‹ La question congolaiseChapitre 18 sur 58 · LES PARTIES FAIBLES DE L'ÉDIFICE · texte numérisé non relu

LES PARTIES FAIBLES DE L'ÉDIFICE

tout prix d'abondants revenus ! Mais réussirait-on à servir à la fois le vrai Dieu et Mammon, le Dieu du Ciel, qui se sacrifie pour les hommes, et le Dieu de l'argent, qui cherche à les exploiter?

On sait ce qu'il est advenu. Le jeune État trouva dans Léopold II un généreux parrain qui lui fit, durant plusieurs années, des largesses vraiment royales; quand ces appoints, d'un million par an, ne suffirent plus pour équilibrer le budget, la Belgique accorda quelques avances pécuniaires; enfin, une nouvelle politique domaniale répandit en Europe la rumeur accréditée d'énormes profits, capables d'attirer les capitaux, mais provoquant ces griefs et causant ces alarmes qui ont fait poser nettement la Question congolaise.

La question congolaise n'est pas une interrogation quelconque faite à propos du Congo. Notre âge, fertile en problèmes fameux, a donné à ce mot de Question une acception nouvelle, assez solennelle dans sa précision. Il y a une question sociale, depuis qu'on discute sur les rapports entre les différentes classes, sur l'existence de ces classes et sur les assises mêmes de la société; une question de la propriété, parce q[u'on conteste la légitimité des richesses privées, sui vanTTir~pi!"fôlë"c?rèbr'eTTarpro p r^^ -

'La question ouvrière met en cause le principe même du salariat. On le voit par ces exemples ; une Question suppose au moins des controverses et une difficulté particulière à trancher; c'est d'ordinaire un problème complexe, un ensemble de griefs auxquels on tâche de faire droit, de plaintes que l'on veut faire cesser, de revendications que l'on examine, de doutes que l'on tâche de résoudre ou de dissiper. La Question demande une vérification de principes, une revision radicale.

Les abus peuvent avoir donné lieu à la Question congolaise] mais ce n'est pas la résoudre, c'est à

peine l'eflfieurer, que de chercher le nombre et l'importance de ces abus. Aussi, laissons-nous ce soin aux enquêteurs officiels ou d'autorité reconnue. Nous nous servirons des données qu'ils nous fournissent, sauf à nous permettre accessoirement de contrôler quelques-unes de leurs assertions.

Mais la Question congolaise se pose en ces termes : L'État Indépendant doit-il continuer d'être? Ne doit-il pas, à tout le moins, modifier complètement l'orientation de sa politique ou de son administration ?

Cet État assume une mission civilisatrice; la remplit-il ?

Il est plus que simple signataire de l'Acte de Berlin ; Bismarck le proclamait gardien de l'œuvre alors caressée (I); il est né pour en personnifier l'esprit. Et cependant y est-il fidèle ?

Belge, de fait (2), il ne l'est pas en droit. Le fait ne doit-il jamais devenir le droit? N'est-il pas temps qu'il le devienne?

La Question présente ainsi une triple face. Elle regarde l'humanité, les puissances civilisées et la Belgique.

Le point de vue international, étant purement politique, ne saurait être le nôtre. Les puissances ne

(i) Sôaace de clôture de la Conféreuce. V. Louwers, p. i5.

(2) « Actuellemont déjà, le Congo est belge de fait.» Lettre de VL. le baron Van Eetvelde à M. le comte de Smet de Naeyer, 28 mars 1901. Louwers, p. io3.

manquent d'ailleurs ni de représentants ni de moyens pour faire entendre leur voix; ce ne sont pas des faibles dont la charité doive prendre la défense.

Belge, nous ne suivons pas d'un œil indifférent la cause qui intéresse la patrie. Mais, plutôt que de hasarder une solution politique, nous croyons mieux servir le pays en cherchant à dégager quelques élé- *ments du problème national qui se pose, en attirant sur celui-ci l'attentive sollicitude des hommes éclairés.

Ce qui, dans la question, nous captive, c'est son aspect humanitaire et civilisateur. Notre travail, où la critique sincère, franche, s'en prenant aux faits sans suspecter les intentions, n'est dictée que par l'espoir de réformes salutaires, nous le présentons comme un humble plaidoyer en faveur d'une race dont le malheur nous touche profondément. Le remède à ses maux, nous l'avons principalement cherché dans les principes de la justice naturelle et chrétienne: dans ceux qui prohibent les actes mauvais, dans ceux qui imposent de grands devoirs. En écrivant ces pages, notre but fut de gagner à la cause des nègres des sympathies influentes, de suggérer de bonnes pensées à ceux qui ont la puissance d'agir, et de consacrer ainsi utilement quelques heures à cette population noire, qu'un frère d'armes, saint Pierre Claver, jura de servir, toute sa vie, en esclave dévoué.

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