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CHAPITRE X NOS BRAVES

Heureusement, notre armée tint alors à honneur de prouver à son Roi un attachement chevaleresque; elle eut à cœur de montrer que de longues années de paix, loin d'amollir les courages, avaient accumulé des énergies qui, pour agir, n'attendaient qu'une occasion. Les officiers qui s'offrirent valurent à la Belgique les félicitations de l'Europe, étonnée de leurs qualités. C'est un plaisir de recueillir ces témoignages sons des plumes françaises. « Les officiers de l'État, Jacques ou Yan Kerckhoven, ont avancé jadis vers le Nord avec une rapidité qui nous a donné, en même temps que de légitimes inquiétudes, la plus grande estime pour leur vigueur; et je voyais sur V Albertville, en même temps que le major Storms, par exemple, l'ancien commandant des stations du Tanganika, des ^ hommes comme Alexandre Delcommune et Diderrich, qui explorèrent le Katanga, passèrent trois ans dans l'inconnu et, partis avec neuf cents porteurs et soldats, revinrent avec deux cents. Le reste a été tué ou était mort de faim (1). » — « Si l'armée belge.

(i) p. >IlLLE '.Au Congo belge, p. i3.

d'où ils sortent, en compte beaucoup comme ceux que j'ai vus à bord de V Albertville et au Congo, elle a un corps d'officiers bien remarquable (1). » Tous étaient braves, vaillants; plusieurs se révélèrent tacticiens et organisateurs. Il y eut des héroïsmes accomplis avec cette simplicité qui achève de les rendre sublimes, comme celui de ce brave sergent De Bruyne : surpris avec un officier dans une embuscade, il peut s'échapper à la nage, mais préfère périr par dévouement à son chef, par fidélité à la parole donnée.

Ce fut surtout la guerre avec les Arabes qui permit à nos officiers de remplir une page glorieuse de nos annales. << Le nombre des ennemis à combattre, l'organisation de leurs bandes, leur installation d'ancienne date dans des régions qu'ils avaient terrorisées, leur approvisionnement en armes à feu et en munitions, l'asservissement même des indigènes, étaient autant de motifs d'appréhension et d'inquiétude sar l'issue finale de la lutte entreprise et sur le sort définitivement réservé aux populations africaines. » Ces paroles de M. VanEetvelde (2) sont confirmées par un missionnaire anglais, qui écrivait en 1893 : « J'ai la conviction que, si les Arabes ne sont anéantis, un massacre général se produira. C'est le moment pour les Européens de jouer leur

(t) Baron de Mandat- Grange y, Au Congo, p. 22. P. Mille et DE Mandat ont assisté à l'inauguration du chemin de fer. Ils racontent leurs impressions

(2) Rapport au Roi, Bulletin de lÉtat, 1897, p. 5i.

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