'esprit sont de bonnes choses, mais elles ne sont pas les meilleures. Je ne parle pas au point de vue religieux, car en envisageant les choses sous ce jour, vous auriez encore beaucoup à dire. Mais en mettant cela de côté pour le moment, vous semble-t-il que le contentement et raflfranchissement de tous soucis que vous réclamez pour vos nègres soient l'image la plus élevée du bonheur? Trouvez-vous que les personnes ou les nations qui ont le plus de vivacité, le plus d'esprit, et qui en fournissent la preuve, occupent le haut de l'échelle? Comparez la société Française et la société Anglaise pendant le milieu du dix-huitième siècle; quelle était la plus gaie et quelle était celle qui valait le mieux? Comparez les Anglais et les Irlandais de nos jours ; ou, afin d'éviter la complication de la question des races, comparez Paddy avec son frère Celte le Montagnard d'Ecosse, ou le Toscan et le Napolitain; ou enfin, pour prendre un exemple qui remonte à la racine des choses, comparez le bon-
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heur de Tenfaut avec celui de rhomme. Nous avons entendu débiter des lieux communs sans fin sur le bonheur de l'enfance. Quel est l'homme qui n'a pas éprouvé assez de malheurs pour en être arrivé au désespoir, qui consentirait à se voir enlever ses facultés de raisonnement et à redevenir enfant? On dit que les habitants des couvents ont beaucoup de vivacité et de gaieté. Quelques-uns pensent que c'est la réaction du malheur. Je sais bien que vous, comme habitant de la Louisiane et comme Catholique Romain, vous ne le pensez pas. Mais je vous demande si vous voudriez voir votre fille se faire religieuse? Elle se mariera probablement quelque jour, et il est vraisemblable qu'elle aura pas mal i'inquiétudes et de soucis avant de mourir. Elle jo'ftrrait éviter tout cela en entrant dans un courent. Auriez-vous le désir de lui voir prendre ce )arti? »
On pourra dire que ces arguments n'ont pas un rapport particulier avec l'esclavage, qu'ils pourraient out aussi bien recevoir leur application adressés ux souverains des contrées dont le système est desotique. Je l'admets. Les nations dumonde occupent, î crois, difierents degrés sur l'échelle qui part de i plus basse barbarie et s'élève jusqu'aux plus auts privilèges de la civilisation ; je devrais plutôt arler de la montagne sur laquelle elles sont rangées
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à des hauteurs différentes, et sur certains côtés de là(][u'elle la taontée est plus courte et plus facile que flur d^autres. Là partie la plus basse de la montagne est la barbarie. Même là, il y a des différences d'élévation, comme il y en à des anciens Teutons ou des toodemes Afghans pour descendre aux habitant* des Iles Andaman. La zone suivante est celle de la servitude personnelle, ou l'esclavage; puis vient la servitude héréditaire, ou le servage; puis la liberté personnelle, mais la servitude politique, ou le despotisme; puis la liberté personnelle et politique, et enfin, ^n dernier lieu , le droit de prendre part au gouvernement. Les lignes qui séparent ces zones les toes des autres sont, si je puiâ m'exprimer ainsi, eXtîessivement vagues et irrégulières; de telle sorte que certains individus, et même de grandes corporations d'hommes, appartenant à une des zones plus basses, peuvent se trouver plus loin de la base de la montagne et plus rapprochées de son sommet que d'autres qui appartiennent à vmè zone plus élevée. Cependant l'efiTet général reste le même. Je pense qu'il est incontestablement du de*voir de ceux qui en ont la puissance de faire tout leur possible pour faire monter leurs frères des zones basses aux zones élevées. L'Empereur de Rus^ sie actuel se couvre de gloire quand il essaye d'élever les serfs À la condition d'hommes libres, et le
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Duc Ernest de Saxe-Cobourg tente la même œuvre sur un théâtre plus élevé. Mais je ne sais pas s'ils mériteraient d'être traités bien sévèrement s'ils n'avaient pas fait ce qu'ils ont fait ; et, d'après le même principe, je ne vois pas pourquoi Ton se montrerait sévère contre les propriétaires d'esclaves parce qu'ils ne mettent pas en pratique rémancipation. Il est vrai que plus la zone est basse et plus forte est l'obligation d'élever ceux qui s'y trouvent. Il serait absurde de prétendre que les souverains, en thèse générale, doivent descendre du rang qu'ils occupent pour se mettre au même niveau que leurs sujets, comme les anciens despotes du temps de la Ligue Achéenne, ou que l'Angleterre doit à l'instant étendre ses libertés, que les classes qui doivent en profiter en éprouvent ou non le besoin. Entre ces divers cas et celui des propriétaires d'esclaves, il n'y a qu'une différence de degré; et, en matière de liberté électorale comme en matière d'émancipation, il est possible d'avancer avec trop de précipitation, ety dans ce cas, notre philanthropie peut faire plus de mal que de bien. On prétend (et quant à moi je n'entends exprimer aucune opinion) que nous avons commis des erreurs des deux côtés — de l'un pour les Iles Ioniennes, et de l'autre pour les îles des Indes Occidentales.
** Mais, »» disent les partisans de l'émancipation.
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« prétendez-vous — puisque c'est un devoir, pour ceux qui en ont la possibilité, d'élever le niveau de leurs frères, et que plus le niveau où ils se trouvent est bas et plus l'obligation est grande — prétendez-vous que ceux qui enlèvent les sauvages Africains, pour les vendre comme esclaves, doivent être considérés comme des bienfaiteurs de l'humanité? C'est ce que votre argument semble dire. » Il ne faut pas chercher bien loin pour répondre. « Non, les voleurs de nègres n'ont rien à faire là-dedans, quand bien même ils ne seraient guidés que par les principes les plus purs de la philanthropie et non par le désir de remplir leurs poches, et quand bien même il serait vrai que le « middle passage (1) ^ est la plus charmante des manières de voyager. La même règle s'applique à toutes les transitions qui mènent en haut de la montagne. Prenons nos exemples dans les autres zones. Lydiadas était un patriote et un héros lorsqu'il renonçait à sa souveraineté, dans la croyance que ses sujets étaient dignes de ce qu'il faisait pour eux; mai^ je ne pense pas qu'on eût pu justifier Aratus s'il lui eût fait la guerre pour l'y forcer. Aratus aurait probablement pris ce parti, mais peu importe, cela n'a rien à faire ici. Et que
(1) C'est le nom donné à la traversée des nègres entre TAfrique et l'Amérique.
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dirions-nous si une armée Française faisait une descente en Angleterre, sans autre motif que de faire jouir les Anglais du suffrage universel? On pourrait comparer le Président Lincoln à un philanthropique voleur de nègres, d'après sa manière d'agir. Ce serait parfaitement juste dans les circonstances actuelles, seulement il faudrait supprimer l'adjectif. Mais j'ai encore un argument plus fort. C'est que, si l'esclavage est un moyen, il n'est pas le seul moyen de gravir la montagne. Il en existe d'autres et de meilleurs. Les colonies de Jésuites faisaient ' beaucoup de bien, en civilisant le Sud de l'Amérique, quand elles furent renversées par la jalousie des gouvernements. En dehors d'eux il reste encore d'autres moyens, mais l'esclavage est le chemin qui doit conduire à la civilisation les nègres de la Confédération. Ce n'est pas la faute de leurs maîtres s'il en est ainsi. Ils n'ont pas recherché les esclaves, et en fait ils ont essayé de s'en défendre. C'est la faute des Puissances Européennes — la France, l'Espagne et l'Angleterre — s'ils en ont. Qu'importe d'ailleurs qu'ils leur aient été imposés, le fait est qu'ils les possèdent. Et tout en soutenant, contre l'assertion de celui de nos amis qui a parlé le premier, que l'esclavage ne doit pas être considéré comme le sort le plus enviable qui puisse échoir aux nègres pour toujours, je pense néanmoins qu'avec
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l'exemple de la Jamaïque devant les yeux, les blancs du Sud sont excusables de ne pas se montrer trop pressés de prendre un parti qui peut les mener à la ruine et à la famine. Nous avons parlé de Lj^diadas. Vous rappelez-vous qu'un autre tyran de la Grèce, à une époque beaucoup plus rapprochée, avait le désir d'imiter son exemple, mais qu'en reconnaissant, avant qu'il fût trop tard, que son abdication pouvait entraîner pour lui la prison et la mort, il resaisit la tyrannie d'une main plus ferme qu'auparavant? Maeandre était-il un scélérat en agissant ainsi? N'eût-il pas, au contraire, été fou s'il avait agi autrement (1)? ^y
(1) J'ai bien peur que toute cette argumentation puisse sembler absurde, non-seulement à ceux qui croient que les propriétaires d'esclaves du Sud sont, comme règle générale, des monstres et des tyrans, mais aussi aux hommes du Sud et à leurs défenseurs, qui maintiennent qu'ils ne peuvent Hre blfunés pour avoir hérité des esclaves et que tout ce qu'on peut exiger d'eux c'est de les bien traiter. Mais quand je vois des gens faire gravement du fait du contentement des nègres un motif de reproche contre leurs propriétaires, par la raison qu'il ne doit pas leur être permis d'éprouver du contentement de la condition dans laquelle ils sont, et que leurs maîtres doivent leur inspirer le désir de la liberté, je ne puis me refuser d'admettre que ce qu'ils disent est vrai dans un sens ; seulement il faut bien préciser dans quel sens cela est vrai ; et en même temps il faut tenir compte de ceci, c'est que le propriétaire d'esclaves, eu entendant des choses qui pour lui sont des absurdités stupides, peut être poussé h dire que les esclaves sont parfaitement bien et qu'ils doivent Otre maintenus dans la condition où ils se trouvent, autant dans leur propre intérêt que dans celui de leurs maîtres. Les partisans de la vieille école étaient opposés
à ce qa^on répandît Téducation dans les basses dasses, par la laison qne cela ne peut faire que des mécontents, et je soupçonne qu*nn grand nombre de libéraux avancés ne seraient pas désireux outre mesure de voir accorder des libertés électorales à leurs ouvriers, quand bien même ils n^en seraient pas indignes. Bs ont probablement tort : mais je doute fort qu'on trouvât bon de les « exterminer > pour les punir de leur erreur.