‹ La question congolaiseChapitre 46 sur 58 · CHAPITRE YI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YI

« Des abus se commettent au Congo. Quelle terre, surtout quelle colonie n'en connaît pas ! » Voilà ce qui se dit; ce qui s'écrit... un peu à la légère.

Nous ne saurions trop mettre le public en garde contre une pareille erreur, que la bonne foi excuse, mais qui engendre des conséquences funestes. Si le mal passe pour fatal ou accidentel, on s'en émeut moins et on se console de le voir persévérer. Il le faut dire et répéter, non pas pour incriminer ni condamner les personnes, mais pour obtenir autre chose que des réformes de surface : à côté d'excès imputables aux erreurs des personnes, d'autres graves défauts tiennent au système même; et pour ceux-ci, puisque le mal est là, c'est de là qu'on doit le déloger, si l'on veut que le remède soit autre chose qu'un misérable palliatif.

Dans ce chapitre, nous déplorons une confusion de rôles telle que Rome même n'en a jamais connu de semblable. Le proconsul a pu régir et juger; mais il n'était pas collecteur d'impôts, ni administrateur du domaine de l'État. L'odieux des publicains ne put jamais rejaillir sur les gouverneurs de la capitale du monde.

La guérison radicale, d'après le Rapport, « serait évidemment, que l'État, se confinant dans le rôle qui lui est propre, n'abandonnât, en aucun point de son territoire, la moindre parcelle de ses droits souverains, qu'il s'acquittât partout du devoir qui lui incombe de civiliser le pays, de pourvoir à son développement moral et matériel, en se bornant à percevoir un impôt sur les produits récoltés ou exportés, tout en laissant aux commerçants l'exploitation des richesses naturelles de la contrée » (1).

Mais nous doutons que cet idéal soit immédiatement réalisable; et tenter de l'obtenir avant l'heure, serait peut-être ruiner les finances publiques, sans grand avantage pour les indigènes.

Nous plaçant au point de vue de ces derniers, nous formulons comme suit le minimum des vœux nécessaires.

1. L'État doit modérer ses exigences, et se contenter d'obtenir, en partie par les contributions sur les sociétés, en partie par l'exploitation directe, les revenus dont il a besoin pour promouvoir les intérêts de la population indigène, et favoriser efficacement les œuvres civilisatrices.

Et il serait hautement désirable que des comptes réguliers des recettes et des dépenses rassurent làdessus l'opinion et ne laissent plus le champ libre aux suppositions malveillantes.

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