‹ La question américaineChapitre 8 sur 37 · ET RÉPUBLICAINS · texte numérisé non relu

ET RÉPUBLICAINS

LES choses avaient été amenées à un tel point par la violation du Compromis du Missouri dans la question de l'admission de la Californie, que l'explosion finale du long antagonisme entre les deux nations, qui devait, de manière ou d'autre, les , rendre étrangères l'une à l'autre, n'était plus qu'une affaire de temps; et le moment où cette rupture devait avoir lieu semblait devoir être suffisamment prochain sans l'intervention d'une nouvelle cause de trouble; c'est cependant ce qui arriva presque

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immédiatement après la querelle de la Californie. Voici de quelle manière elle se présenta.

Il y avait un autre élément dans la question de la formation de nouveaux Etats qui intéressait les agioteurs, les meneurs et les trafiquants politiques, plus directement que celle naissant de la nécessité, dans un but factieux, d'acheter ou de gagner les Abolitionistes ou ceux qui avaient l'horreur des nègres. Le Gouvernement des Etats-Unis, dans son désir de voir les territoires organisés et colonisés, était dans l'habitude de vendre les terres de l'extrême Ouest pour de très-faibles sommes. Naturellement ceux qui gravitaient autour de Washington, ceux qui appartenaient ou qui avaient l'oreille du parti dominant dans le Congrès, prenaient avantage de leur position pour se faire attribuer de grands domaines, et un intrigant du parti qui avait installé son homme dans le fauteuil de la Présidence pouvait, sans beaucoup de peine ôt sans qu'il lui en coûtât grand'chose, s'il était heureux, devenir possesseur de domaines rivalisant, comme étendue , avec ceux des Woronzoffs et des Lichtensteins. Mais pour donner à ces propriétés une réelle valeur pour ceux auxquels elles étaient attribuées, il fallait encore autre chose, et ce quelque chose était des bras pour les cultiver. Il y avait donc tout intérêt, pour cette puissante classe

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de spéculateurs, à encourager le flot d'émigration vers les terrains vierges. La tâche n'était pas aisée ; TAmérique pouvait difficilement fournir les hommes nécessaires. En dépit de l'effrayante rapidité avec laquelle la population s'accroît dans le Nouveau- Monde, son accroissement n'était pas assez rapide pour suffire à l'énorme quantité de terres que chaque année jetait sur le marché. Sans aucun doute ce : n'était qu'une question de temps, et tôt ou tard la terre se serait couverte d'habitants. Mais les spéculateurs ne consentaient pas à attendre. Ils tournaient les yeux vers l'Europe et sa surabondante ; population, qu'ils appelaient àleur aide. Ils ofiraient, i comme récompense à ceux qui répondraient à leur '. appel, l'appât de salaires élevés, d'une large sub- , sistance et de la liberté ; par leur influence sur le • Gouvernement et la Législature de leur pays, ils \ étaient en position d'oflrir plus encore, une dimi- \ nution sur la période de temps nécessaire pour ac- ^ quérir les droits de citoyens ; et l'on disait au pauvre t Européen qu'en émigrant aux Etats-Unis il pouvait I devenir à l'instant un régnicole florissant des grandes j régions de TOuest, où la terre ne demandait qu'àdonl. ner ses trésors de manière à satisfaire ses plus ambi- : tieux désirs, en n'exigeant qu'un bien faible travail, :■ et qu'après un temps d'épreuve, si court qu'il n'était if presque que nominal, il pouvait être admis à prendre

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sa part de la souveraineté publique, il pouvait jouir du privilège de choisir ses chefs — bien plus, il pouvait même être élu chef et gouverneur de cette terre promise où la «« hutte de bois, » (1) loin d'être une barrière, était plutôt un marchepied pour arrivera la Présidence. Tel fut Tappel qui traversa l'Atlantique pour arriver en Irlande au moment de la disette des pommes de terre. Il était irrésistible. Le flux d'émigration de ceux qui fuyaient devant la mort par la faim étonna même ceux qui l'avaient appelé. « Glacialis lerne » avait déjà, dans les temps anciens, pleuré sur la masse des cadavres de ses enfants qui couvraient son sol. La famine avait les mêmes efiets désastreux que le glaive des Romains , et de nouveau, quoique dans un sens différent, les « Scots »» soulevaient leur pays tout entier, et l'Océan écumait sous l'impulsion de leurs rames hostiles. J'ai le regret de dire que l'objet détesté de cet « infesto rémige » n'était pas le pays vers lequel ils se dirigeaient, mais bien celui qu'ils abandonnaient.

Néanmoins, en dépit de cette pressante invitation que l'Amérique avait adressée à l'Europe, l'arrivée de ces créatures vivantes, « Scotorum cumuli » (le mot « Scotus, »» du temps de Claudien et longtemps

(l) Allusion à une élection Présidentielle pendant laquelle le mot log-cabin fut le mot d'ordre du parti du candidat victorieux.

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après, signifiait Irlandais aussi bien qu'Ecossais) ne fut pas universellement bien accueillie par les citoyens de TUnion. Les Etats de l'Est ne s'inquiétaient guère que les spéculateurs s'occupassent de trouver des bras pour cultiver pour eux ; mais ce qui les inquiétait c'étaient ces cargaisons d'émigrants et d'électeurs pour la Présidence qui se trouvaient tout d'un coup introduits dans la Fédération; en d'autres termes, c'était une masse énorme de nouveaux compétiteurs dans le partage du butin. En outre de cela, une question religieuse fut soulevée. Les différences théologiques n'avaient pas, jusquelà, été un élément bien important en Amérique. Les sectes différentes étaient répandues d un bout à l'autre de l'Union, et si les Catholiques étaient dominants dans la Louisiane, et les Episcopaux dans la Virginie et les Carolines, tandis que ce qu'on appelle en Angleterre les Dissidents étaient les plus nombreux dans les Etats du Nord-Ei3t, néanmoins je ne sache pas que ces faits eussent jamais été considérés comme assez importants pour servir de cri de ralliement aux différents partis. Mais lorsque cette immense irruption d'étrangers, qui étaient un embarras sur le terrain des affaires, se fit jour dans le pays, le fait que ces intrus étaient des Papistes ne pouvait pas être perdu de vue par ceux qui avaient une influence sur les descendants des

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« Pèr^s Pèlerins ^ (1) de la Nouvelle-Angleterre, des Quakers de la Pennsylvanie, et des Hollandais de New-York.

Tout à coup un cri s'éleva dans le Nord-Est, sans que personne pût remonter à son origine, contre les étrangers et les Papistes. Il courut comme un tourbillon partout le pays, et, selon l'usage, il trouva partout de l'écho. Probablement, selon le cours habituel des choses, après avoir fait grand fracas pendant un mois, il se serait peut-être éteint sans plus de raisons qu'il n'en avait eu pour se former, ou tout au plus il serait descendu à l'état « d'Ism, »» doctrine caressée par un petit noyau de Yankees fantaisistes. Mais il n'en fut pas ainsi, au lieu de devenir un ** Tsm, »» il devint le cri de guerre d'un parti. En voici la raison.

Après leur victoire sur les Démocrates en 1848, sous la conduite doTaylor et de Fillmore, lesWhigs échouèrent complètement. Ils essayèrent de mener l'élection suivante ; mais bien que leur candidat, le Général Scott, fut un homme de grande expérience, ils succombèrent d'une façon déplorable; et un peu plus de quatre ans après le grand jour où ils avaient conduit l'homme de leur choix et son cheval à la

^l) PiUji'im Fathers — nom donné aux premiers colons par lenrs descendants.

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Maison Blanche, (où avait été oflFerte une étrille d'argent à ce dernier par un comité d'admirateurs et de solliciteurs d'emplois, dont le Coryphée était le Secrétaire d'Etat actuel, M. Seward), ce • grand parti cessa d'exister. Les partis Américains sont comme la poudre à canon, quand ils font explosion, ils ne laissent pas de cendres après eux. En conséquence, quand les Whigs firent leur gvSLïidJiasco, il ne resta plus, pour remplir l'horizon politique, que l'ancienne organisation des Démocrates. Or, bien que, lorsque cela arrive, ce soit encore, dans un sens, un grand triomphe pour le parti qui est victorieux, il n'y a pas un aussi grand sujet de s'en réjouir, car le débat est poursuivi non-seulement pour le triomphe des principes, ou même pour le plaisir de conquérir les émoluments ; des places, mais aussi par « pur amour du bruit et du I mouvement qu'engendre la lutte. >» Je ne crois guère i que l'un de nos grands partis serait bien charmé ^ si tout à coup ses adversaires se convertissaient en ^ masse à son opinion; en Amérique c'est encore l plus fort. Car la tendance des partis à devenir fac- V tions, avec un mécanisme d'agitation et grand nomt bre de gens pour lesquels ce mécanisme est un i moyen de gagner leur vie, ce qui est chez nous un i déplorable mais inévitable résultat, est en Amé- '. rique de l'essence même du système. En Angle-

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terre il y a des gens qui tirent profit des principes. En Amérique on établit des principes pour en tirer profit. Les hommes qui s'occupent de politique en Angleterre poussent souvent leur cri de ralliement, sans avoir une bien forte conviction. Les politiques d'Amérique considèrent à peine qu'il soit nécessaire d'en avoir une le moins du monde. Pour la nombreuse classe de traficants de caucuses et de faiseurs de présidents qui étaient attachés au nom de parti Démocratique, le soudain « abiU, excessif, erupit, evasit " des Whigs fut ce que serait ici la soudaine extinction' de la vermine pour les destructeurs de rats et d'animaux malfaisants. Les destructeurs de vermine véritable chercheraient probablement, dans ce cas, une autre industrie. Les destructeurs de vermine politique prirent le parti d'appliquer ce nom à des créatures auxquelles il n'avait jamais été donné précédemment.

En ce moment il y avait deux mots d'ordre dont on pouvait faire usage pour diviser le grand parti Démocratique et renouveler les luttes des factions. L'un était celui de Sol Libre, et l'autre, le nouveau, était Nationalité et Anti-Papisme. Lequel devait l'emporter? Fallait- il s'unir aux nouveaux venus contre le Sud, ou s'unir avec le Sud contre les nouveaux venus? Les deux moyens promettaient de bons résultats. Les émigrants Irlandais

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ne pouvaient souflFrir les nègres, et ils étaient parfaitement disposés à voter pour tout ce qui pourrait empêcher ces créatures immondes de s'introduire dans les endroits où il était probable qu'ils iraient eux-mêmes; et, d'un autre côté, cette disposition de leur part ne rendait pas leur présence désirable pour les gens du Sud, qui, s'ils ne tenaient pas beaucoup à emmener les nègres dans les défrichements des forêts, tenaient particulièrement à ce que le système du sol libre ne s'étendit pas, car sol libre et sectionalisme du Nord étaient des termes équivalents. En somme, le dernier plan semblait le meilleur. Il y avait plus de latitude pour le genre d'éloquence qu'on appelle « spread eagle » sur ce texte : « La Colombie délivrée par l'étranger »» que sur celui-ci : « Liberté du nègre dans l'extrême Ouest. « Aussi un parti se forma qui, après s'être frayé un chemin souterrain pendant quelque temps, en soulevant la terre, et en prouvant qu'il existait, et qu'il était à l'œuvre, sans faire savoir qui il était (ce qui lui avait valu le nom de «< Know- Nothings "), se produisit enfin au grand jour sous le nom de parti ** Américain, »» en se présentant au monde avec accompagnement de fanfares retentissantes, de grandes phrases ampoulées en l'honneur . de la bannière nationale, etc., etc.

C'en était assez pour constituer son organisation

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politique, mais cela ne suffisait pas pour le mettre en position de tenter de s'assurer les douceurs de la Présidence avec quelque chance de succès. Pour y arriver, il fallait faire un effort, un effort puissant, un effort d'ensemble, et il fallait savoir d'une façon positive sur qui on pouvait compter. Dans le Nord cela devait bien marcher ; tout parti qui peut parler, et parler bien fort sur un sujet séduisant, peut avoir la chance de nommer le Président ; et tout parti qui a des chances de nommer le Président est bien sûr de trouver des adhérents en abondance dans cette partie de l'Union. Mais que fallait-il faire dans le Sud? On pouvait espérer que le Sud, s'il n'était pas unanimement pour le nouveau parti, devait au moins se déclarer pour lui à une grande majorité, car le mot d'ordre qu'il avait adopté semblait devoir être d'accord avec les intérêts supposés des hommes du Sud. Mais, au grand honneur du Sud, il ne se montra pas disposé à entrer dans ces vues. Peut-être ne comprit-il pas quel préjudice pouvait causer à ses intérêts une si large admission de ca* tholiques Irlandais ; dans tous les cas, il ne voulut pas consentir à entrer dans une conspiration pour les expulser ; et le rapport que les Know-Nothings du Sud eurent à faire à leurs partisans sur le résultat de leurs démarches fut qu'ils n'étaient pas sûrs d'entraîner le vote d'un seul Etat.

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L'étonnement des meneurs du pai'ti, à cette nouvelle, fut probablement très-grand; mais cela ne leur fît pas perdre leur présence d'esprit. La marche à suivre était parfaitement claire. Si les Etats du Sud étaient assez sots pour ne pas voir ce qui était à leur avantage et refusaient de se joindre à eux dans leur croisade contre les Papistes étrangers, il fallait alors entraîner les Papistes étrangers dans une croisade contre eux, et tous les efforts furent tentés pour arriver à ce résultat. Malheureusement les Irlandais ne suivirent i)as l'exemple des gens du Sud. Ils n'étaient pas assez généreux ou pas assez clairvoyants pour les imiter. Le parti Américain, sans un moment de remords, ou sans le moindre sentiment de honte, laissa tomber son drapeau, et hissa celui du parti du Sol Libre, et les efforts des meneurs et des intrigants des caucuses tendirent à réunir tous les éléments disséminés dont on pouvait faire un parti dans le Nord — Puritains et Catholiques, Abolitionistes et Negrophobes, étrangers et indigènes, — et à en former un corps compact et ; uni dans son opposition contre le Sud. Telle est

l'origine du Grand Parti Républicain.

■; Un semblable parti n'avait pas existé encore dans

;' l'Union. Les intérêts du Nord et les intérêts du

^ Sud étaient souvent entrés en lutte, mais jamais leur

défense n'était devenue la base de l'organisation

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d aucun parti. Les grands partis qui avaient jusquelà divisé la République s'étaient étendus dans les deux fractions du pays, et bien que l'un des partis pût être plus fort dans une section que dans l'autre, cependant il n'appartenait pas exclusivement soit à l'une, soit à l'autre des sections. Mais alors, et pour la première fois depuis le commencement de l'Union, il fut donné de voir le phénomènes d'un parti ouvertement et positivement qualifié de parti du Nord. Le Sud ne pouvait pas ne pas voir ce qui arriverait si ce parti devait avoir la haute main. Il avait tout supporté jusque-là — non pas sans murmure, mais enfin il l'avait supporté. Il s'était soumis à supporter bien plus que sa part des impôts de la Fédération. Il avait vu l'argent qu'on prélevait sur lui , contre sa volonté, employé en faveurs pour les manufacturiers du Nord, et mis au pillage par les coureurs d'emplois du Nord. Il avait vu le commerce attiré loin de ses frontières, ses côtes négligées, ses champs revenant à l'état de déserts, ses villes marchant à la ruine. Il avait vu ses rivaux s'engraisser de ses dépouilles, et s'en glorifier comme d'un triomphe aussi bien que comme d'un avantage. Mais jamais, jusqu'alors, il n'avait vu se former un parti dont le cri fût le Nord contre le Sud.

Néanmoins ses populations restaient attachées à rUnion avec une ténacité désespérée. Elles s'étaient

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laissé opprimer par les Protectionnistes, elles s'étaient laissé exclure des Territoires par les partisans du Sol Libre, et elles étaient résolues à laisser faire encore s'il n'y avait pas possibilité d'empêcher. Des deux partis entre lesquels l'Union était divisée, le parti Démocratique était celui dont les tendances inclinaient le plus vers le Sud ; et l'on pouvait espérer que ces tendances auraient pris plus de force alors, en partie à cause de la jalousie que les Démocrates devaient éprouver contre cette nouvelle faction, et en partie à cause du déplaisir qu'ils devaient ressentir du caractère anticonstitutionnel de ses principes. Mais, malgré le fond qu'on pouvait faire sur les intentions des Démocrates, encore ne fallait-il pas beaucoup compter sur leurs moyens de leur faire produire effet. Une faible majorité, ne fûtelle que d'une voix, obtenue par les Républicains, dans plus de la moitié des Etats de l'Union, plaçait toutes choses dans les mains de ce parti, car rUnion n'a nul égard pour les minorités. L'exemple de l'Angleterre pourrait difficilement fournir rien de semblable. Si, dans une nouvelle Chambre des Communes, un parti, disons lé parti Conservateur, obtenait une majorité de sièges, mais que ces sièges eussent été acquis par suite d'élections balancées de très-près, la minorité Libérale n'aurait pas beaucoup à en souffrir. Le résultat principal, c'est que les

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Conservateurs arriveraient au pouvoir, qu'ils feraient passer beaucoup de mesures dans le sens de l'opinion des Whigs, et que les faibles majorités par lesquelles ils auraient été élus fourniraient un excellent sujet de plaisanteries à l'opposition. Mais il en serait tout difieremment si les membres n'étaient que de simples délégués, non pas les représentants de leurs constituants, mais de leur parti, et s*ils avaient la conviction que, plus ils se montreraient violents, plus grandes seraient leurs chances de réélection. Ce serait encore pire si les questions en discussion n'étaient pas politiques, mais géographiques — s'il s'agissait non pas de savoir s'il fallait ou non admettre un Bill de Réforme — s'il fallait voter ouvertement ou au scrutin, — abolir les droits de l'Eglise , ou admettre les Juifs au Parlement, mais bien de savoir si l'Angleterre devait payer les impôts de l'Ecosse et de l'Irlande, ou vice versa. Nous avons assez entendu les plaintes de l'Irlande quelles qu'elles soient, et il y a quelque temps on a exprimé cette idée au nord des Cheviots, que l'Ecosse ne pouvait obtenir que justice lui fût faite. Quoi qu'il en soit, que penserait-on dans ces deux royaumes si un parti patriotique Anglais se formait pour demander que l'Ecosse et l'Irlande fussent tenues de payer toutes les dépenses, et que l'Angleterre n'eût qu'à récolter tous les

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profits de runion des trois royaumes; et si, bien plus, un puissant mouvement se manifestait dans le but de confisquer, sous un prétexte religieux, la plus grande partie des propriétés de l'Ecosse et de l'Irlande?

En y réfléchissant et en nous transportant en Amérique, nous pouvons supposer ce cas possible. Le Nord et le Sud sont cruellement exaspérés Tun contre l'autre. Un parti puissant est formé dans le Nord, ayant pour mot d'ordre cette pensée exprimée par un personnage qui n'est autre que le Président Jackson, qu'aux vainqueurs appartiennent les dépouilles, et qui est déterminé à ce que ces dépouilles profitent à la section de l'Union à laquelle il appartient. Une forte fraction de ce parti est opposée aux institutions du Sud par des motifs en partie religieux, et en partie commerciaux, et il est préparé à poursuivre ses desseins au risque d'entraîner la ruine du Sud tout entier. Le Sud est, naturellement, unanime dans son opposition contre ce parti, et il est soutenu par une forte fraction des hommes du Nord, qui ne veulent pas pousser les choses à l'extrême» Cette fraction qui existe dans les deux divisions de TUnion, nous les appellerons Démocrates ou Conservateurs ; nous appellerons leurs rivaux Républicains. Au plus chaud du conflit arrive l'élection Présidentielle. Chaque parti pré-

sente un candidat. Nous pourrons dire : Voilà le résultat, quand nous aurons fait le décompte. Le Sud a une population d'électeurs, y compris les trois cinquièmes de votes de couleur, de 1,500,000 votants; et chacune de ses 1 ,500,000 voix va au candidat Démocrate. Le nombre des votes du Nord est de 3,500,000 et ils se divisent ainsi : 1,749,000 vont au candidat Démocrate, et 1,751,000 se portent sur leur antagoniste, qui obtient ainsi une majorité de 2,000 votes sur les 3,500,000. Mais comme ce chiffre de 2,000 est formé à Taide de petites majorités dans les différents Etats, variant de 500 pour New- York à 50 pour Rhode Island, mais laissant un chiffre quelconque de majorité dans chaque Etat, la minorité de 1,749,000 n'est comptée pour rien, et la masse entière des électeurs Présidentiels, comme on les appelle encore ironiquement, n'est plus que la réunion des représentants de la majorité. Vienne maintenant la lutte suprême, les électeurs, ou plutôt les délégués du Nord et du Sud respectivement, s'assemblent pour accomplir la tâche finale et nommer le Président. Le parti Démocratique avait pour lui le million et demi des votes du Sud. Son antagoniste était soutenu par la majorité du Nord, qui est de 2,000 voix. Ces 2,000 voix ont, quoi qu'il en soit, la nomination des délégués chargés de nommer le Président pour le Nord aussi complètement que

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runanimité de leur rival a ce même droit pour le Sud.

J'ai dit : Vienne maintenant la lutte suprême; mais en fait il n'y a pas de lutte. Ce qu\ doit arriver est suffisamment évident. Le Nord a la prépondérance dans le nombre des Etats dans la proportion de 6 contre 5. Quant à la population, la différence est plus grande encore. Le Nord a 183 voix contre le Sud 120. Ceci est inévitable, et si les deux sections n'étaient pas divisées par des intérêts opposés, cela n'aurait pas eu plus d'importance que le fait qu'il y a plus d'Anglais que d'Ecossais comme membres de la Chambre des Communes. S'il y a des intérêts opposés, cela présage de terribles malheurs. Mais si ces intérêts , et l'esprit factieux qu'ils suscitent, se constituent sous forme de partis, c'est, à bien peu de chose près, la guerre civile.

Accordons tous les avantages au Sud. En dépit du puissant sentiment sectionnaire qui s'est fait jour dans presque tous les Etats du Nord, un de ces Etats — la paisible, l'économe communauté des Quakers de Pennsylvanie — donne une majorité au parti de la tranquillité et de la Conservation; et ses vingtsept députés sont tous Démocrates. C'est aussi la Pennsylvanie qui fournit le candidat de ce parti. Le candidat Républicain est naturellement tiré de l'agressif et pieux Massachusetts. Le premier est Nor-

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diste et Protectionniste. S'il a une opinion, il penche plutôt pour le Sol Libre. Mais il est anti-Abolitionniste ardent, et avant toutes choses désireux de conserver le statu quo. Ainsi donc, en dépit de l'injustice et de l'impopularité de quelques-unes de ses opinions, le Sud lui prête un chaleureux appui. Son antagoniste est un furieux orateur anti-Sudiste, engagé d'avance à soutenir les plus violentes doctrines de son parti.

Les électeurs se réunissent. S'ils étaient de réels électeurs, il y aurait espoir que la décision fût prise dans le sens de la paix ; car il y a tout lieu de croire que le Pennsylvanien serait disposé à accorder au Nord tout ce qu'il pourrait être en droit d'espérer, qu'il ferait tous ses efforts pour maintenir les tarifs, s'il ne pouvait les augmenter, et que ses sympathies ne seraient pas pour le Sud. Mais ce ne sont que des délégués envoyés dans le seul but de placer leur homme à la Maison Blanche. La seule chose qu'ils aient à faire, c'est de passer à la formalité du vote; c'est assez simple, et c'est à peine si cela est nécessaire. Les vingt-sept votes de la Pennsylvanie doivent être déduits d'un côté et ajoutés de l'autre; mais ce n'est pas assez pour faire pencher la balance en faveur de la paix. Le parti Républicain, bien que réellement en minorité de deux millions et un quart, remporte avec une majorité de neuf votes, et c'est

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