‹ La question congolaiseChapitre 15 sur 58 · NOS BRAVES · texte numérisé non relu

NOS BRAVES

dernière carte contre les Arabes. S'ils l'emporteront ou non, je ne saurais le dire. » On sait qu'ils l'emportèrent brillamment, rapidement, si l'on tient compte des ressources et des distances. Les premières rencontres eurent lieu le 27 octobre 1891 et le 9 avril 1892; la guerre se termina par la reddition de Kabambaré, le 25 janvier 1894 : la campagne proprement dite avait duré dix-neuf mois. D'après le docteur Hinde (1), du côté des seuls Arabes, cette guerre coûta la vie à soixante-dix mille noirs.

M. Van Eetvelde pouvait écrire avec vérité : | « Honneur aux officiers belges et à leur désintéres-V sèment! Sacrifiant tout, leurs aises, leur santé, et souvent leur existence, ils sont, en Afrique, les véritables fondateurs de l'État Indépendant; sans leur concours, il ne se serait pas développé avec cette rapidité superbe, déjouant et dépassant les calculs les plus favorables; et sans eux, il cesserait d'exister demain (2). »

Malgré les déceptions et les craintes, la Belgique n'a pas oublié ce qu'elle doit à ces braves. Aussi, le 20 janvier 1906, lors de la grande manifestation congolaise, organisée à Anvers par la Société royale de Géographie, ce qui attirait la toule dans la salle des fêtes du Jardin zoologique, c'était le désir, le besoin de revoir et d'applaudir les héros

(i) The Fall ofthe Congo Arabs : Introductory, p. 24. (2) Lettre du 17 octobre 1892 à M. Beernaert, ministre des Finances.

dont la valeur avait fondé l'État civilisateur sur la ruine d'une domination esclavagiste. Le colonel Thys se trouvait avec eux. C'était justice. N'est-ce pas à son indomptable et tenace énergie, à la manière dont il sait empoigner les hommes et conduire une affaire, qu'a réussi cette œuvre du chemin de fer du Congo, « l'une des plus remarquables du siècle », au jugement de M. P. Leroy-Beaulieu (1), et la plus indispensable à la prospérité commerciale du bassin congolais ?

« Les Belges, concluait le même écrivain (2), ont ébauché au Congo !une grande œuvre colonisatrice et civilisatrice. » Et il ajoutait, fort à propos : « Il faudra qu'ils la concilient... avec la justice et l'humanité. »

(i) De la colonisation, ch. II, p. 355 (5e édition). (a) Ibidem, p. 364.

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